Aujourd'hui l'économie

Les Chinois à l’assaut de l’Europe

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L'Inter Milan est passé sous le contrôle d'un groupe d'électroménager chinois.
L'Inter Milan est passé sous le contrôle d'un groupe d'électroménager chinois. REUTERS/Alessandro Garofalo

Les groupes chinois s'intéressent de plus en plus aux fleurons de l'industrie européenne. L'Inter Milan, le prestigieux club de foot italien, est désormais sous pavillon chinois a-t-on appris lundi 6 juin 2016.

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En prenant 70% du capital du club italien, le groupe d'électroménager chinois Suning devient le premier en Chine à contrôler un grand nom du foot européen. L'AC Milan pourrait aussi tomber dans l'escarcelle chinoise, après le club anglais Aston Villa et l'espagnol Atletico de Madrid.

Les Chinois sont en train de faire une razzia sur le championnat européen avec la bénédiction du président Xi Jinping, fan de ballon rond. Et il n'y pas que le foot qui suscite la convoitise des entreprises chinoises parties à la conquête du monde. En Europe, à peu près tous les domaines d'excellence les intéressent. Pirelli l’ancien champion italien du pneu et Syngenta, l'agrochimiste auparavant suisse, figurent parmi les plus belles prises inscrites à leur tableau de chasse.

Depuis trois ans ils privilégient les acquisitions en Europe plutôt qu'aux Etats-Unis.

Cette préférence s'accroit au fil des ans. Pour 2016 ils ont déjà dépensé 62 milliards de dollars en Europe contre 25 seulement sur le sol américain. D'abord parce que les fleurons européens sous-évalués à cause de la crise sont des proies accessibles. Mais aussi parce que l'Europe est un espace ouvert à tous les vents où des étrangers peuvent faire leur marché sans entrave.

Contrairement aux Etats-Unis où une montée au capital peut être stoppée quand elle est jugée contraire aux intérêts supérieurs de la nation. L'Europe sous l'influence des libéraux anglo-saxons a oublié de défendre sa maison. C'est vrai aussi que les Chinois sont souvent bienvenus quand ils montent au capital d'entreprises en difficulté. Le constructeur automobile français PSA Peugeot Citroën a été littéralement sauvé par l'alliance passée avec Dongfeng. Mais quand les Chinois s'invitent au capital sans demander la permission, ils attisent la peur des Européens.

En France le géant de l'hôtellerie AccorHotels se demande s'il ne va pas être absorbé par son partenaire chinois.

Jin Jiang, le numéro un chinois de l'hôtellerie, a d'abord acquis 15% du capital du français. Aujourd'hui cet ambitieux veut entrer au conseil d'administration. N'est-ce pas le premier acte d'une prise de contrôle totale du groupe ? Au moment où le tourisme chinois explose ce mariage peut être profitable, mais Jin Jiang a par ailleurs racheté un concurrent direct d'Accordhotels, il pourrait donc l’engloutir pour mieux l'étouffer. Même si l'Etat n'est pas actionnaire de ce groupe coté à la bourse de Paris, il s'inquiète de son sort car si les noces venaient à être célébrées, le CAC 40 verrait à nouveau un fleuron tricolore passer sous pavillon étranger.

Quelles sont les motivations des assaillants chinois?

 Ils viennent en Europe pour se diversifier et chercher la croissance qu'ils n'ont plus chez eux. Au passage ils acquièrent à peu de frais un savoir-faire que les entreprises ciblées ont mis des années, voire des décennies à mettre au point.

C'est précisément ce que redoute aujourd'hui l'Allemagne où les Chinois sont très actifs en ce moment, ils y ont lancé par exemple une offre surprise contre Kuka, le champion des robots. In fine toutes ces opérations rondement menées servent la stratégie industrielle décidée à Pékin. Une stratégie qui fait cruellement défaut à l'Europe des 28.

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