Chronique des matières premières

Le lapis-lazuli finance la guerre en Afghanistan, selon Global Witness

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Bloc de lapis-lazuli afghan.
Bloc de lapis-lazuli afghan. Getty Images/Ken Lucas

Le lapis-lazuli doit être considéré comme un « minerai de la guerre », estime l'ONG Global Witness, après deux ans d'enquête en Afghanistan.

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C'est la pierre bleue symbolisant l'harmonie. Pourtant le lapis-lazuli pourrait bien rejoindre le diamant parmi les « minerais de la guerre ». Après deux ans d'enquêt, Global Witness conclut que l'extraction du lapis-lazuli, dont l'Afghanistan est le premier producteur mondial, finance la poursuite du conflit dans ce pays.

Les réserves sont très concentrées géographiquement, on trouve le lapis-lazuli au nord-est de l'Afghanistan, dans le Badakhchan, la province qui jouxte le Tadjikistan. Mais à elles seules deux mines de pierre ornementale auraient rapporté 20 millions de dollars aux groupes armés, estime l'ONG britannique Global Witness, autant que tous les revenus que l'Etat afghan déclare tirer des industries extractives du pays !

Le lapis-lazuli, un enjeu de taille pour les factions afghanes

Contrôler cette ressource est donc un enjeu pour toutes les factions afghanes. Dans les années 1990 et 2000, le lapis-lazuli était aux mains des partisans de l'Alliance du nord du commandant Massoud. La pierre bleue finançait déjà l'achat des armes pour lutter contre les Soviétiques puis contre les Talibans qui avaient pris Kaboul. Mais chassés du pouvoir, les Talibans auraient au cours des deux dernières années mis à leur tour la main sur la moitié des revenus du lapis-lazuli du Badakhchan, qui serait en train de devenir leur nouvelle place forte.

Malgré l'embargo décrété sur les exportations des pierres semi-précieuses par le gouvernement afghan, au début de l'année dernière, la contrebande est massive, le lapis-lazuli emprunte la vallée du Panshir pour rejoindre la capitale, puis majoritairement la Chine.

Vers une réforme du secteur minier afghan ?

Alors que le président afghan Ashraf Ghani s'est engagé le mois dernier à lutter contre l'exploitation illégale du sous-sol afghan pour mettre fin à ce qu'il nomme lui-même la malédiction des ressources dans son pays, Global Witness l'encourage à réformer le secteur minier afghan pour qu'il soit plus transparent, ce que la coopération étrangère a pour l'instant échoué à obtenir.

Le Badakhchan devrait être le laboratoire d'une grande réforme minière en Afghanistan, estime l'ONG britannique, quitte à ce que l'armée nationale reprenne le contrôle du lapis-lazuli.

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