Revue de presse Afrique

A la Une : Congo, arrêt sur images pour Mokoko

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© AFP/Pius Utomi Ekpei

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Après quarante-huit heures de garde à vue à la Direction générale de la surveil­lance du territoire, le général Jean-Marie Michel Mokoko a été transféré hier à la Maison d’arrêt de Brazzaville. L’ancien chef d’état-major des Forces ar­mées congolaises, qui fut aussi candidat à l’élection prési­dentielle du 20 mars dernier, est soupçonné d’avoir planifié une tentative de coup d’Etat comme le montrait l’hiver dernier une vidéo que la presse a largement diffusée.

« Le général Jean-Marie Michel Mokoko transféré à la maison d’arrêt », lance en manchette le journal Les Dépêches de Brazzaville. A « la Une » du quotidien congolais, l’avocat du général précise que le procureur de la République a ouvert une information pour deux chefs d’inculpation, « atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat et détention illégale d’armes et munitions de guerre ». Le général Mokoko « réfute les faits qui lui sont imputés », complète Les Dépêches de Brazzaville.

Evoquant bien moins sobrement le sort de Jean-Marie Michel Mokoko, le site Congopage y voit une « mise en abyme, une peinture dans la peinture, une violence dans la violence, une humiliation dans l’humiliation ». Pour ce journal en ligne, le président congolais Denis Sassou-Nguesso a « désarçonné François Hollande auprès de qui le prix Renaudot, Alain Mabanckou, était en train de plaider la cause postélectorale du Congo, précisément le jour de la mise au mitard du général Mokoko ».

Ce placement en détention préventive du général Mokoko est aussi commenté au-delà du bassin du Congo. Et, manifestement, les avis divergent. Ainsi, au Sénégal, le site d’informations Senenews rappelle-t-il que, dans la fameuse vidéo, Jean-Marie Michel Mokoko parle « avec un Français se présentant comme un membre des services de renseignements évoquant des noms de personnalités à éliminer pour prendre le pouvoir ». Ce journal en ligne se souvient aussi que le général apparaît aussi « en train de répéter le premier discours qu’il prononcerait après le coup d’Etat ».

Dans la même veine, au Burkina Faso, la mise en détention provisoire de Jean-Marie Michel Mokoko n’a pas surpris L’Observateur Paalga. « Il fallait s’y attendre », soupire ce quotidien ouagalais, Denis Sassou-Nguesso « règle ses comptes ». Ce journal rappelle également que, dans cette vidéo, il est question de « personnalités à éliminer en vue de s’emparer du pouvoir ; une vidéo pour le moins compromettante pour l’ancien représentant de Sassou à l’Union africaine », admet L’Observateur Paalga, selon lequel le général Mokoko « aura fort à faire pour prouver son innocence ».

A l’inverse, cette mise de l’opposant congolais sous les verrous indigne l’autre grand quotidien ouagalais Le Pays. « Il ne restait plus que ça !, lance-t-il, (…) quelles qu’aient été les casseroles qu’il traînait, (…) (le) général (…) n’aurait pas eu de souci à se faire, s’il n’avait pas dit non au seigneur Sassou ». Et ce journal de rapprocher le sort du général Mokoko de celui du désormais opposant Moïse Katumbi, Congolais lui-aussi, mais Congolais-rive gauche du grand fleuve, « accusé de tous les péchés d’Israël » par Joseph Kabila. Lequel président de la République démocratique du Congo prend, « tel un félin, (…) du plaisir à jouer avec sa proie avant de la dévorer ».

Congo : soupçon sur Hollande

Quant aux opposants congolais, certains d’entre eux accusent la France d’être complice du président Sassou-NGuesso. Les Congolais « accusent Hollande », lance le blog d’opposition Sukissa relayé, en France, par le journal d’informations en ligne Mediapart. « La force qui fait résister Sassou-Nguesso à la tempête, c’est François Hollande », clame ce texte au vitriol selon lequel le président français aurait « en sous-main », donné le « feu vert » à son « vassal » Sassou-Nguesso pour « arrêter » le général, à qui, à en croire son auteur, le président français reprocherait d’avoir « divulgué » le contenu de son entretien « avec Yves Ollivier et avec Jean-Pierre Vidon, l’ambassadeur de France sortant ». Lequel, peut-on encore lire dans Mediapart, « auraient exigé, en vain, une lettre de Mokoko reconnaissant la victoire de Sassou ».

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