Chronique des médias

La Grande-Bretagne joue à quitte… ou croire en l’Union européenne

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Des passants sont venus rendre hommage à la députée travailliste Jo Cox, à Parliament Square, le 17 juin 2016.
Des passants sont venus rendre hommage à la députée travailliste Jo Cox, à Parliament Square, le 17 juin 2016. REUTERS/Stefan Wermuth

A six jours du référendum du 23 juin, retour sur la campagne médiatique pour ou contre le Brexit qui a été suspendue en Grande-Bretagne après l’assassinat de la députée Jo Cox.

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« Emouvant hommage du mari de la députée qu’un fou solitaire a tué de trois coups de feu et de sept coups de couteau ». C’est par ces mots que le Sun, le quotidien populaire de Rupert Murdoch, s’est incliné vendredi en gros titres devant la dépouille de Jo Cox, la députée travailliste assassinée la veille. Mardi, le Sun s’était prononcé en Une pour un retrait de l’UE avec le jeu de mot « beleave in Britain » jouant sur les verbes quitter et croire. Il avait exhorté « à voter pour la sortie » quelques mois après avoir titré « la reine soutient le Brexit », ce qui avait amené Buckingham à saisir le régulateur de la presse.

L’hommage de l’époux de Jo Cox s’est retrouvé à la Une du Daily Mirror : « Jo croyait en un monde meilleur. Elle aurait voulu qu’on s’unisse tous contre la haine qui l’a tuée » peut-on lire sur la couverture de ce tabloïd populaire. Cet assassinat, rarissime puisqu’il faut remonter aux attentats de l’IRA pour retrouver des précédents, provoque une émotion nationale qui dépasse les clivages entre pro et anti-Brexit.

Pourtant, le Guardian, le grand quotidien de qualité proche des travaillistes, n’a pas manqué de dénoncer le « ton brutal qui attise les divisions »qu’a pris la campagne.« Quand vous encouragez la rage, vous ne pouvez pas feindre d'être surpris quand les gens deviennent enragés », écrit aussi The Spectator. Dans le viseur de cet hebdo : Nigel Farage, du parti europhobe Ukip, et sa campagne agressive pour le Brexit montrant des réfugiés prêts à envahir la Grande-Bretagne. 

Contrairement au référendum en France de 2005, sur la Constitution européenne, où les médias avaient été massivement en faveur du « oui », la presse anglaise a été jusqu’ici plus partagée sur le Brexit. Les grands médias audiovisuels se sont montrés timides dans la mesure où il ne s’agissait que d’avaliser l’existant. Quant aux réseaux sociaux, ils n’ont pas mobilisé les jeunes, largement favorables à l’UE, mais plutôt le camp de la sortie, qui y a contesté la peur inspirée par les médias et les politiques. 

Pourtant, les grands journaux populaires, par crainte de se couper de leurs lectorats, ont rejeté ou n’ont pas soutenu un maintien dans l’UE. Une étude YouGov montre que 54 % à 77 % des lecteurs du Mirror, du Sun, du Daily Mail, du Daily Express sont favorables au Brexit. À l’inverse, la presse pour les cadres a épousé la cause de l’Union, encouragée par de grandes figures de la publicité et des affaires comme Martin Sorrell, le patron de WPP, qui augure « un affaiblissement du PIB » en cas de Brexit et redoute une perte « d’influence dans quatre de ses dix principaux marchés ».

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