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Au Gabon, le concours d’entrée à l’ENS reporté «en accord avec le Premier ministre»

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Une classe de primaire dans le village d'Omboué, au Gabon.
Une classe de primaire dans le village d'Omboué, au Gabon. Getty images/Sylvain Grandadam

Les conditions d’apprentissage à l’école s’améliorent-elles au Gabon ? Le taux de scolarisation est élevé (92 %), mais les classes sont surchargées, les conditions de travail sont difficiles pour les enseignants et de nombreux élèves redoublent. Florentin Moussavou est ministre de l’Education nationale et de l’Enseignement technique depuis septembre 2015. Il répond aux questions d’Anthony Lattier.

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RFI: Il y a quelques jours, le concours interne d’entrée à l’Ecole normale supérieure a été annulé à la dernière minute. Quand aura-t-il lieu, finalement ?

Florentin Moussavou: Il s’agit plutôt d’un report. Nous avons décidé de reporter ce concours et cela a été fait, en plus, avec l’onction de monsieur le Premier ministre, chef du gouvernement gabonais.

Suite à ce report, les syndicats ont pensé que vous ne mesuriez pas le déficit d’enseignants qu’il y avait au Gabon.

C’est justement parce que nous mesurons parfaitement la problématique du déficit. Lorsque je suis arrivé à la tête de ce département, il était établi un chiffre astronomique de près de 2 000 enseignants qui manquaient alors au Gabon. Nous avons pris nos fonctions, en septembre 2015, et nous nous sommes mis au travail. Nous avons alors constaté qu’il y avait, dans l’appréciation de ce déficit, un certain nombre de problématiques qui relevaient davantage de l’organisation administrative. Comme exemple, la moyenne du quota horaire est de 20 à 22 heures de cours. Certains enseignants, dans certaines spécialités, n’assuraient que la moitié de leurs quotas parce qu’il y avait soit un trop-plein, soit parce qu’il n’y avait pas assez d’enseignement à assurer dans l’établissement où ils étaient affectés.

Donc, beaucoup d’enseignants ne travaillaient pas assez ?

Ils ne travaillaient pas assez mais cela ne relevait pas toujours de leur volonté. C’était une question d’organisation administrative et nous avons mis de l’ordre, à ce niveau. Aujourd’hui, nous sommes en train d’atteindre l’optimum et nous avons pris la décision de faire en sorte que l’affectation des enseignants soit réalisée, non pas auprès de l’établissement mais plutôt auprès d’un bassin pédagogique. Si, dans l’établissement d’affectation, l’enseignant a, par exemple, 18 heures de cours, il devra faire les quatre heures additionnelles dans l’établissement voisin. C’est ainsi que nous avons pu faire économie de près de 500 à 600 enseignants, suivant la demande établie à 1 900.

Aujourd’hui, il en manque combien ?

Aujourd’hui, s’il y a un déficit, il serait de l’ordre de 400 ou 500. Là, je dois préciser qu’il en manque davantage dans certaines spécialités.

Monsieur le ministre, voici la question d’un enseignant, justement à propos de la filière scientifique qui pose problème: « Comment expliquer le déficit en ce qui concerne les enseignants dans le domaine des sciences ? Comment comprendre que l’on soit toujours contraints d’aller recruter à l’extérieur alors qu’au Gabon, on peut mettre un certain nombre de mécanismes en place pour inciter plusieurs compatriotes à embrasser la carrière enseignante, et notamment à les orienter vers les matières scientifiques ? ». Quelle est votre réponse ?

Nous sommes en train de circonscrire cette problématique et c’est pour cela que, entre autres raisons, le report du concours d’entrée à l’ENS permet certainement de prendre des ingénieurs qui sont sans emploi. Nous comptons également sur d’autres Gabonais dans des spécialités qui sont proches des matières scientifiques et qui pourraient intervenir dans l’enseignement de la physique, chimie et des mathématiques.

Donc, votre objectif, c’est de ne plus importer des enseignants de maths, de physique, venus d’ailleurs ?

Aujourd’hui, pratiquement 70 % des enseignants, dans les matières scientifiques, viennent de l’étranger et ce n’est pas normal. Nous voudrions ramener ce déficit en enseignants gabonais autour de 20 à 25 % et puis, progressivement, dans les dix ans qui viennent, le ramener carrément au niveau zéro.

Nous avons interrogé Louis Patrick Mombo, secrétaire général du syndicat des enseignants de l’Education nationale. Il a une question pour vous: « Monsieur le ministre, en 2010, des Etats généraux se sont tenus. Il était question de construire beaucoup d’établissements scolaires. Pourquoi, jusqu’à présent, depuis 1960, les salles de classe ne se construisent pas ? Les établissements ne se construisent pas non plus et les effectifs pléthoriques vont crescendo alors que le ratio, arrêté aux Etats généraux est de 35 élèves par classe. Pourquoi ? ». Aujourd’hui, c’est en moyenne 45 élèves par classe. Cela peut aller parfois jusqu’à 90, d’après la Banque mondiale. Alors, pourquoi la construction d’écoles ne vient pas ?

Ce qui se passe simplement dans notre pays c’est qu’on ramène souvent la question de l’Education à la seule mise à disposition d’infrastructures scolaires. Mais, vous trouverez des écoles à l’abandon parce que simplement on a construit des écoles envers et contre tout parce qu’il fallait répondre à des exigences ou encore à de besoins politiciens.

Aujourd’hui, ce que nous devons faire, c’est rationaliser. Où est-ce qu’il faut construire une école ? Est-ce que l’école que l’on construit à tel ou tel endroit correspond à un besoin ? Est-ce que, derrière l’école que l’on construit, il y a une population d’enseignants ou est-ce qu’il y a une possibilité d’y amener les enseignants ? C’est cela dont il est question.

Mais alors, comment lutter, concrètement, contre les classes pléthoriques ? Cela veut dire qu’il ne faudrait peut-être pas davantage d’écoles mais il faudrait alors plus d’enseignants ?

Pas seulement. C’est sûr qu’il faut davantage d’enseignants mais en fait, des enseignants en nombre suffisant pour remplir les besoins des bassins pédagogiques. L’Agence française de développement met à la disposition du ministère de l’Education nationale des moyens grâce auxquels, par cet emprunt de 200 milliards de francs, nous arriverons à construire des écoles et des collèges à Port-Gentil et à Libreville.

Notre objectif, c’est d’amener le niveau des effectifs, dans le second cycle, les lycées, au niveau de 30 élèves, en suivant, par conséquent, les standards internationaux. A ce moment-là, les lycées seront alors désengorgés et les collèges, eux, recevront uniquement les élèves de 6e, 5e, 4e et 3e.

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