Accéder au contenu principal
Invité Afrique

Pr. Daniel-Ribeiro: pour éliminer le paludisme, «il faudrait plus 6 milliards de dollars par an»

Audio 05:31
Chaque année, 3,3 milliards de personnes sont exposées au risque de paludisme.
Chaque année, 3,3 milliards de personnes sont exposées au risque de paludisme. M. Hallahan/Sumitomo Chemical - Olyset Net

C’est la première maladie mortelle en Afrique. Le paludisme tue plusieurs centaines de milliers de personnes par an. Et depuis plus de cent ans, depuis 1913 exactement, la Fédération internationale de médecine tropicale lutte contre ce fléau. Le professeur brésilien Claudio Daniel-Ribeiro est le président de cette institution. Actuellement, il est à Lyon pour voir si cette grande ville française est en mesure d’accueillir le congrès qui réunira plus de mille médecins et chercheurs en 2024. Pourra-t-on un jour éradiquer le paludisme ? En ligne de Lyon, le grand paludologue brésilien répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

Publicité

RFI : Le virus Ebola en Afrique de l’Ouest, le virus Zika en Amérique latine. Pourquoi y a-t-il ces flambées de maladie à virus depuis quelques années ?

Claudio Daniel-Ribeiro : Il y a plusieurs raisons, soit parce que l’homme est désormais plus proche d’un hôte intermédiaire, un hôte animal, soit parce que, au cours des années, il y a une histoire de mutation qui a fait que le virus apparaît maintenant de manière plus virulente. Voilà, l’homme change ses habitudes qui deviennent malheureusement assez envahissantes. Donc l’homme peut par exemple rentrer dans des endroits où il n’allait pas avant, il peut rentrer dans la forêt, il peut interagir avec des animaux. Donc s’il habite tout près de la forêt, il commence à avoir contact avec par exemple des singes ou des chauves-souris. Cela fait qu’on favorise l’interaction entre l’homme et des porteurs intermédiaires du virus ou d’un parasite. Et il y a un autre phénomène qui peut se passer aussi, c’est que le virus peut faire une mutation, il peut muter dans le sens de devenir plus virulent.

Donc, comme la population augmente, dans certains pays tropicaux, certains habitants s’approchent de plus en plus des zones forestières et peut-être aussi de certaines espèces animales comme les singes ?

Tout à fait. Parce que l’homme rentre dans une forêt qu’il ne fréquentait pas, par exemple parce qu’il a décidé de faire passer une route au milieu de la forêt. Donc il a abattu des arbres. Donc l’homme, en changeant son environnement, favorise son contact avec des agents pathogènes.

Et ça expose les gens à des microbes qui avant ne circulaient que parmi certaines espèces animales comme les singes ?

Par exemple, c’est le cas du virus Ebola, qui est passé à l’homme à travers des populations de chauves-souris probablement, sans qu’on sache exactement ce qui s’est passé.

L’un des grands combats de la Fédération internationale de médecine tropicale depuis cent ans, c’est la lutte contre le paludisme. En l’an 2000, cette maladie tuait un million de personnes par an. Qu’est-ce qu’il en est aujourd’hui ?

Qu’est-ce qui s’est passé ? En l’an 2000, il y a eu un engagement très important. Et j’ai des collègues qui se moquaient de Bill Gates en disant « on a un nouveau paludologue parmi nous ». Mais il a décidé d’investir les 30 ans peut-être qui lui restent de vie et puis les milliards qu’il a amassés par Microsoft pour éliminer le paludisme du monde. Alors, il faudrait plus de six milliards de dollars par an pour qu’on puisse financer les mesures d’élimination nécessaires pour qu’on aille dans le sens d’éliminer complètement le paludisme. Et on arrive à avoir presque quatre milliards, ce qui est énorme, mais ce n’est pas suffisant encore.

Grâce à Bill Gates ?

Je dirais que Bill Gates est un des plus grands moteurs. Moi, personnellement, j’ai beaucoup d’admiration, même si on peut dire ce qu’on veut sur ses motivations. Je suis très sensible au fait qu’un homme finance des programmes entiers de recherche de développement de nouveaux médicaments, de nouveaux vaccins contre le paludisme. Le résultat, c’est qu’il y avait un million de morts par an, et que là, en 2016, il y en a 440 000. Et le résultat aussi, c’est que sur plus de 100 pays, 106 ou 107 pays où il y a la transmission, 57 pendant ces 15 ans ont réduit le nombre de personnes affectées de plus de 75%. Et la réduction en Afrique entre 2000 et 2015 a été de 37% des cas. Je pense que la chose la plus importante à dire, c’est que ce résultat repose sur d’abord sur une association très puissante de médicaments très anciens, comme l’artémisinine, avec d’autres médicaments antipaludiques. Deuxièmement, il repose sur l’usage fréquent et répandu des moustiquaires imprégnées. Donc ça sauve énormément de vie. Je vous ai dit que beaucoup d’enfants mourraient. Donc des familles entières sont protégées par les moustiquaires. Et un troisième outil qui est très important aussi, c’est les tests-diagnostics rapides pour identifier l’origine d’une fièvre.

Tous les deux ans, on apprend la naissance d’un nouveau vaccin contre le paludisme. Mais pour l’instant, apparemment aucun de ces vaccins n’est efficace pendant plus de deux ou trois ans. Pourquoi n’arrive-t-on pas à créer un vaccin qui peut tenir toute la vie ?

Effectivement, il y a un vaccin qui est plus ou moins protecteur. Il protège 50% des cas, mais je veux dire que ce n’est pas un vaccin très efficace, d’abord parce qu’il ne protège pas tout le monde ; et deuxièmement, vous avez dit deux ou trois ans, mais même pas. C’est un vaccin qui protège un an à peu près. Et nous ne savons pas faire mieux pour l’instant. Et ce n’est pas dit qu’on le sache un jour parce que c’est compliqué. C’est un parasite, ce n’est pas un virus. Un virus, c’est un tout petit microorganisme. Et un parasite, c’est quelque chose qui est grand comme une cellule, ou parfois plusieurs cellules, et il faut tenir compte de la complexité de sa composition, des substances qui le composent. Donc ce n’est pas évident du tout de trouver une réponse immune qui protège aussi bien qu’un vaccin contre la poliomyélite par exemple.

Est-ce que d’ici 2024, d’ici ce congrès qui aura peut-être lieu à Lyon en France, est-ce qu’on trouvera un vaccin contre le paludisme qui tiendra au moins dix ans, sinon toute la vie ?

C’est très difficile de faire une prévision d’ici à huit ans. Ce que j’espère, c’est qu’on aura un vaccin plus efficace et surtout qu’on n’aura pas changé l’idée d’éliminer le paludisme du monde. Je veux dire qu’il faut continuer à investir de l’argent. Je vous rappelle que beaucoup de maladies, y compris le propre paludisme en Europe et dans beaucoup d’endroits, ont été éliminées sans qu’on ait un vaccin. Donc un vaccin serait un outil de très grande utilité, de très grand pouvoir, mais il n’est pas essentiel pour qu’on puisse éliminer la maladie.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.