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Ukraine: plus de 1300 courriels de journalistes publiés sur internet

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Sébastien Gobert (à gauche) fait partie des journalistes dont les courriels ont fuité sur internet, en Ukraine.
Sébastien Gobert (à gauche) fait partie des journalistes dont les courriels ont fuité sur internet, en Ukraine. François-Damien Bourgery/RFI

Un nouveau scandale affecte la liberté de la presse en Ukraine. Une liste de plus de 1 300 courriels et leurs nombreuses pièces jointes, fruits d’échanges entre le service de presse de la République populaire autoproclamée de Donetsk, et des dizaines de journalistes, a été publiée sur internet. Une source d’information précieuse pour comprendre les rouages de l’administration séparatiste. Explications avec Sébastien Gobert, correspondant de RFI en Ukraine. 

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Sébastien, vous êtes vous-même mentionnés dans ces échanges de mails, de quoi s’agit-il?

Ce n’est pas seulement que je suis mentionné, mais ce sont les mails que j’avais envoyé au service de presse de Donetsk qui se retrouvent désormais étalés sur la place publique. L’un d’entre eux, c’était un mail que j’avais envoyé pour demander une accréditation de journaliste en septembre 2015. Il y a un commentaire en anglais, traduit en russe, qui explique pourquoi il faut me refuser cette accréditation. Pour faire simple, c’est parce que le service de presse n’était pas certain que je réalise des reportages de promotion de leur République, mais plutôt que je sois critique de ce que j’allais trouver sur place. Moi et de nombreux autres journalistes sommes sur liste noire depuis de longs mois. Nous ne pouvons plus retourner en territoire séparatiste.

Pour beaucoup de mes collègues, ukrainiens, russes ou autres, les justifications de refus sont encore plus simples. « Russophobe », « ukrainophile », « pro-Otan », ou encore un journaliste qui parle de la présence de « chars russes » dans l’est de l’Ukraine, ce qui visiblement énerve à Donetsk, où l’on nie toute sorte d’intervention directe de la Russie.

Pourquoi une telle fuite?

C’est un mystère. A la base, c’est un tweet d’un compte Twitter, qui est censé appartenir à la chef du service de presse de Donetsk, qui publie un lien vers la fuite de mails, le 3 août. Mais rien ne permet de certifier que ce soit elle. Alors chacun y va de sa petite théorie sur les vraies raisons de la fuite. Il est difficile d’y voir clair.

Mais ce qui est certain, c’est que ces documents, aussi parcellaires soient-ils, ouvrent une fenêtre sur les méthodes de fonctionnement du service de presse à Donetsk et de l’administration en général. Les journalistes étrangers sont surveillés par une cellule internationale dirigée par un Finlandais, Janus Putkonen. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce sont des Français qui le secondent en majorité. Des Français aux histoires rocambolesques, c’est le moins que l’on puisse dire.

Leur but, c’est de gagner la guerre de l’information. Ce qui passe par contrôler les journalistes, mais aussi chercher des soutiens à l’étranger, attirer des délégations politiques en territoires séparatistes. Ça a l’air d’une machine de communication, voire de propagande, bien rôdée.

Mais pourquoi cela est-il considéré comme une nouvelle atteinte à la liberté de la presse?

D’une part, parce que les données personnelles de centaines de journalistes se retrouvent étalées sur la place publique. Encore une fois. Car ce n’est pas la première fois que cela arrive. D’autre part parce que les suspicions sont fortes d’un coup monté orchestré par les services secrets ukrainiens - mais malgré cela, aucune réaction de la part des dirigeants du pays, ni même aucune assurance que l’Etat pourrait garantir la sécurité des journalistes et la liberté de la presse. Pas de réaction, rien. Malgré un contexte où les attaques se multiplient contre les journalistes.

A Kiev, on est encore loin de Donetsk, mais l’absence de réaction des dirigeants ukrainiens n’augure rien de bon.

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