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Invité Afrique

Procès de la destruction des mausolées devant la CPI: insuffisant selon Florent Geel (FIDH)

Audio 03:56
La mosquée Djingareyber à Tombouctou au Mali.
La mosquée Djingareyber à Tombouctou au Mali. SÉBASTIEN RIEUSSEC / AFP
Par : Jean-Jacques Louarn

Le Touareg malien Ahmed Al Faqi Al Mahdi est jugé à partir de ce lundi 22 août par la Cour pénale internationale pour la destruction de mausolées à Tombouctou. Il incarne le nouvel ordre que les jihadistes voulaient imposer dans le nord du Mali en 2012. Ce procès - pour destruction de biens - est une première devant la CPI. Mais Ahmad Al Faqi Al Mahdi a commis d'autres crimes pour lesquels il n'est pas jugé, regrette Florent Geel, directeur Afrique à la FIDH. 

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RFI : Vous dites Ahmed Al Faqi Al Mahdi poursuivi, jugé pour destruction de sites culturels à Tombouctou c’est bien, bien mais pas du tout satisfaisant.

Florent Geel , responsable du bureau Afrique de la FIDH.
Florent Geel , responsable du bureau Afrique de la FIDH. acp-europa.eu

Florent Geel : Pas suffisant en tout état de cause puisque effectivement juger Al Faqi dit Abou Tourab pour la destruction de mausolées démontre que les premières victimes des jihadistes sont effectivement des musulmans et que les premières victimes c’est la diversité de l’islam en Afrique qui est attaquée. Mais cet individu comme d’autres, à Tombouctou en particulier, se sont rendus responsables de très graves crimes. Notamment nous pointons dans plusieurs plaintes des viols, des viols collectifs, des attaques contre des personnes et pas uniquement contre des biens.

Alors Al Faqi a fait régner la terreur à Tombouctou en 2012, avec Sanda Ould Boumana, ex porte-parole d’Ansar Dine, Cheikh Ag Aoussa, ancien bras droit de Iyad Ag Ghali, citons encore Houka Houka qui ordonnait les amputations, ces trois-là sont dans la nature.

Ils sont dans la nature. Ils sont aussi visés par la plainte qu’on a déposé mais on sait où ils sont pour la plupart. Houka Houka est à une soixantaine de kilomètres, un peu moins, de Tombouctou dans son campement. Il devrait être arrêté par les autorités maliennes. Il a été démontré qu’il est responsable non seulement des amputations que vous évoquez mais aussi de la légalisation juridique au nom de l’islam de viols, de viols collectifs, d’esclavage sexuel et de nombreux autres crimes. Donc cet individu devrait être poursuivi par la justice, notamment et en premier lieu par la justice malienne si la Cour pénale internationale ne s’occupe pas de lui. Les deux que vous citez également, le chef de Ansar Dine à l’époque, est allé à Bamako signer l’accord de paix. C’est un haut criminel qui a pu aller en toute impunité dans la capitale malienne et au nom de la paix, on le laisse aujourd’hui dans la nature. Ce sont évidemment des individus qui devraient rendre des comptes devant les populations maliennes et devant la justice nationale voire internationale.

Ils sont dans la nature mais participent à des réunions officielles et serrent des mains de ministre…

Absolument. C’est l’impunité et souvent on oppose paix et justice. Or il est démontré aujourd’hui et depuis plus de 20 ans, et le cas malien le démontre encore de façon exemplaire, que le niveau de violence n’a pas baissé aujourd’hui avec l’impunité, bien au contraire. Aujourd’hui on ne va plus dans des zones du Nord-Mali comme on y allait en 2013. Le niveau de violence a augmenté. La mission des Nations unies au Mali est la mission la plus dangereuse des Nations Unies. Près de 60 soldats de la paix y ont trouvé la mort en 2015. Donc la lutte contre l’impunité est une condition essentielle du retour à la paix. Sans justice, il ne pourra pas y avoir de paix au Nord-Mali, c’est clair, c’est démontré. Il s’agit pas de faire la justice tout de suite et pour tout le monde, il y a bien sur des processus. Mais enfin il faut un moment commencer et pour l’instant cette lutte contre l’impunité au Mali n’a pas commencé. Devant la CPI, elle commence timidement avec cette étape, certes importante, mais qui n’est pas suffisante.

Donc vous êtes catégorique, ces hommes ne font pas partie de la solution de paix ?

Aujourd’hui non, ils le démontrent d’ailleurs puisque ils continuent à agir contre la paix.

Donc Al Faqi comparait ce lundi devant la CPI pour la destruction de 9 mausolées. Il faut quand même souligner que c’est une première.

C’est une première devant la CPI, puisque devant le tribunal pour l’ex-Yougoslavie plusieurs inculpés ont été condamnés pour la destruction, à l’époque, d’églises ou de mosquées. Le cas de Tombouctou est d’autant plus important que les mausolées de Tombouctou sont la personnification, sont le symbole de l’islam malékite, de l’islam africain, de l’islam tolérant, de l’islam divers et cette vision jihadiste qui tend à imposer une seule vision d’un islam radical et intolérant est visée dans ce procès et ça c’est effectivement un cas important.

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