Revue de presse française

A la Une: un seul homme, un seul visage, Macron

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AFP

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Un seul homme, un seul visage ce matin en première page des journaux : Emmanuel Macron. Le jeune et fougueux ministre de l’Economie a donc démissionné hier. Il quitte le gouvernement pour marcher vers où ? Eh bien vers la présidentielle… Pas de surprise.
« Il fallait bien qu’il s’en aille un jour, pointe L’Est Eclair. Emmanuel Macron ne pouvait pas rester au gouvernement plus longtemps. Selon l’expression consacrée : un ministre, ça démissionne ou ça ferme sa gueule. Macron, fermer sa gueule, très peu pour lui. On ne se voit pas président à la place du président sans avoir une certaine idée de sa personne. »
Alors, « en avant, marche !, s’exclame Le Midi Libre. Après avoir goûté pendant deux ans aux fastes de Bercy, Emmanuel Macron veut maintenant se délecter des lustres de l’Élysée. Advienne que pourra. S’affranchissant avec courage de son ministère de l’Économie et des critiques pesantes de François Hollande, le voilà donc redevenu un citoyen lambda (…). Pour lui, c'est bien ici que le plus dur commence. »

Paris osé

En effet, Macron emprunte un chemin totalement inédit… « Il fallait un talent certain, relève Libération, pour passer en moins de deux ans du statut de conseiller important mais inconnu à celui de pré-candidat présidentiel. Il doit cette ascension météorique à l’espoir de renouveau qu’il a fait naître dans une partie de l’opinion, qui veut des têtes nouvelles et de nouveaux comportements. La performance est rare dans le jeu politique français, si rétif, au fond, à la franche nouveauté. »
Mais attention, prévient Libé, « quand on se place au-dessus du système - louable ambition -, on risque aussi de se retrouver dans les nuages. On passe alors de Brutus à Nimbus. Au gouvernement, quoi qu’il en pense, Macron restait dans la famille de la gauche, qui a besoin de rénovation. Il eût été dans ce cas un trublion utile. Il a décidé de viser plus haut. L’audace est belle et il faut lui rendre justice. A condition de ne pas tirer en l’air. »

La Charente Libre pointe aussi « ce premier pari osé d’Emmanuel Macron qui chahute à la fois les plans de l’Elysée, de Manuel Valls, mais aussi des organisateurs de la primaire à gauche qu’il pourrait superbement ignorer. La route de l’Elysée n’en reste pas moins escarpée, avertit également le quotidien charentais, pour un Emmanuel Macron coresponsable du bilan du quinquennat mais qui ne propose rien moins qu’une révolution politique aux Français : celle de l’accession pour la première fois à la magistrature suprême sous la Ve République d’une personnalité de la société civile, jamais élue et sans parti constitué autre qu’un mouvement embryonnaire. »

Besoin de fraîcheur…

Une audace et une nouveauté saluée par Les Echos… « Emmanuel Macron ne sera peut-être jamais président de la République. Mais, quel que soit son destin, l’envie du fondateur d’En Marche de peser dans la campagne présidentielle est déjà une excellente nouvelle pour l’économie française, estime le quotidien économique. A moins de quarante ans, ce natif de la génération digitale, enfant de la famille européenne, voit et pense l’économie comme aucun des concurrents auxquels il va s’affronter. »
L’Opinion, autre quotidien pas franchement de gauche non plus, trouve aussi bien des qualités à l’ex-ministre de l’Economie… « Tous auront tort de ne pas prendre au sérieux Emmanuel Macron, sa démarche, son ambition, sa force de travail et son empathie, affirme en effet L’Opinion. Tort de ne pas comprendre à quel point sa démarche satisfait un besoin de fraicheur, d’inattendu, de nouveauté dans la vie politique française. Tort de ne pas admettre que casser les codes d’un jeu politique qui est en train de s’effondrer sur lui-même peut être un coup gagnant. »

Tout à prouver !

N’exagérons rien, rétorque Le Figaro… « Inconnu du public il y a deux ans, Macron a su s’attirer beaucoup de sympathie, notamment dans le monde de l’entreprise, par ses déclarations réalistes en rupture avec les dogmes de la gauche, après avoir sinon inspiré du moins laissé faire les calamiteuses décisions du début du quinquennat. Mais que reste-t-il d’autre de sa loi que la libéralisation du trafic des autocars ?, s’exclame Le Figaro. Et, hors du champ économique, qu’a-t-il d’original à proposer pour restaurer l’école, contenir l’immigration, renforcer la sécurité des Français, les protéger du péril islamiste ? En sautant du Titanic, conclut le quotidien d’opposition, Macron est sorti de l’ambiguïté. Mais, en marche vers la présidentielle, il a encore tout à prouver. »

nfin, L’Humanité n’encense guère également l’ancien ministre, mais pas pour les mêmes raisons. « Faut-il que notre démocratie soit si malade, soupire le quotidien communiste, pour qu’un ministre de l’Économie, entré par effraction démocratique avec la complicité du chef de l’État, quitte le navire en plein naufrage pour assouvir ses ambitions personnelles, et ose s’imaginer président de la République ? Car le départ du commis de la finance ne repose absolument pas sur un désaccord politique. L’ancien banquier s’enfuit par la petite porte qui le mènera directement à l’université d’été du Medef, où l’on ne manquera pas de lui dérouler le tapis rouge. Le bilan du ministre est à l’image de celui du quinquennat, note encore L’Humanité. La loi qui porte son nom, censée 'doper' l’économie, n’aura encouragé que la précarisation des travailleurs et la libéralisation des services publics. »

Réalisme et hospitalité

A la Une également, « l’exil sans fin des migrants », un titre relevé dans Le Parisien. C’est sans doute un record : « lundi, 6.800 Africains en route vers l’Europe ont été secourus au large des côtes libyennes, pointe le journal. Parmi eux, de plus en plus d’enfants isolés. »
Commentaire de La Croix : « les nouveaux records battus ces derniers jours en Méditerranée montrent que les flux ne tiennent pas uniquement aux propos de tel ou tel dirigeant mais qu’ils relèvent d’un mouvement puissant et durable de migrations que les Européens doivent accepter de gérer collectivement, avec réalisme et hospitalité. À moins de voir leur Union régresser, voire s’effondrer. »

Inquiétude au Gabon

Enfin, la présidentielle au Gabon, on attend toujours les résultats : inquiétude dans les journaux… notamment dans Le Figaro : « Entre Ali Bongo, le président sortant, et son rival Jean Ping, on disait la course serrée. Mais plus que par le nom du vainqueur, les Gabonais sont angoissés par la réaction du vaincu et des siens, pointe Le Figaro. Car si personne ne s’avance officiellement à parier sur l’un ou l’autre, tous sont certains que le candidat défait refusera net les résultats annoncés. »

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