Accéder au contenu principal
Invité Afrique

Ouided Bouchamaoui: «La Tunisie a besoin aussi bien de ses voisins que d’un soutien international»

Audio 04:52
Ouided Bouchamaoui, présidente de l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, l'UTICA.
Ouided Bouchamaoui, présidente de l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, l'UTICA. RFI/Sébastien Bonijol

L'économie de la Tunisie est en panne. Un appel à une mobilisation internationale pour soutenir le pays a été lancé jeudi à Paris à l'initiative d'économistes tunisiens. Parmi les personnalités présentes, Ouided Bouchamaoui, présidente de l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, le patronat tunisien. En 2015, elle avait reçu, conjointement avec d'autres représentants de la société civile, le prix de Nobel de la paix. Le quartet tunisien avait été récompensé pour ses efforts en faveur de la transition démocratique. Ouided Bouchamaoui participe ce week-end au Forum de l’économie positive au Havre.

Publicité

Vous participez au Forum de l’Economie Positive avec des personnalités du monde entier. Etes-vous positive concernant l’économie tunisienne, un peu plus de cinq ans après la révolution ?

Ouided Bouchamaoui: Disons que je suis optimiste. Positive oui, parce qu’il faut aussi que l’on soit forts et que la vie continue malgré tout ce qui s’est passé. Les Tunisiens continuent à se battre pour élaborer une stratégie claire et nette dans le pays.

Le Fonds monétaire international (FMI), lui, parle d’activité économique « anémique », dit-il, avec un taux de chômage très fort.

Aujourd’hui, c’est vrai, on ne s’est pas trop occupé de l’économie parce qu’il fallait construire et instaurer les institutions dans le pays. Il s’avère que la Communauté internationale n’a pas mis son poids pour aider la Tunisie. C’est pour cela qu’il y a eu cet appel pour aider et soutenir la Tunisie.

Vous estimez que la Communauté internationale n’a pas fait son travail depuis la révolution, en tout cas n’a pas suffisamment accompagné l’économie tunisienne ?

Pas assez. Elle était présente et a beaucoup salué ce qui a été fait en Tunisie mais, réellement sur le plan pratique et sur le plan économie, beaucoup de choses restent à faire. La Tunisie a besoin de beaucoup plus. Tout d’abord, il faut que la Communauté internationale trouve une solution pacifique à la Libye. Etant donné qu’elle a eu l’idée d’aller en Libye, il faut qu’elle trouve une solution pacifique et à l’amiable pour vraiment résoudre une grande partie des problèmes de la Tunisie.

Et pour vous, d’un point de vue économique, la Libye ce sont aussi des débouchés pour les entreprises tunisiennes qu’elles ne trouvent pas actuellement ?

Mais bien sûr ! Auparavant, avant la révolution, il y avait 100 000 Tunisiens qui vivaient et travaillaient en Libye. Il y avait des centaines d’entreprises tunisiennes qui exportaient vers la Libye comme par exemple tous les produits agroalimentaires. Dans le domaine de la santé, beaucoup de Libyens venaient se soigner en Tunisie. Il y avait donc cet échange, je dirais très prospère, entre la Tunisie et la Libye. Aujourd’hui nous sommes affectés. La Tunisie a besoin d’un soutien aussi bien de ses voisins que du soutien international.

Vous demandez un effort supplémentaire de la Communauté internationale. Au mois de mai, le FMI a accordé un prêt de près de 3 milliards de dollars à la Tunisie. C’est insuffisant ?

La Tunisie a besoin de beaucoup plus parce que nous avons besoin de rétablir cet équilibre entre les régions intérieures et les régions extérieures. Il y a beaucoup de projets d'infrastructures qui doivent être faits et il y a aussi, bien sûr, la mise à niveau de certains secteurs. La Tunisie a besoin de 60 milliards de dinars sur cinq ans. C’est pour cela que l’on se mobilise avec l’appel au soutien de la Tunisie pour dire que la réussite, aujourd’hui, du processus en Tunisie est directement liée à l’essor économique du pays.

Remettre les Tunisiens et les Tunisiennes au travail c’est justement l’un de vos crédos depuis que vous êtes à la tête du patronat tunisien. Qu’est-ce que les patrons que vous représentez ont fait pour cela ?

Vous savez, le secteur privé tunisien reste toujours le premier employeur en Tunisie. En valeur absolue, les investissements du secteur privé n’ont pas baissé depuis 2010. Cependant, cela reste toujours en-dessous des attentes des Tunisiens.

Depuis la révolution ?

Depuis la révolution, ils n’ont pas baissé en valeur absolue mais ils ont baissé de 20 % du PIB. Bien sûr, il faut tenir compte des considérations sécuritaires et des considérations globales. Toutefois, c’est notre devoir aujourd’hui, d’investir beaucoup plus et d’être présents dans les régions accompagnés par le gouvernement parce qu’il y a des projets d’infrastructures qui doivent être réalisés pour que les gens investissent.

Nous avons besoin de prendre le risque parce que le secteur public est incapable de résorber tous ces chômeurs et nous sommes là aussi pour aider. J’ouvre une petite parenthèse pour dire que 80 % des entreprises, en Tunisie, sont des petites et moyennes entreprises.

Près de cinq ans et demi après la révolution, estimez-vous que la démocratie, aujourd’hui, en Tunisie bénéficie d’une assise solide au sein de la population tunisienne et que, vraiment c’est un acquis de la révolution sur lequel on ne reviendra pas ?

Bien sûr ! Ah, c’est certain. Ah oui, oui. Vous savez, cela n’a pas été facile pour nous mais aujourd’hui, nous sommes un vrai pays démocratique. En plus, nous avons aussi la société civile qui est très importante et qui a un rôle très important en Tunisie. Elle sera là pour sauvegarder et préserver cette jeune démocratie. Nous avons savouré cette liberté de près. Je suis plus que convaincue que ce sera de l’impossible de revenir en arrière.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.