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La Turquie d'Erdogan a pris le pouvoir dans les Balkans

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Une affiche du président Tayyip Erdogan lors d'une manifestation pro-gouvernementale à Ankara, 16 juillet 2016.
Une affiche du président Tayyip Erdogan lors d'une manifestation pro-gouvernementale à Ankara, 16 juillet 2016. REUTERS

Deux mois après le coup d’Etat raté du 15 juillet, le prestige de la Turquie et de son président Recep Tayyip Erdogan n’a jamais été aussi grand dans les Balkans. Comment expliquer une telle fascination ?

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De notre correspondant dans la région,

Les Balkans ont fait partie durant plus de cinq siècles de l’Empire ottoman, ce qui a provoqué la conversion à l’islam d’une partie importante des populations locales. C’est est-ce dans les communautés musulmanes des Balkans – en Bosnie-Herzégovine, en Albanie, au Kosovo ou en Macédoine – que l’on trouve toujours la plus grande fascination pour la Turquie.

Une fascination historique

Durant la guerre en ex-Yougoslavie, Ankara avait apporté un soutien précieux à Sarajevo et, depuis quelques années, les entreprises turques sont très présentes dans la région, tandis que la Turquie finance généreusement les communautés islamiques ou encore la restauration du patrimoine ottoman. Recep Tayyip Erdogan a effectué de nombreuses visites dans la région, n’hésitant pas à dire que Sarajevo, ou bien Prizren au Kosovo, comptait autant pour lui que des villes de Turquie comme Izmir ou Trabzon.

Le président turc a beaucoup contribué à cette nouvelle stratégie de puissance que l’on qualifie parfois de « néo-ottomanisme », et les opinions publiques comme les dirigeants politiques des Balkans lui ont apporté un soutien unanime et enthousiaste après la tentative ratée de coup d’Etat de cet été.

Fethulah Gülen, l'ennemi

Les pays des Balkans ont d’ailleurs relayé les consignes de la Turquie demandant de traquer les disciples de l’imam Fethullah Gülen. Les réseaux « gülenistes » ont créé des dizaines d’écoles, de collèges ou d’universités privées dans tous les Balkans, notamment en Bosnie, au Kosovo ou en Albanie, mais certains aussi dans des pays majoritairement orthodoxes comme la Serbie. Ces institutions d’enseignement ont été sommées de se démarquer de l’imam devenu la bête noire de Recep Tayyip Erdogan. On a même vu les élèves de certains collèges créés par le réseau de Fethullah Gülen manifester leur soutien au président turc en déchirant leur carte scolaire, comme à Gostivar en Macédoine.

Aucune voix pour critiquer la dérive autoritaire du pouvoir turc

Presque aucune voix ne s'élève pour dénoncer la dérive autoritaire, sauf dans quelques milieux intellectuels assez marginaux. L’échec du coup d’Etat est perçu comme une « victoire de la démocratie », voire une « victoire du peuple ». En Bosnie-Herzégovine, le SDA, le principal parti politique bosniaque, est structurellement lié à l’AKP de Recep Tayyip Erdogan. Son dirigeant, Bakir Izetbegovic, est séduit par le mélange de références islamiques, d’autoritarisme politique et de libéralisme économique que promeut l’AKP. « Les nationalistes bosniaques prennent Erdogan pour modèle, tout comme les nationalistes serbes prennent Poutine », s’indigne ainsi l’universitaire sarajévien Enver Kavaz. 

La vraie question est de savoir quelle importance la Turquie va accorder aux Balkans dans les prochaines années, alors qu’elle est déjà très engagée dans la crise syrienne. Le « néo-ottomanisme » supposait un interventionnisme tous azimuts d’Ankara dans plusieurs régions du monde, dont les Balkans, mais cette politique n’est peut-être plus à l’ordre du jour.

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