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Invité Afrique

Sur RFI, Achille Tapsoba (CDP) dénonce une «justice à deux vitesses» au Burkina

Audio 05:15
Achille Tapsoba, président par intérim du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP).
Achille Tapsoba, président par intérim du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). RFI/Sébastien Nemeth

Au Burkina Faso, voilà un an, jour pour jour, que l'opposant Djibril Bassolé a été arrêté pour complicité présumée avec les militaires putschistes de septembre 2015. L'ancien ministre des Affaires étrangères n'est pas le seul ancien compagnon de Blaise Compaoré en prison. Réaction aujourd'hui du président par intérim du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l'ex-parti au pouvoir qui est arrivé troisième aux dernières législatives. En ligne de Ouagadougou, Achille Tapsoba répond aux questions de Chritophe Boisbouvier.

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RFI : Achille Tapsoba, pourquoi avez-vous reporté le congrès que vous deviez tenir le week-end dernier ?

Achille Tapsoba : Parce que, pendant que nous convoquions à ce congrès important nos cadres et nos militants, ils sont interpellés, notamment les responsables des jeunes du parti qui ont été interpellés à plusieurs reprises au niveau de la justice militaire et les anciens ministres, qui sont des cadres du parti, également convoqués devant la Haute Cour de justice. Donc cela constitue pour nous un climat qui n’est pas du tout serein.

Combien de vos camarades sont en prison à l’heure actuelle ?

A l’heure actuelle, nous avons au moins une douzaine de camarades en prison et d’autres en liberté provisoire dont le sort n’est pas du tout encore clarifié. Et nous avons également cette interpellation de l’ancien Premier ministre qui vient d’intervenir et son incarcération, ce qui n’est pas de nature vraiment à assainir le climat.

Vous parlez de l’ancien Premier ministre Luc-Adolphe Tiao ?

Exactement.

Achille Tapsoba, en octobre 2014, ce sont les principaux cadres de votre parti, qui étaient alors au pouvoir, qui ont voté la modification de la Constitution qui devait permettre à Blaise Compaoré de se présenter une énième fois à une élection présidentielle. Est-ce qu’il n’est pas normal que ces cadres-là répondent de ce geste devant la Haute Cour de justice ?

Je voudrais d’abord préciser, et rectifier, que le vote n’a pas eu lieu. Le vote a bel et bien été empêché par l’invasion de l’Assemblée et l’incendie de l’Assemblée nationale. Donc le vote n’a pas eu lieu. L’acte n’a pas été consommé. Le deuxième point, c’est qu’il était tout à fait légal de modifier la Constitution. Alors je trouve que tout cela ressemble très bien à la justice des vainqueurs.

Mais franchement, Achille Tapsoba, vouloir aider Blaise Compaoré à rester encore plus longtemps au pouvoir après vingt-sept ans de règne, est-ce que c’était très démocratique ?

Mais ce qui est démocratique, c’est ce qui est décidé par les populations ! Ce n’est pas ce qui est décidé par nous autres. Lorsque qu’on dit qu’il est resté très longtemps au pouvoir, ça ne fait l’objet d’aucun doute. Mais ce qui est important pour nous c’est de savoir… A l’heure actuelle nous sommes dans un processus judiciaire où on interpelle les anciens ministres pour des raisons politiques.

L’autre raison pour laquelle vos camarades sont poursuivis, c’est parce que, lors du soulèvement d’octobre 2014, les militaires ont tiré et trente-trois personnes ont été tuées. Est-ce qu’un certain nombre de dirigeants politiques de l’époque n’ont pas une responsabilité dans cette tuerie ?

Effectivement, il y a eu des victimes de ces événements des 30 et 31 octobre. Mais je pose la question suivante : il est normal qu’on réprime des responsables, mais il n’est pas du tout normal qu’on poursuive certains responsables et qu’on en laisse d’autres. Si on veut incriminer ceux qui ont été obligés de réagir à une manifestation de grande envergure, aussi on doit incriminer ceux qui ont poussé les gens à faire la manifestation ! C’est pour cette raison que je qualifie cette justice de justice à deux vitesses.

Il y a aussi le cas de l’ancien ministre des Affaires étrangères Djibrill Bassolé, qui est l’un de vos anciens camarades de parti, et qui est en prison depuis un an pour complicité présumée avec les militaires putschistes de septembre 2015. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Je crois que tout cela relève toujours de la justice des vainqueurs. Je ne suis pas sûr que sa culpabilité puisse être démontrée. Ce que nous souhaitons est qu’on fasse le procès pour clarifier cette affaire dans les meilleurs délais, plutôt que de maintenir arbitrairement des gens en détention et de prolonger cette détention sans raison.

Mais vous l’avez écouté, quand même, cette conversation téléphonique attribuée à Djibrill Bassolé et Guillaume Soro !

Ce sont des écoutes téléphoniques qui n’ont pas été authentifiées ! Je pense que ces écoutes, telles que rendues, ça peut être des écoutes truquées.

Voulez-vous dire que Djibrill Bassolé est victime d’une chasse aux sorcières ?

Djibrill Bassolé, comme nous autres, nous avons été victimes de la volonté de nous écarter de la course électorale !

Achille Tapsoba, il y a deux mois vous êtes allé voir Blaise Compaoré à Abidjan. Est-ce à dire que c’est toujours lui le vrai patron du CDP ?

Blaise Compaoré est le fondateur du CDP. Nous lui donnons des informations sur notre parti et son comportement sur le plan politique national. Et, évidemment, il fait des observations, il nous donne des conseils, ce qui est normal pour un fondateur !

Son ancien Premier ministre Luc-Adolphe Tiao a eu le courage de rentrer au Burkina, au risque d’aller en prison, ce qui est arrivé. Pourquoi Blaise Compaoré n’a-t-il pas le même courage ?

Vous pouvez poser la question à Monsieur Blaise Compaoré lui-même.

Est-ce que vous souhaitez qu’il reste en Côte d’Ivoire ou qu’il rentre au Burkina Faso ?

Mais, au-delà de moi, beaucoup de gens souhaitent que Blaise Compaoré revienne au Burkina Faso. Et dans de bonnes conditions.

C’est-à-dire ?

C’est-à-dire qu’il revienne de façon sereine.

Et qu’il réponde devant la justice de son pays, c’est ça ?

Mais, écoutez, je pense que revenir dans son pays implique tout ce que ça peut impliquer. Mais ce que les gens souhaitent surtout c’est qu’il revienne dans son pays, surtout pour contribuer au redressement de ce pays-là.

Et vous espérez qu’un jour il rentrera ?

Mais bien sûr ! J’espère qu’un jour il rentrera au Burkina Faso ! Et la tête haute !

Et, quand vous lui avez dit ça, comment a-t-il réagi ?

Je n’ai pas besoin de lui dire. C’est un souhait que je garde pour moi.

Donc vous ne lui avez pas dit ?

Non, ce n’est pas nécessaire !

Il le sait.

Oui, je crois.

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