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Afrique économie

Croissance urbaine africaine: qui va financer les services de base?

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Le taux d'urbanisation africain est de 4% par an, c'est le plus fort au monde. Centre-ville de Kigali.
Le taux d'urbanisation africain est de 4% par an, c'est le plus fort au monde. Centre-ville de Kigali. RFI/Stéphanie Aglietti

En 2050, plus de la moitié des Africains vivront en ville. L'Afrique s'urbanise deux fois plus vite que ne l'a fait l'Europe. 14 % des Africains vivaient en ville en 1950, aujourd'hui ils sont 40 %. Un rythme spectaculaire, trop rapide même car les services et les infrastructures ne se développent pas sur le même tempo. Les banlieues de certaines métropoles sont des bidonvilles géants. Aujourd'hui, les gouvernements ne savent plus comment financer leur croissance urbaine.

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En 2050, 56% de la population africaine habitera en ville. Cette population aura besoin d'eau potable, d'infrastructures sanitaires, de traitement des déchets. Les villes d'Afrique sub-saharienne ont besoin 12,5 à 35 milliards de dollars d'investissements par an.

« Il y a une injustice dans les villes africaines : ceux qui sont les mieux lotis sont ceux qui paient le moins cher, se désole Jean Pierre Elong Mbassi, secrétaire général de Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique. Accéder à l’eau potable coûte dix fois plus cher aux gens qui vivent dans les quartiers informels qu’à ceux qui sont dans la partie la plus riche de la ville. Le raccordement fait qu’il y a des économies d’échelle, alors que quand vous allez acheter l’eau au revendeur, il la vend le plus cher possible et vous n’êtes même pas sûrs de la qualité. »

Pour le président de cette association de collectivités africaines, la puissance publique doit faire son devoir. « Quand on regarde l’histoire d’un pays comme la France, c’est quand même un énorme effort d’investissement public qui a financé la plupart des grands équipements et des grandes infrastructures. »

Plus un sou en poche

Les deux tiers des investissements dans les infrastructures urbaines nécessaires à l’horizon 2050, n’ont pas encore été faits. Pour Marcel Alain de Souza, président de la commission de la Cédéao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest), aucun pays n'en a aujourd'hui les moyens. « L’Union africaine avait décidé que les pouvoirs centraux africains cèdent progressivement 15% de leurs recettes aux collectivités pour permettre la déconcentration. Aucune ville n’a jamais reçu ces 15% pour le moment. Aujourd'hui, nous subissons une grave crise financière avec la chute des cours des matières premières, la baisse des recettes et le changement climatique. Tout cela ne nous amène pas à pouvoir dégager des recettes. »

Privatisation sociale

Il faudrait alors compter sur les investisseurs privés, mais ils ne se bousculent pas aux portillons. Marie-Dominique de Suremain est membre de l'ONG Enda Tiers-Monde, un réseau entre pays du Sud. Pour elle, l'économie informelle des quartiers pourrait financer le développement urbain grâce à la « privatisation sociale ». « Dans les périphéries urbaines, il y a des groupes communautaires parfois payés par les habitants qui collectent les ordures dans les zones où les camions ne vont pas. Ils les déposent ensuite dans des conteneurs que des entreprises de nettoyage viennent chercher. C’est une économie mixte qui fait une place au secteur populaire. »

Autre source de revenus, la fiscalité. Bien que la majorité de l’activité économique des quartiers insalubres se fasse dans le secteur informel, certaines villes ont réussi à les faire contribuer à l’impôt. « A Dakar, les restauratrices de rue paient des impôts. On en a calculé le montant et il est tout à fait significatif. Le secteur populaire produit des richesses et des services. Il faut construire les villes avec leurs populations. »

Le taux d'urbanisation africain est de 4% par an. C'est le plus fort au monde.

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