Chronique des médias

CNews et la «trumpisation de l’information»

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Le siège d'I-Télé, à Boulogne-Billancourt, en banlieue parisienne.
Le siège d'I-Télé, à Boulogne-Billancourt, en banlieue parisienne. REUTERS/Benoit Tessier

 Nous parlons avec Amaury de Rochegonde, de l’hebdomadaire Stratégies, d’iTélé, la chaîne d’information du groupe Canal+ qui s’apprête à se rebaptiser CNews. Ses journalistes ont reconduit jusqu’à lundi matin, 24 octobre, leur mouvement de grève pour protester contre la venue de l’animateur Jean-Marc Morandini.

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C’est hier dans Le Parisien, après une semaine de grève, qu’Audrey Azoulay, la ministre de la Culture, a lâché le terme de « trumpisation de l’information ». « C’est contre cela que la rédaction d’I-Télé s’insurge », a compati la ministre, qui a fait valoir que sa loi Liberté, indépendance et pluralisme des médias permettait justement de doter les journalistes d’un droit d’opposition s’appuyant sur une charte éthique. « Trumpisation », le mot est sans doute violent pour Vincent Bolloré, l’homme fort du groupe Canal+, si l’on se souvient que Donald Trump passe son temps à insulter les journalistes ou se vante de ne pas avoir payé d’impôts. Elle vient après un autre terme, celui de « bfmisation de l’information », lâché par le journal Le Monde en 2013, au moment où la rivale BFM TV dictait son temps médiatique au point de mettre sur un pied d’égalité la parole du chef de l’Etat et celle de Léonarda, une jeune immigrée rom expulsée.

Cette fois, c’est l’arrivée de Jean-Marc Morandini qui ne passe pas : pas seulement pour sa mise en examen pour corruption de mineurs aggravée, où il bénéficie comme tout justiciable de la présomption d’innocence, mais aussi pour ce qu’il représente : une télé people, où le divertissement réside dans l’intérêt que l’on porte à la télé elle-même, au lieu de s’attacher à ce qui fait le cœur d’une chaîne d’info, l’information chaude. Les journalistes d’I-Télé, qui parfois risquent leur vie pour informer en Syrie, ne se reconnaissent pas dans l’émission sur les médias de Morandini lancée lundi. Une prétendue correspondante aux Etats-Unis sur les stars, fille d’une chroniqueuse de l’émission, s’est révélée être en direct de Londres.

Seulement voilà, Morandini est le choix du prince ou plutôt du nouveau roi de la télé payante, Vincent Bolloré. L’animateur l’a aidé à installer Direct 8, lors de sa création en 2002, il fait de l’audience et qu’il peut être une bonne cartouche dans le PAF, à l’instar d’un Cyril Hanouna sur C8. Et puis I-Télé, qui s’appellera CNews dès lundi, s’apprête à avoir une nouvelle identité. Pour faire face à un déficit d’une vingtaine de millions d’euros, la direction a supprimé les contrats d’une cinquantaine de journalistes contractuels, et envisage un rapprochement rédactionnel avec Direct Matin, le quotidien gratuit qui sait se montrer proche des intérêts de Bolloré, notamment en Afrique. Reste un élément du bras de fer qui peut peser davantage que les autres : la fuite des annonceurs qui refusent d’associer leur image à Morandini en ce moment. Prudents, Europe 1 et NRJ12 l’ont d’ailleurs suspendu de leur antenne.

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