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Revue de presse Afrique

A la Une: le Cameroun en deuil

Audio 04:33
© AFP/Pius Utomi Ekpei
Par : Mikaël Ponge
9 mn

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Vingt-quatre heures de deuil national ce lundi 24 octobre. Tel en a décidé le président Paul Biya après la catastrophe ferroviaire d’Ezeka vendredi dernier. Les drapeaux seront en berne aujourd’hui partout dans le pays « qui n’en finit pas de pleurer ses quelques 70 morts et plus de 600 blessés des chiffres hélas encore provisoires », rappelle le journal burkinabé, L’Observateur. Un bilan humain mensonger s’insurge Patrick Goldman, journaliste camerounais, et surtout miraculé de ce train inter-city dont les propos sont rapportés par Cameroon info. Cet homme en colère dénonce une « culture enracinée du mensonge » érigée, explique-t-il « en style de vie », « qui devient une carrière une fonction, un métier pour des gens. Au mépris de la vie humaine [...] au mépris de ceux qui voulaient simplement partir de Yaoundé pour Douala et qui ont payé de leur argent, qui ont payé de leur vie ». Patrick Goldman n’hésite donc pas, vous l’aurez compris, à s’en prendre au groupe Bolloré, propriétaire de l’entreprise ferroviaire Camrail…

Bolloré « l’Africain » mis en cause dans cette catastrophe

Une très mauvaise publicité pour la multinationale française souligne le site burkinabé Aujourd8.net. qui nous rappelle que déjà le 6 septembre dernier « un train de marchandises de 21 wagons, parti d’Abidjan pour le Burkina Faso, s’était affaissé au niveau d’un pont au Centre de la Côte d’Ivoire » ; qu’avant cela encore quelques jours auparavant « c’était à Banfora, au Faso qu’un autre train-marchandise, s’était précipité dans le ravin d’un pont ». Par chance ces fois-ci pas de victimes, mais après le drame d’Eseka, « au risque de voir transformer nos lignes ferroviaires en tombeaux ouverts » écrit aujourd8.net, « il conviendra d’entamer des travaux herculéens pour sauver ce mode de transport ».

Une injonction que l’on retrouve d’ailleurs aussi à la Une du Pays, autre quotidien burkinabé. « L’entretien et la rénovation des infrastructures ferroviaires, en Afrique, s’imposent, car peut-on lire, la plupart d’entre elles sont des vestiges de l’époque coloniale, aujourd’hui dans un état de délabrement très avancé ».

Les leçons de ce drame camerounais doivent ainsi être tirées pour la presse du continent avant d’autres catastrophes de ce type, avant d’autres morts, à l’heure où certains dirigeants africains pas toujours regardants, poursuit l’article du Pays, « préfèrent parfois se bâtir plutôt des châteaux à Londres ou à Montpellier ».

« La responsabilité de l’Etat, entière »
 
Certes, pour Le Djely, le journal guinéen, la Camrail a sans doute eu à faire face à de fortes pressions explique le journalisteBoubacar Sanso Barry. Des pressions de la part des passagers qui ne pouvaient pas rallier le port de Douala par la route du fait de l’effondrement d’un pont expliquant cette décision de greffer 8 wagons supplémentaires à ce train. Mais si les autorités de la compagnie ferroviaire se sont autorisés un tel écart estime l’article du Djely, « c’est parce qu’en face, l’Etat est laxiste, moribond et notoirement impuissant [...] à la merci des multinationales qui peuvent en faire ce que bon leur semble ». Ainsi la charge la plus sévère de la part de nos confrères africains est réservée au président Biya dont « l’incroyable apathie choque », selon L’Obersvateur burkinabé. Paul Biya a qui il aura fallu plus de 48 heures pour rentrer dans son pays. « C’est du Biya ça ! », s’exclame ainsi L’Obersvateur qui s’interroge : « Combien de cadavres aurait-il fallu pour le faire sortir de sa planque ». Paul Biya, absent du Cameroun depuis plus de 30 jours, exilé dans un endroit tenu secret, « il n’y a pas de quoi s’en étonner de la part d’un monarque, un roi fainéant qui passe le plus clair de son temps à se prélasser entre les stations balnéaires huppées et les pistes de ski des Alpes suisses », avant de conclure « ainsi fonctionne le Cameroun, une sorte de vacance permanente du pouvoir ».

Paul Biya, qui hier soir à son retour, s’est toutefois empressé d’annoncer l’ouverture d’une enquête pour établir « les causes profondes » de cet accident. Les Camerounais, écrit Le Djély ne se contenteront pas des explications fatalistes habituelles. Ils souhaitent surtout savoir ce qui s’est passé et découvrir celui ou ceux dont les manquements ou les défaillances ont conduit au drame. Des explications sont réclamées. Mais que peut-on attendre d’un président résume le quotidien burkinabé Le Pays, d’un président dont « le pays occupe une place de choix dans le hit-parade des nations les plus corrompues, et qui n’en a que faire de la rénovation d’un chemin de fer ».

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