Revue de presse française

A la Une: la solitude d’un président

Audio 06:21
AFP
Par : Mikaël Ponge
13 mn

Publicité

D’un président qui se voulait rassembleur jusqu’à la dernière minute. La dernière minute venue, la promesse « semble encore plus présomptueuse » note ce matin Le Canard Enchaîné.

À six mois de la présidentielle, jamais François Hollande n’est apparu si isolé, « jamais son propre camp ne l’a lâché si ouvertement… A l’Elysée, relève le palmipède, le premier cercle se réduit chaque jour un peu plus, à un dernier et minuscule carré ».

« Au Parti Socialiste, les 4% de Hollande n’étonnent pas grand monde » explique Libération qui revient sur cette longue pente sans fin, cette nouvelle enquête du Cevipof, publiée hier par Le Monde. Seules 4 % des personnes interrogées se déclarent « satisfaites » de l’action du président de la République.

Pourtant, le locataire de l’Elysée ne change rien. « Il ne bouge ni sur la stratégie, ni sur le calendrier » écrit Éric Emptaz en Une du Canard. Il reçoit aujourd’hui les policiers, se réjouit des moins mauvais signes du chômage. « Un bon voyant au vert, seul airbag qui le protège d'un accident avant la primaire », pour Le Midi Libre.

Comme si de rien était. Et Libé d’exhumer un vieux tweet de janvier 2012, de celui qui n’était alors que candidat face à un président sortant mal aimé : « En fin de mandat, l’impopularité ne révèle pas le courage. L’impopularité révèle la défiance des Français envers ceux qui les dirigent. »

Aujourd’hui, force est de constater qu’avec 4% la défiance est là. Dès lors comment sauver le navire, comment éviter que le bateau ne prenne l’eau et ne coule à jamais dans les abysses.
L’heure est donc officiellement à la recherche d’une alternative comme le note Libé.

« On cherche quelqu’un pour se sacrifier » disait à ce propos ce week-end Ségolène Royal dans les pages du JDD. Car la certitude à gauche aujourd’hui est bien celle-là, celle d’une défaite assurée, comme le souligne encore Le Canard Enchaîné.

Et ça, Manuel Valls en a bien conscience

Le Premier ministre, Plan B, ou l’homme qui apparaît comme le plus présidentiable.

« A priori, tous les mecs dans l’avion mourront » raconte un ancien conseiller de l’Elysée à Libération. « Mais c’est comme dans Lost. il y aura quelques survivants sur l’île, et Valls pense être de ceux-là ».

Se sacrifier ou ne pas se sacrifier. « Rester fidèle à une candidature de François Hollande », telle est donc la question pour le Premier ministre qui « joue là son avenir politique », toujours d’après Libération qui nous propose ce matin une « plongée dans la peau de ce potentiel recours qui d’ailleurs aurait intégré qu’il devrait peut-être dire sous peu au président : qu’il ne peut pas se lancer à la primaire de la gauche. »

Alors il irait, il se lancerait. « Il a les qualités du rôle » estime Laurent Joffrin dans son éditorial. Manuel Valls « sait décider, réfléchir, parler (…) Reste un handicap : Valls est tranchant, ce qui aide à gouverner. Mais il est coupant, ce qui freine le rassemblement », poursuit le directeur de la rédaction.

D’ailleurs, tout le monde sait que ce sera compliqué. Pour l’heure le Plan B ne rassemble pas beaucoup plus que le plan A, comme nous le rappelle Le Figaro.

« 2017 : les Français ne veulent ni de Hollande ni de de Valls », titre le quotidien. Sondage à l’appui, démontrant que le chef du gouvernement ne fait pas mieux que le président face à la droite.

« Manuel Valls a détérioré son image en 'cohabitant' avec François Hollande », note l’éditorial.

« Seul motif de satisfaction », dans ce marasme pour François Hollande selon Guillaume Tabard. « Il n’en faut pas plus à Hollande pour se convaincre que personne d’autre que lui ne pourra représenter son camp », dans six mois lors de la présidentielle.

Pour cela le chef de l’Etat va donc tenter de retrouver une stature de présidentiable

Avec un « centenaire qui tombe à pic » selon Le Parisien. François Hollande participera ce soir à un colloque célébrant les 100 ans de la naissance de François Mitterrand. Une « occasion en or de reprendre de la hauteur », d’après le journal, mais « parvenu au bout de son chemin, il lui faut encore faire les discours et l'éloge de son prédécesseur. » « On le plaint », juge Denis Daumin dans La Nouvelle République du Centre.

La plume de Sud Ouest nous rappelle par ailleurs qu’« en adepte du cardinal de Retz, Mitterrand savait qu'on ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment, quand Hollande lui la cultive pour son plus grand malheur. »

Pourquoi donc s’acharner à évoquer la statue du commandeur, ce Mitterrand « tel le phénix qui renait toujours de ses cendres (…) » se demande Anne Fulda dans les pages du Figaro.

Mitterrand, l’unificateur de la gauche. Tout simplement parce qu’il fascine et continue de fasciner.

Mais y a-t-il une once de Mitterrand chez Hollande ? demande la journaliste à Hubert Védrine, l’actuel président de l’institut François Mitterrand. La réponse fuse : « Comparer Mitterrand et Hollande, c’est absurde. C’est comme si on demandait au Général de Gaulle de commenter les primaires de la droite. » Et Védrine d’ajouter : « C’est un peu cruel et paradoxal que ce centenaire de la naissance de François Mitterrand tombe au moment où tout ça s’achève... »

Hubert Védrine, toujours lui, qui n’hésite pas à affirmer qu’« il y a eu deux grands présidents au siècle dernier : de Gaulle et Mitterrand. »

Et depuis plus rien ?

Plus rien, ou du moins, plus de stature plus d’autorité selon La Croix pour qui malgré tout la présidence de Valéry Giscard d’Estaing marque le véritable tournant dans la Vème République.

« VGE veut couper une période de sacralisation excessive du pouvoir, vient à pied à l’Elysée, conduit lui-même sa voiture, s’invite chez les Français et invite les éboueurs » nous rappelle Jean Guarrigues, professeur à l’université d’Orléans.

Une sur médiatisation sur laquelle Mitterrand reviendra par « une communication plus rare et un retour à la sacralisation, à la théâtralisation. »

Ensuite est venue la banalité. Avec Nicolas Sarkozy, deuxième tournant selon La Croix. Adepte des attaques blessantes, l’ancien président a inauguré l’ère du concubinage politico-médiatique, selon Jean Guarrigues.

Voie que suivra par la suite François Hollande. Deux hommes sensibles au primat de l’image, rompus aux code du système médiatique.

« En parlant de président normal, François Hollande tentait aussi de dire un président plus simple, plus proche des Français, et moins excessif que son prédécesseur. Moins coupé du réel, il n'a pas convaincu » estime François Ernenwein dans son éditorial. Et de se demander « Cette ambition de la proximité est-elle, au fond, compatible avec la fonction ? ». La réponse coule de source : évidemment pas. Aujourd’hui, François Hollande ne guide que 4% des Français. Bien seul.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail