Accéder au contenu principal
Invité Afrique

Le président démissionnaire des Seychelles: «Laisser la place aux jeunes»

Audio 05:24
Le président démissionnaire des Seychelles, James Michel, avait été élu pour un troisième mandat, le 19 décembre 2015.
Le président démissionnaire des Seychelles, James Michel, avait été élu pour un troisième mandat, le 19 décembre 2015. Amanda Lucidon / White House via Wikimedia Commons

C'est l'histoire d'un chef d’État qui décide de démissionner, après douze ans de pouvoir. Le 16 octobre dernier, le président James Michel, qui avait pourtant été réélu démocratiquement l'année dernière, a cédé le pouvoir à son vice-président, Danny Faure, sous les acclamations de la foule. La scène s'est passée à Victoria, la capitale des Seychelles, au cœur de l'océan Indien. Pourquoi a-t-il renoncé au pouvoir ? Que pense-t-il des chefs d’État qui s'accrochent à leur fauteuil ? En duplex des Seychelles, le président démissionnaire répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

Publicité

RFI : James Michel, un an après votre réélection vous avez perdu les législatives et aujourd’hui vous démissionnez. Est-ce que tout cela est lié ?

James Michel : Non, il n’y a aucune liaison. Personnellement, je ne me suis jamais attaché à m’accrocher au pouvoir. J’ai fait douze ans à la présidence et l’année dernière, nous avons passé un amendement à la Constitution pour limiter la présidence à deux termes [mandats ; NDLR]. Alors j’ai fait douze ans [au pouvoir ; NDLR] et il est temps que je passe la relève à quelqu’un d’autre qui est plus jeune que moi.

Mais franchement, James Michel, si vous n’aviez pas perdu ces élections législatives, vous auriez démissionné quand même ?

Définitivement, c’était dans mon plan de le faire.

Après douze ans à la présidence, est-ce qu’il y a une usure du pouvoir ?

Il y a toujours une usure du pouvoir. Mais naturellement, il faut que le parti qui est au pouvoir continue à travailler et à avoir le soutien du peuple, c'est ça l’essentiel.

C’est peut-être pour cette raison alors que vous démissionnez, non ?

Non, non… Ce n’est pas pour ça du tout. J’ai fait douze ans et il est temps que je me retire et que je laisse la barre.

Ce 16 octobre, vous avez laissé la barre à votre ancien vice-président Danny Faure qui est aujourd’hui le nouveau président de la République. Est-ce pour redonner du tonus à votre parti « Le peuple » avant la prochaine élection présidentielle de 2020 ?

Personnellement, je dois me concentrer à travailler avec le parti pour redonner un nouveau dynamisme au parti, pour qu’à la prochaine élection, on puisse remporter une grande victoire encore.

En vous retirant de la présidence, vous donnez à votre successeur Danny Faure la chance, peut-être, de gagner la prochaine élection présidentielle ?

Exactement. Il a quatre ans pour travailler pour s’assurer qu’il pourra se présenter aux élections, et naturellement, de sortir victorieux.

Après sa victoire aux élections législatives du mois dernier, l’opposition réclame une nouvelle présidentielle dès maintenant. Est-ce qu’il n’est pas préférable que Danny Faure remette en jeu son mandat de président ?

L’opposition réclame toutes sortes de choses. Mais en accord avec la Constitution, après la démission d’un président en exercice, le vice-président prend automatiquement la relève.

Mais comme l’opposition est majoritaire au Parlement, est-ce qu’elle ne peut pas bloquer ?

L’opposition va essayer naturellement de bloquer. Mais là, Danny Faure aura à travailler avec l’opposition pour avoir un consensus.

James Michel, vous avez succédé à France-Albert René, l’homme du putsch de 1977, l’homme du parti unique et du marxisme dans l’archipel. Est-ce qu’aujourd’hui vous pensez qu’une page se tourne ?

Une page a déjà été tournée avec la réintroduction du multipartisme en 1992. Pendant toutes ces années, nous avons travaillé à développer une démocratie très fonctionnelle.

De 1977 à 1992, un régime dur était en place, avec des assassinats d’opposants en exil et avec le parti unique. Vous étiez à l’époque l’un des hommes forts de ce régime. Est-ce qu’aujourd’hui vous avez des regrets ?

J’ai démocratisé le système éducatif à l’époque, et aujourd’hui je me sens très bien. J’ai accompli une mission, en mettant les Seychelles sur la carte du monde comme un pays qui a une démocratie fonctionnelle, une économie très performante. Aujourd’hui, les Seychelles brillent dans le monde.

Voulez-vous dire qu’au plus fort de ce régime de parti unique dans les années 70-80, vous avez été un modérateur auprès des plus durs du régime France-Albert René ?

Je crois. La preuve en a été justement depuis que j’ai pris la tête du pays en 2004 et que j’ai modernisé le pays. Le pays aujourd’hui est devenu un exemple de la démocratie en Afrique.

Pour ces années de dictature est-ce que vous demandez pardon ?

Je ne peux pas demander pardon pour des choses que je n’ai pas faites, que je n’ai pas commises.

James Michel, qu’est-ce que vous pensez de tous ces chefs d’Etat africains qui s’accrochent au pouvoir en révisant leur constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat ?

Les Seychelles donnent quand même un exemple brillant qu’il ne faut pas s’accrocher au pouvoir. J’aurais pu rester encore quatre ans d’après la Constitution, mais je me suis décidé à laisser la place à quelqu’un de plus jeune.

On dit souvent que c’est le clan qui pousse à rester au pouvoir. Est-ce que dans votre famille ou dans votre entourage, des personnes vous ont encouragé à ne pas démissionner ?

Il y a beaucoup de gens. Il y a des milliers de gens, qui ont pleuré le jour où j’ai démissionné. Ils m’ont dit : il faut continuer. Mais je leur ai dit que le temps est arrivé pour que je quitte le pouvoir. Non pas que j’ai été forcé de quitter le pouvoir, mais je sens que le temps est arrivé, qu’il faut passer la relève.

Vous vous êtes dit qu’il fallait partir au moment où vous étiez encore populaire ?

Naturellement. Je ne veux pas quitter à un moment où je suis forcé de quitter. Je quitte quand je sens qu’il est l’heure que je quitte le pouvoir.

En fait, c’est votre fierté ?

Nous avons tous un élément de fierté, de dignité en nous-mêmes, non ?

Vous préférez partir en beauté…

Exactement. C’est normal, c’est humain.

Est-ce que vous préférez le modèle du Tanzanien Julius Nyerere à celui du Burundais Pierre Nkurunziza ?

Je préfère le modèle seychellois.

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.