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Revue de presse Afrique

A la Une : l’effet domino

Audio 04:17
© AFP/Pius Utomi Ekpei
Par : Mikaël Ponge
9 mn

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Le Burundi, l’Afrique du Sud, et maintenant la Gambie. Un à un, les pays annoncent leur intention de se retirer de la Cour pénale internationale, dont la vocation, rappelons-le, est de juger les crimes des droits de l’homme, les crimes de guerre et ceux de génocide. Le fameux « effet domino ».

« L’annonce aurait de quoi surprendre si on n’était pas au " Jammehland " », note le journal burkinabè Le Pays, du nom du président gambien Yahyah Jammeh. « La parole donnée est aussi malléable chez lui qu’une pâte à modeler » estime pour sa part le site d’info aujourd8.net.

« Les volte-face et autres incohérences du dictateur, constituent un mode de gouvernance », ajoute Le Pays, qui nous rappelle que pourtant, en mai dernier, Yahyah Jammeh avait volé au secours de sa compatriote, Fatou Bensouda, procureure de la CPI, Gambienne d’origine : « Son job est difficile et, contrairement à ce que j’entends, la CPI ne vise pas spécialement l’Afrique », avait-il déclaré.

Cinq mois plus tard, le discours a donc bien changé. « Une gifle » pour Fatou Bensouda, estime dans son ensemble la presse aujourd’hui. Un camouflet même et un sacré caillou dans sa chaussure.

« Comment continuer à traquer les criminels sous d’autres cieux, alors que son propre pays se soustrait de toute éventualité de poursuites », se demande Le Pays, qui s’interroge par ailleurs : « Pourquoi donc ce revirement spectaculaire ? »
Officiellement, la Gambie motive sa décision par la « politique du deux poids, deux mesures ».

La CPI ne serait qu’un outil de persécution des pays africains quand les Occidentaux ne seraient jamais inquiétés. Le ministre de l’Information gambien en veut pour preuve la vaine tentative de la Gambie de faire poursuivre les pays de l’Union européenne pour la mort de nombreux migrants dans la Méditerranée.

Rien de moins que de la « mauvaise foi », selon Tshitengue Lubabu, spécialiste de la RDC, et contributeur au magazine Jeune Afrique. Cette « victimisation stérile » comme il l’écrit, est le fruit de ceux qui croient dur comme fer que la CPI pratique une justice anti-Noirs ; qu’aucun crime de guerre ou contre l’humanité n’a été commis au Darfour ni ailleurs sur le continent. Ceux qui ont fait du mensonge une religion. »

En réalité, la décision de la Gambie « cache bien d’autres raisons », écrit Le Pays. Et de s’expliquer : « Yahya Jammeh est un féroce prédateur des libertés démocratiques, et de ce fait, constitue un potentiel gros gibier (…) Le dictateur espère donc soustraire sa tête de l’épée de Damoclès, en ramassant ses pénates de la salle des pas- perdus de la CPI ».

Et désormais donc, la crainte de la contagion

A qui le tour ?, pourrait on cyniquement se demander. Qui sera le prochain ? La contagion est « d’autant plus facile, poursuit l’article du Pays, que les frondeurs se revêtent du manteau des héros qui perpétuent la tradition de la lutte anti-impérialiste des pères fondateurs des nations africaines ».

Car l’enjeu est bien là pour le journal guinéen LeDjely : « De nombreux pays africains n’attendaient que cette première brèche (…) l’Ouganda, le Rwanda, le Soudan et le Kenya pourraient très vite rejoindre les frondeurs de masse contre la CPI. Mais attention à ne pas se méprendre, ce sont bien les peuples qu’il faut pleurer dans pareille situation », nous rappelle la plume du Pays.

« En l’absence d’instances africaines capables de contraindre les dirigeants à rendre compte, la CPI, aussi bancale qu’elle soit, passe pour un mal nécessaire », écrit Le Djely. Une dimension dissuasive poussant quelques apprentis dictateurs à réfléchir avant de passer à l’acte.

« Des roitelets qui veulent s’emmitoufler dans l’ouate de l’impunité », comme les appelle Ahmed Bambara, auteur de l’article d’aujourd8.net. « La CPI, écrit-il, apparaît comme le dernier recours (sinon le seul) pour les Africains lésés par leurs gouvernants et le seul rempart pour les dissuader de leur causer du tort ».

Ainsi, tourner le dos à la CPI est une chose, mais faudrait-il encore, estime Ahmed Bambara ,que les chambres africaines extraordinaires comme celle de Dakar qui a jugé Hissène Habré, que ces juridictions-là se multiplient.

« C’est seulement à ce prix qu’on pourra se passer de la CPI » selon lui. Avant de conclure : « Sans quoi, le reste n’est que puériles gesticulations ».

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