Chronique des médias

Grèce: Alexis Tsipras rate sa réforme audiovisuelle

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La loi sur l'audiovisuel privé adoptée par le Parlement grec, était une promesse électorale d'Alexis Tsipras.
La loi sur l'audiovisuel privé adoptée par le Parlement grec, était une promesse électorale d'Alexis Tsipras. ©REUTERS/Alkis Konstantinidis

Nous revenons avec Amaury de Rochegonde, de l’hebdomadaire Stratégies, sur la décision du Conseil d’Etat grec, mercredi soir, le 26 octobre, d’invalider la réforme audiovisuelle du gouvernement Tsipras.

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C’est lundi 31 octobre que Nikos Pappas, le bras droit d’Alexis Tsipras et maître d’œuvre de cette réforme audiovisuelle, va présenter un projet de loi pour tenter de faire face après le camouflet subi devant le Conseil d’Etat. Le ministre a indiqué que sa loi imposerait aux chaînes de payer pour émettre et de respecter un strict cahier des charges.

Mais il lui faudra beaucoup d’habileté pour éviter de nouveaux recours, alors même que sa réforme rejetée, qui aurait permis de lever 246 millions d’euros, reposait précisément sur la mise aux enchères de quatre licences de télévision privée, comme cela se fait en partie au Royaume-Uni, en Suède ou au Danemark.

Dettes

Mercredi 26 octobre, 14 juges sur 25 ont invalidé cette disposition qui consistait à diminuer de moitié le nombre de chaînes autorisées au motif que la majorité d’entre elles étaient plombées de dettes et que le marché publicitaire a été divisé par quatre. Ils ont estimé qu’il revenait non pas au législateur mais au Conseil de radiotélévision, le gendarme grec de l’audiovisuel, d’orchestrer cette réforme.

Bien sûr, il y a des arguments recevables des deux côtés. D’abord, depuis le résultat de l’appel d’offres du 2 septembre, une quarantaine de recours en référé ont été déposés par les chaînes. Sur les huit émettant actuellement, seules deux – Skaï et Antena1 – ont réussi à rester dans le jeu. En conséquence, l’opposition a dénoncé une volonté de réduire le pluralisme de l’information, de s’attaquer à des intérêts privés et d’amener à la fermeture de chaînes, donc à des centaines de suppressions d’emplois.

Mais le fait est que les heureux élus, des armateurs marqués à droite ou le propriétaire de l’Olympiakos, le club de foot du Pirée, ne sont pas des proches du gouvernement. D’ailleurs, le seul homme d’affaires qui était reconnu comme un soutien de Tsipras, Yannis Kalogritsas, a été éconduit, faute de financements suffisants dans les délais impartis.

Cadre réglementaire

Pour les partisans d’Alexis Tsipras, cette réforme est importante parce qu’elle permet de donner un cadre réglementaire à un paysage audiovisuel grec qui en est dépourvu depuis 27 ans. Ce vide juridique est ce qui a permis aux fameux « diaploki », ces conglomérats d’intérêts entre médias, banques et politiques, de se constituer, et ce malgré une précédente décision du Conseil d’Etat grec de mettre fin à cette opacité entretenue par une poignée d’oligarques.

La porte-parole du gouvernement, Olga Gerovassili, ne s’est donc pas privé de dire que les fonds qui doivent être retournés à de riches propriétaires, c’est autant d’argent qui n’ira pas dans des milliers d’embauches pour les crèches et les hôpitaux. 

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