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Invité Afrique

Otages d’Arlit: pour Me Stasi, «le souci de Marc Féret, c’est la manifestation de la vérité»

Audio 05:11
Maître Mario-Pierre Stasi.
Maître Mario-Pierre Stasi. Anthony Lattier/RFI

Il y a 3 ans, le 29 octobre 2013, la France obtenait la libération des 4 derniers otages d’Arlit : Marc Féret, Thierry Dol, Pierre Legrand et Daniel Larribe. Ils ont été détenus pendant plus de trois ans par Abu Zeid du groupe Aqmi, al-Qaïda au Maghreb islamique. En janvier dernier, l’ex-otage Marc Féret a porté plainte contre X. Il veut savoir pourquoi sa libération, programmée en avril 2012, a été annulée par l’Etat français. Elle n’aboutira finalement qu’un an et demi plus tard. Maître Mario-Pierre Stasi, l’un des avocats de Marc Féret, est l’invité d’Anthony Lattier, ce samedi 29 octobre.

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RFI : Marc Féret a porté plainte contre X pour « complicité de séquestration en relation avec une entreprise terroriste et non-assistance à personne en danger ». A-t-il été entendu jusqu’à présent ?

Maître Mario-Pierre Stasi : Il a été entendu avec ses avocats, Sophie Obaida et moi-même, dans le cadre d’une longue, précise et importante audition au mois de juin dernier.

RFI : Cette instruction avance-t-elle ?

Maître Mario-Pierre Stasi : Elle avance, doucement, mais elle avance.

RFI : Dans ce dossier, il y a plusieurs documents. Il y a notamment des lettres d’Abou Zeid, des e-mails du négociateur Jean-Marc Gadoullet et de plusieurs cadres d’Areva et de Vinci. Ces documents ont-ils été expertisés ?

Maître Mario-Pierre Stasi : Pour certains, l’authenticité ne fait pas de doute ; pour d’autres, il se trouvait déjà dans le dossier une lettre d’Abou Zeid je crois déjà traduite, une deuxième lettre en cours d’expertise me dit-on. Ce qu’il faut comprendre, c’est que ces nouveaux faits et les pièces que nous avons communiqués regroupent une seule et même interrogation : pourquoi, alors qu’en avril 2012, tout était en place et organisé auprès de la direction de Vinci, de la direction d'Areva, du négociateur Jean-Marc Gadoullet et du ravisseur Abou Zeid, pour une libération notamment de Marc Féret. Et comment se fait-il que brusquement, en haut de l’Etat, le général Benoît Puga, pour ne pas le nommer, chef d’état-major…

RFI : Chef d’état-major particulier de l'ancien président Nicolas Sarkozy.

Maître Mario-Pierre Stasi : Avant d’être celui de François Hollande, et nous sommes dans la période de l’entre-deux tours, comment se fait-il qu’il y a eu un veto à la libération de monsieur Marc Féret ? Sans qu’aucune raison valable, motivation de quelque sorte que ce soit, n’ait pu être avancée, monsieur Gadoullet a dû interrompre sa mission. On se pose plein de questions, notamment celle-ci : Puga, le général, que l’on décrit comme l’homme de Nicolas Sarkozy, reste après et se voit confirmer dans ses fonctions. Pour quelles raisons ?

RFI : Qu’est-ce que vous sous-entendez ?

Maître Mario-Pierre Stasi : Je constate à la lecture des documents que ce même homme que l’on qualifiait comme homme lige, homme de confiance, petit cercle de Nicolas Sarkozy, président de la République, se retrouva exactement à la même place et confirmé par le président François Hollande, et que la libération de Marc Féret qui aurait dû intervenir pendant la présidence de Nicolas Sarkozy aura été retardée. Etait-elle prévue quelques semaines après ? Quels risques terribles sur la vie de ces otages et de mon client ! Quels risques inconsidérés voire criminels si tel a été le cas !

RFI : Celui qui est nommé dans les échanges dans le dossier, c’est le général Puga, mais c’est l’interlocuteur entre les groupes Vinci-Areva et l’Elysée. Mais ce monsieur Puga répond aux ordres de Nicolas Sarkozy. Pourquoi ne pointez-vous pas éventuellement la responsabilité du président Nicolas Sarkozy ?

Maître Mario-Pierre Stasi : Parce que je suis un avocat sérieux et que, quand Sophie Obadia et moi-même avons eu les pièces que notre client Marc Féret nous a communiquées, il était fait état dans ces pièces d’ordres donnés par le général Benoît Puga, point. Donc, une certitude : Le général Benoît Puga, chef d'Etat major particulier de l'ancien président Nicolas Sarkozy. Un constat : un temps politique qui n’est pas anodin. Je demande simplement à ce que les enquêteurs et la justice française permettent de lever tous les doutes. Et s’il y a des responsabilités politiques qui doivent être constatées, on ira jusqu’aux responsabilités politiques. Le souci de Marc Féret, c’est la manifestation de la vérité. En un an et demi, il a tout perdu : sa femme, sa vie sociale, un an et demi de plus de traumatisme. De savoir qu’on aurait dû être libéré et que c’est de l’intérieur, venant de son propre pays que cette libération a pu être retardée d’un an et demi, les conséquences de l’ordre psychologique sont terribles.

RFI : Le général Benoît Puga, l’Elysée, a peut-être choisi à ce moment-là de ne pas faire cette libération pour d’autres raisons. Peut-être que les conditions n’étaient pas réunies et qu’ils avaient eu des informations par ailleurs ?

Maître Mario-Pierre Stasi : C’est possible, mais qu’il en réponde, qu’il en donne les explications.

RFI : A ce moment-là, il y a aussi une lutte en coulisses : Pierre-Antoine Lorenzi [alors patron de la société de sécurité privée Amarante] cherche à servir d’intermédiaire alors même que Jean-Marc Gadoullet est déjà en négociation avec les ravisseurs. Cette concurrence-là peut-elle aussi avoir entraîné le blocage de la libération ?

Maître Mario-Pierre Stasi : Jusqu’à présent, vous avez remarqué que je n’ai émis aucune hypothèse. Je n’ai fait que relater la lecture de documents joints à la plainte dont l’authenticité n’est pas à mettre en doute.


Les otages français détenus pendant trois ans au Sahel ont été libérés, le 29 octobre 2013.
Les otages français détenus pendant trois ans au Sahel ont été libérés, le 29 octobre 2013. AFP PHOTO/HAMA BOUREIMA

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