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Aujourd'hui l'économie

La surenchère pour baisser l’impôt sur les sociétés

Audio 03:13
Le quartier d'affaires de La City à Londres.
Le quartier d'affaires de La City à Londres. Bloomberg / Getty Images

Pour relancer leur économie, les nouveaux dirigeants américains et britanniques envisagent tous les deux de fortes baisses de l’impôt sur les sociétés. Vont-ils déclencher une guerre fiscale entre les États occidentaux ?

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Theresa May a réveillé la compétition en faisant miroiter aux entreprises installées au Royaume-Uni l’impôt le plus léger du G20. Le taux britannique aujourd’hui à 20 % pourrait descendre jusqu’à 10 %. Hier, devant les grands patrons, elle a confirmé une première baisse prévue par son prédécesseur David Cameron ; cet impôt sera ramené à 17 % d’ici quatre ans.

Aux États-Unis, Donald Trump lui aussi a beaucoup promis. Le taux américain de 35 % devrait tomber à 15 %, voire à 10 % pour les multinationales qui feront l’effort de rapatrier leurs bénéfices. Enfin, en Hongrie, Viktor Orban fait de la surenchère : il propose un taux unique de 9 % à partir du premier janvier, c’est-à-dire moins qu’à Chypre et en Irlande, deux pays européens bien connus pour leur douceur fiscale. 

Ces incitations fiscales vont-elles contenter les entreprises ?

Les chefs d’entreprise sont ravis. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’ils vont s’installer expressément dans les pays les mieux-disants sur le plan fiscal. Ils prennent en compte une multitude de paramètres. Le coût du travail et la qualité et la disponibilité de la main-d’œuvre sont des critères qui comptent souvent plus que l’impôt sur le bénéfice. Et puis les grandes entreprises n’en demandent pas tant : aux États-Unis, leurs représentants trouvent que les propositions de nouveau président ne sont pas très réalistes.

Mais les sociétés apprécient ce mouvement de baisse qui est en train de se généraliser. À l’intérieur de l’Europe, le Luxembourg a fait des efforts similaires, en France les candidats à la primaire de la droite y sont tous les deux favorables ; à l’extérieur de l’Europe, le Mexique, l’Australie ou encore la Chine ont déjà amorcé des diminutions d’impôts dès cette année.

Quels pourraient être les gagnants de cette guerre fiscale ?

L’adage « trop d’impôt tue l’impôt » peut se transposer : « trop de concurrence tue la concurrence ». Si la taxe sur les sociétés s’érode un peu partout dans le monde, les effets attendus risquent de s’annuler. Il faut aussi regarder la réalité fiscale au microscope pour évaluer l’intérêt d’une délocalisation motivée par l’impôt. La France souvent pointée du doigt pour son taux à 33 % pratique de fait une imposition beaucoup plus légère en multipliant les niches favorables aux grandes entreprises comme le crédit d’impôt recherche. En France, le taux réel serait plutôt de 20 %, c’est-à-dire dans la moyenne européenne.

Cette guerre sans vainqueur pourrait en revanche faire des perdants : les Irlandais s’inquiètent. Si Donald Trump va jusqu’au bout de ces projets, les multinationales seront moins tentées par l’exil fiscal. Les paradis fiscaux pourraient aussi perdre une partie de leur attrait dans cette vaste révolution libérale.

Quelles sont les conséquences pour les finances publiques ?

Dans un premier temps, la baisse des taxes entraînera une chute des recettes, mais il n’est pas sûr que les États parviennent à compenser ce manque à gagner avec une arrivée massive de nouveaux investisseurs puisque le mouvement est universel.

Les dirigeants en place comme les candidats au pouvoir qui prônent un régime minceur pour l’impôt sur les sociétés pensent les financer par le déficit et le recours à l’emprunt. Pas vraiment rassurant pour des pays avec des comptes publics déjà bien dégradés.

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