Chronique des médias

La propagande russe dans la bulle médiatique

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Capture d'écran du site internet russe Sputnik
Capture d'écran du site internet russe Sputnik fr.sputniknews.com

De la propagande russe et de la difficulté des médias à faire face aux fausses informations véhiculés sur les réseaux sociaux. Quand la bulle médiatique nourrit la désinformation. Décryptage.

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C’est un article du Washington Post, qui a relancé le 24 novembre le débat sur les fausses informations et la vérification des faits, les fake news et le fact checking. Le journal estime que la propagande russe a mené une « campagne sophistiquée » pour favoriser l’élection de Donald Trump et saper la candidature d’Hillary Clinton à travers de fausses nouvelles. S’il ne donne pas de cas très probants, le quotidien cite l’écho donné sur le site russe Sputnik ou sur Russia Today au malaise de la candidate ou à l’affaire de ses courriels non sécurisés sur sa messagerie privée.

La Russie mène en fait sa propagande sur deux fronts : elle dispose d’une part de forces de cyber-attaques, qui auraient visé le parti démocrate américain mais aussi TV5 en avril 2015. Et elle a une stratégie d’influence qui passe par les réseaux sociaux et peut avoir une certaine incidence électorale. Alain Juppé, le finaliste malheureux à la primaire de la droite, s’est ainsi retrouvé associé aux Frères musulmans sous le vocable d’« Ali Juppé », non seulement par des sites d’extrême droite mais aussi par l’agence Sputnik.

Ce qui décuple l’influence de ces sites, longtemps en dehors du jeu médiatique, c’est d’abord la capacité de produire des angles d’information– y compris grâce à l’espionnage de mails -, la faculté ensuite de mettre en avant les contenus souhaités sur le Web ou Facebook via des messages tendancieux, les trolls, et enfin l’utilisation habile de l’algorithme pour obtenir le maximum d’audience sociale. Selon Propornot, un collectif de chercheurs américains cité par le Post, aux Etats-Unis 200 sites ont relayé la propagande russe, ce qui fait que les fausses histoires de ce réseau ont été vues 213 millions de fois sur Facebook. Mais il faut dire aussi que cette propagande s’appuie sur une tendance forte, dite de la post-vérité, véhiculée par Trump aux Etats-Unis.

Hillary a ourdi un complot sur les origines d’Obama ? C’est faux, mais dit par Trump. Des millions de personnes ont voté illégalement le 8 novembre ? Faux encore mais dit par Trump reprenant le site complotiste Infowars. A chaque fois, les fact checkers, les vérificateurs des médias, démontrent que ce n’est pas vrai. Seulement, le remède paraît bien dérisoire face à des millions de gens qui sont enfermés dans leur bulle numérique et se plaisent à partager ce qu’ils ont envie d’entendre. L’économiste Frédéric Lordon voit dans le fact-checking l’expression d’un journalisme post-politique dans lequel « il n’y a plus rien à discuter, hormis des vérités factuelles ». Pas de quoi faire face, dit-il, à une politique post-vérité.

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