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Jour-J pour les élections législatives anticipées en Macédoine

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Scène de rue sur fond d'affiches des candidats aux élections législatives, Skopje, Macédoine, le 2 décembre 2016.
Scène de rue sur fond d'affiches des candidats aux élections législatives, Skopje, Macédoine, le 2 décembre 2016. REUTERS/Ognen Teofilovski

Les électeurs macédoniens retournent aux urnes ce dimanche 11 décembre pour des élections législatives anticipées plusieurs fois différées, alors que le pays est englué dans une interminable crise politique. Pourquoi l’organisation de ce scrutin est-elle si compliquée ?

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de notre correspondant à Skopje,

La Macédoine se débat depuis des années dans une interminable crise politique. Début 2015, l’opposition sociale-démocrate a publié des « bombes », issues de mystérieuses écoutes téléphoniques, révélant comment les nationalistes conservateurs du VMRO-DPMNE, au pouvoir depuis 2006, avait placé sous contrôle la justice et les médias, et mis en place un système généralisé de corruption. Au printemps 2015 et au printemps 2016, les citoyens sont massivement descendus dans les rues du pays, pour exiger le départ du régime, de plus en plus conservateur. Néanmoins, grâce à une médiation de l’Union européenne, le pouvoir et l’opposition sociale-démocrate se sont mis d’accord pour organiser des élections anticipées, mais celles-ci ont été repoussées à plusieurs reprises faute d’une satisfaisante révision des listes électorales. Finalement, 1,7 millions d’électeurs sont convoqués aux urnes, alors que le pays, victime d’un exode massif de sa population, ne compte sûrement guère plus d’1,5 millions d’habitants.

Un scrutin loyal ?

Zoran Zaev, leader du principal parti d'opposition SDSM, social-démocrate en mmeting à Skopje le 4 décembre 2016.
Zoran Zaev, leader du principal parti d'opposition SDSM, social-démocrate en mmeting à Skopje le 4 décembre 2016. REUTERS/Ognen Teofilvovski

Bien sûr, une fois de plus, beaucoup de défunts vont sûrement voter pour le régime. On s’inquiète également beaucoup des malversations possibles autour du vote de la diaspora, qui bénéficie d'un collège spécifique, et désigne 3 des 123 députés du Parlement. Surtout, le VMRO-DPMNE peut compter sur son réseau d’obligés. Dans ce pays à la dette publique galopante, le nombre de fonctionnaires a triplé en dix ans, passant de 60.000 à 180.000. L’opposition sociale-démocrate veut néanmoins croire que la lassitude de la population et le régime en place parviendront à s’exprimer, dans un pays en constante paupérisation. Dans les enquêtes d’opinion, plus de 30% des personnes interrogées se disaient indécises, ce qui traduit a priori une peur d’avouer l’intention de voter contre le pouvoir. Reste cependant à savoir si la colère qui s’accumule saura trouver un débouché électoral, mais aussi si les résultats du scrutin, quels qu’ils soient, seront acceptés par le camp qui aura perdu la partie.

Des intérêts géopolitiques complexes

Du fait de sa position géographique, la Macédoine représente sûrement une des clés des Balkans tout entiers. Le pays a le statut officiel de candidat à l’intégration européenne depuis 2005 mais, ces dernières années, le VMRO-DPMNE n’a cessé de se rapprocher de la Russie de Vladimir Poutine ; tandis que les principaux immigrants étrangers viennent de Turquie, le pays entretient aussi des relations de plus en plus étroite avec le régime de Recep Tayyip Erdogan.

Et comme toujours, l’une des clés du scrutin sera le vote de la minorité albanaise – un quart de la population totale. Or, le parti albanais associé au régime du VMRO-DPMNE est lui aussi vivement contesté par l’apparition d’une nouvelle formation, le mouvement Besa, d’obédience ouvertement « erdoganiste ». Cette irruption massive de la Russie et de la Turquie sur la scène politique macédonienne s’explique avant tout par la faiblesse de l’Union européenne, qui n’a pas su tenir ses promesses d’intégration et de développement économique. Comme l’explique l’analyste Arsim Zekolli, les citoyens de Macédoine, toutes communautés confondues, ne croient plus guère au projet européen. Ils sont profondément désillusionnés, mais ils hésitent encore face au nouveau modèle politique que pourraient représenter la Russie ou la Turquie.

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