Chronique des matières premières

L'Inde a surestimé sa production de blé et doit en importer d'urgence

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En trois mois, le prix du kilo de blé est passé de 4 à 24 roupies en Inde.
En trois mois, le prix du kilo de blé est passé de 4 à 24 roupies en Inde. Getty Images/ Puneet Vikram Singh

L'Inde vient de supprimer toute taxe sur les importations de blé. L'aveu par les autorités indiennes qu'elles ont largement surévalué la production de blé nationale.

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Alors qu’elle s’apprête à semer son blé, l’Inde ouvre grand les portes aux achats de blé étranger. Un véritable camouflet pour le ministre indien de l’Agriculture : il n’a cessé de dire que la récolte indienne était magnifique cette année (93 millions de tonnes et demie) contrairement à l’année précédente, frappée par El Niño (86 millions de tonnes et demie).

Mais le consommateur indien, lui, ne s’y trompe pas : en trois mois, le prix du kilo de blé est passé de 4 à 24 roupies. Pour calmer cette inflation, le gouvernement de New Delhi s’est résolu à supprimer toute taxe sur les importations, elles pourraient atteindre 5 millions de tonnes, un record en dix ans.

Des greniers à sec

Certains traders locaux et étrangers savaient que l’Inde avait gonflé ses chiffres de récolte d’une dizaine de millions de tonnes, une paille. En faisant croire à l’abondance, le gouvernement voulait pousser les paysans du Penjab à vendre tout de suite, et donc à prix bas aux régions les plus pauvres de l’Inde, explique Didier Nedelec, directeur général d’ODA. Mais il s’avère que le deuxième producteur mondial de blé finit la saison avec des greniers à sec.

Un cas qui n’est pas isolé

L’image d’une planète regorgeant de céréales n’est peut-être pas si conforme à la réalité. Le Pakistan a lui aussi une moins bonne récolte qu’annoncée. La Russie a également surestimé sa production de blé. Or cette région de la mer Noire est grosso modo la seule avec les États-Unis à pouvoir exporter cette année dans l’hémisphère nord, étant donné la piètre récolte française.

Pour l’instant, les marchés à terme du blé, Chicago et Paris, ne reflètent pas les prix physiques élevés du blé en Inde, en Russie ou en France. Mais les cours du blé pourraient se réveiller, comme cela s’est passé pour le soja.

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