Chronique des médias

Médias sous pression en Algérie

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Le rapport publié jeudi 22 décembre décrit l'asphyxie progressive dans laquelle évoluent les médias algériens depuis la réélection d'Abdelaziz Bouteflika.
Le rapport publié jeudi 22 décembre décrit l'asphyxie progressive dans laquelle évoluent les médias algériens depuis la réélection d'Abdelaziz Bouteflika. FAYEZ NURELDINE / AFP

Nous parlons avec Amaury de Rochegonde, de l’hebdomadaire Stratégies, de l’état des médias et de la situation des journalistes en Algérie. Reporters sans frontière a publié jeudi un rapport où il dénonce « l’asphyxie progressive » des médias algériens par le pouvoir.

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C’est un rapport qui arrive onze jours après la mort de Mohamed Talmat, ce journaliste algéro-britannique qui avait été condamné en juillet à deux ans de prison ferme pour des vidéos et des poèmes provocateurs sur Internet, et qui est décédé après avoir entamé une grève de la faim en prison. Le rapport de RSF, établi à partir d’une vingtaine d’entretiens entre mai et octobre, évoque bien entendu ce cas dramatique, une première en Algérie, mais il va au-delà en décrivant tout un système qui étrangle de plus en plus la liberté de l’information depuis la réélection d’Abdelaziz Bouteflika, en 2014. Un président dont il est difficile d’évoquer l’état de santé sans recevoir des menaces verbales ou des pressions.

Accusés d’outrage à corps constitué, Hassan Bourras, par exemple, a été condamné à un an de prison. Tahar Djehiche est poursuivi, comme Mohammed Talmat, pour avoir porté atteinte au président de la République. On voit ainsi qu’il existe tout un arsenal pénal qui permet de s’en prendre à un journaliste. Si en principe, la loi interdit toute forme de censure préalable depuis février, on voit que l’indépendance éditoriale est de plus en plus menacée. D’autant que des militants des droits de l’homme ou des journalistes comme Abdessami Abdelhaï peuvent être placés en détention provisoire pendant deux ans pour des motifs purement politiques.

L’Etat de santé du président, la corruption, les biens des dirigeants, les mouvements sociaux deviennent ainsi des sujets de plus en plus difficiles à couvrir librement. Le pouvoir, qui contrôle l’audiovisuel public, dispose sur la presse de leviers de pression comme l’exigence de paiement des arriérés de dettes aux imprimeries sous sa férule. C’est ce qui a coûté son existence à El Djazaïr News en 2014. Le gouvernement peut aussi déclencher des contrôles fiscaux ou supprimer les rentrées publicitaires liées à l’Etat. C’est le sort qu’ont connu les deux grands quotidiens indépendants El Watan et El Khabar qui dispose d’ailleurs de leur propre rotative.

Le rapport pointe aussi les mesures d’intimidation exercées contre la chaîne KBC du groupe El Khabar, ou sur Abdou Semmar, le rédacteur en chef d’Algérie Focus. Il montre en outre qu’une oligarchie médiatique au service d’intérêts occultes a fait son apparition. Cela peut-être pour empêcher le rachat du groupe El Khabar par l’homme d’affaires Issaad Rebrab, propriétaire du journal La Liberté et opposant au quatrième mandat de Bouteflika. Mais ce peut-être aussi pour favoriser la concentration de chaînes comme Al Dzaïr entre les mains d’Ali Haddad, un proche du régime.

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