Chronique des médias

En Turquie, les médias mis au secret

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Le président Erdogan, le 22 juillet 2016 devant les parlementaires turcs, dans le hall de la Grande Assemblée nationale de Turquie.
Le président Erdogan, le 22 juillet 2016 devant les parlementaires turcs, dans le hall de la Grande Assemblée nationale de Turquie. AFP PHOTO / TURKEY'S PRESIDENTIAL PRESS SERVICE / KAYHAN OZER

La situation des médias et des journalistes en Turquie s’est profondément détériorée en 2016, notamment depuis la tentative de coup d'Etat de juillet dernier. Avec une centaine de collaborateurs de médias emprisonnés, selon Reporters sans frontières, la Turquie est le pays qui affiche le triste record de l’incarcération des journalistes en 2016.  

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Un journaliste sur trois qui se trouve en détention l’est aujourd’hui dans la Turquie de Recep Tayip Erdogan. Ce qui fait de ce pays « la plus grande prison de journalistes du monde », dit RSF, qui observe que ces détenus sont généralement privés d’avocats et se voient infligés des procès au mépris des droits de la défense.

Le soulagement qui a accueilli en Occident la remise en liberté provisoire d’Asli Erdogan, après quatre mois de détention préventive, ne doit pas faire illusion. L’écrivaine reste accusée d’atteinte à l’intégrité de l’Etat et « d’appartenance à une organisation terroriste » pour avoir accepté d’être associée au comité éditorial d’un journal prokurde, Özgür Gündem. Et au delà de cette intellectuelle connue, qui a reçu le soutien d’Audrey Azoulay, la ministre française de la Culture, c’est toute l’opinion critique turque qui est visée.

Bien sûr, le coup d’Etat manqué du 15 juillet a servi de déclencheur à cette vague de répression qui a conduit à l’arrestation de plus de 41 000 personnes et au limogeage de 125 000 fonctionnaires. On confisque les cartes de presse comme on reprend les passeports ou les autorisations de travail. Selon le député Baris Yarkadas, cité par Le Monde, 3000 journalistes ont perdu leur emploi. Et RSF estime à 150 le nombre de médias fermés par décret. Mais ce qu’il faut aussi rappeler, c’est que la purge dans les médias turcs avait commencé bien avant le coup d’Etat et fait partie d’un système de gouvernement.

Bugun TV et Kanalturk, deux chaînes liées à la confrérie islamique Fethullah Gülen, à laquelle le régime impute la responsabilité du putsch, avaient ainsi été fermées trois jours avant l’élection du 1er novembre 2015, pour entretenir l’idée d’un complot visant à déstabiliser Erdogan et son parti l’AKP.

Le coup d’Etat du 15 juillet a été ensuite l’occasion de liquider cette mouvance Gülen mais aussi de porter un coup majeur à toutes les voix du PKK, le mouvement armé de la rébellion kurde. L’idée d’Ergogan est d’éradiquer tout ce qui pourrait menacer son nouveau rôle régional aux côtés de la Russie et de l’Iran, dont témoigne le cessez-le-feu en Syrie. A savoir, les médias kurdes qui pourraient revendiquer un territoire en Syrie et en Turquie. Ou des voix indépendantes comme Cumhuriyet, le journal qui a révélé des livraisons d’armes aux jihadistes par les services secrets turcs.

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