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Invité Afrique

Marine Le Pen au Tchad: analyse de l'éditorialiste sénégalais Babacar J. Ndiaye

Audio 04:58
Lors de son voyage au Tchad, Marine Le Pen a notamment pu rencontrer le président Idriss Déby le 21 mars 2017.
Lors de son voyage au Tchad, Marine Le Pen a notamment pu rencontrer le président Idriss Déby le 21 mars 2017. BRAHIM ADJI / AFP

Marine Le Pen, la candidate du Front national à l'élection présidentielle française, a rendu visite aux soldats français de l'opération Barkhane et a rencontré également le président Idriss Déby lors de sa visite au Tchad. Depuis son arrivée à la tête du Front national, en 2011, c'est la première fois que Marine Le Pen est reçue par un chef d'Etat africain. Est-ce un tournant politique ? Babacar Justin Ndiaye est éditorialiste sur le site Internet Dakaractu.com. En ligne du Sénégal, il répond aux questions de RFI.

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Babacar Justin Ndiaye est éditorialiste au site Dakaractu.
Babacar Justin Ndiaye est éditorialiste au site Dakaractu. dakaractu.com

RFI : Plusieurs opposants tchadiens, dont Saleh Kebzabo, sont choqués par la visite de la candidate française Marine Le Pen dans leur pays. Est-ce que vous partagez leur point de vue ?

Babacar Justin Ndiaye : J’ai un point de vue beaucoup plus mitigé. Je comprends leur hostilité vive à l’égard d’une candidate qui est le porte-étendard d’une certaine xénophobie, mais la réalité politique française elle est ce qu’elle est, c’est-à-dire que c’est un arc-en-ciel. On a en France une constellation de programmes. Je crois que nous, Africains, nous devons vis-à-vis de la France, préparer nos dossiers pour faire face à n’importe quel locataire de l’Elysée et discuter âprement autour de nos intérêts. C’est beaucoup plus important que les attaques vives contre des candidats qui déroulent leur programme en direction des populations françaises.

Le parti d’opposition tchadien UNDR explique : « Marine Le Pen est la candidate de l’extrême-droite raciste et xénophobe à l’élection française. Le Tchad ne doit pas montrer une quelconque sympathie pour cette candidature ».

Est-ce que le Tchad a affiché une quelconque sympathie pour cette candidature ? Ce dont je suis sûr, c’est que les candidats français de tous bords viennent en Afrique pour plusieurs raisons. D’abord, une offensive de charme en direction des communautés françaises qui sont en Afrique, donc des expatriés qui sont également des électeurs. Deuxièmement, ces candidats veulent voir de très près la présence militaire française. Donc je crois que l’étape de Ndjamena est indispensable, ne serait-ce que pour voir de très près pourquoi des soldats français de vingt ans sont sous le soleil du Sahel et qu’est-ce qu’ils y font.

L’une des grandes priorités du Front national c’est la lutte contre l’immigration. Est-ce que pour les Sénégalais - pour vos compatriotes - c’est un parti qui inspire méfiance et hostilité ou est-ce que c’est un parti comme les autres ?

Ce dont je suis sûr c’est qu’un parti comme celui de Marine Le Pen, avec son programme, accroche la tension en termes de vigilance. Mais encore une fois, les Sénégalais qui sont respectueux de leur propre souveraineté admettent également que la France, de la façon la plus souveraine, place à la tête de l’Etat français qui elle veut.

Et pour vous, le Front national c’est un parti raciste et xénophobe, comme le dit Saleh Kebzabo ou pas ?

Moi je me méfie des clichés. Je vois bien que le volet immigration de leur programme, c’est-à-dire ce qu’on appelle la xénophobie, ce n’est pas tout le programme du Front national. Vous savez, la France aura toujours une politique africaine très pointue en rapport avec ses intérêts. Et il va sans dire que la taille de la France, puissance moyenne, oriente bien entendu la politique étrangère de la France en direction de l’Afrique. Un ancien ministre de Valéry Giscard d’Estaing, Louis de Guiringaud, disait en petit comité que l’Afrique est le seul continent où une compagnie de parachutistes peut modifier le cours de l’histoire. Alors, c’est donc dire que le continent africain est la chaussure qui correspond le mieux à la pointure d’une puissance moyenne comme la France. Donc quelque part ces relations, il faut que l’Afrique les prenne en charge en préparant sérieusement ses dossiers pour discuter âprement avec ses interlocuteurs français, peu importe leur horizon politique d’origine.

« J’ai dit à Idriss Deby tout le mal que je pensais de la Françafrique », a déclaré Marine Le Pen. Est-ce que vous faites confiance au Front national pour mettre fin à cette fameuse Françafrique ?

Je crois que le parti de Marine Le Pen est un parti adossé à son idéologie. Même si les relations internationales et les idéologies font souvent mauvais ménage en termes de volonté. Mais incontestablement, c’est un parti arrimé à son idéologie et qui prendra en charge son idéologie dans ses relations avec l’Afrique.

Voulez-vous dire que si Marine Le Pen arrive au pouvoir un certain nombre de Sahéliens du Sénégal, du Mali et d’ailleurs, risquent d’être expulsés de France ?

De façon brutale et mécanique certainement pas. Mais ce qui est sûr, c’est que le dossier de l’immigration sera à l’ordre du jour et de façon très, très brûlante. Il s’agira maintenant de gérer les modalités en rapport avec les pays africains.

Jusqu’à présent, aucun chef d’Etat africain n’avait voulu recevoir Marine Le Pen. Pourquoi Idriss Déby a-t-il décidé de mettre fin à ce boycotte ?

En fait, la donne se modifie également au regard de l’audience électorale du Front national. Parce que les percées du Front national, les résultats des sondages, ont convaincu les présidents africains qu’il faut prendre en charge les réalités françaises, il faut s’accommoder du Front national. D’autant plus qu’en France, le président sortant n’étant pas candidat à sa propre succession, quelque part cela met à l’aise certains chefs d’Etat africains, du point de vue de leurs relations avec tous les partis qui sont en compétition.

François Hollande ne fait plus peur ?

Pas du tout, pas du tout.

François Fillon au Mali et au Niger, Emmanuel Macron en Algérie, Marine Le Pen au Tchad… Qu’est-ce que ces candidats français viennent chercher sur le continent africain ?

Il y a que ces candidats ont un parcours professionnel et politique qui ne les a pas toujours mis en rapport avec l’Afrique. Donc, il y a le souci de venir voir de très près les réalités africaines. Et bien entendu, il y a les intérêts français qui sont permanents dans beaucoup de ces pays et qu’ils sont appelés à prendre en charge d’une manière ou d’une autre, y compris les intérêts stratégiques qui sont bien reflétés par l’opération Barkhane. Du coup, tous ces candidats sont obligés de se préparer à leurs responsabilités, donc coller aux servitudes de la politique extérieure de la France et s’y préparer, y compris psychologiquement.

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