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Invité Afrique

Emmanuel Issozé-Ngondet: au Gabon, «l’apaisement passe par le dialogue politique»

Audio 05:34
Emmanuel Issozé-Ngondet.
Emmanuel Issozé-Ngondet. France 24

Au Gabon, c’est ce mardi 28 mars que doit s’ouvrir le « dialogue politique » pouvoir-opposition voulu par Ali Bongo après sa réélection très contestée du mois d’août dernier. Le problème, c’est que le numéro un de l’opposition, Jean Ping, boycotte ce rendez-vous. Le Premier ministre Emmanuel Issozé-Ngondet a conduit les préparatifs de ce « dialogue politique ». Qu’est-ce qu’il en attend ? Au terme d’un séjour en France, il a répondu aux questions de Christophe Boisbouvier.

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RFI : Ce mardi s’ouvre le dialogue politique gabonais. Mais à quoi bon un dialogue si Jean Ping, l'opposant qui se considère toujours comme le président élu, n’y est pas ?

Emmanuel Issozé-Ngondet : Huit mois après l’élection présidentielle, l’apaisement du climat politique et social passe par le dialogue politique. Aujourd’hui, la participation massive des acteurs de la société civile à la phase citoyenne de ce dialogue, plus la participation significative des partis politiques à la phase politique de ce dialogue sont de nature à garantir cette inclusivité. Ce que recherchent les Gabonais, c’est ça.

Jean Ping, c’est au moins 50% des électeurs. A quoi sert un dialogue si la moitié du pays n’y est pas ?

L’élection présidentielle est certes la reine ou la mère de toutes les élections, mais ce n’est qu’un moment de la vie politique du pays. La réalité du moment de l’élection présidentielle n’est pas la réalité d’aujourd’hui.

Mais tout de même, est-ce que vous n’êtes pas obligé de constater que les poids lourds qui soutenaient Jean Ping restent avec lui et ne vont pas à votre dialogue ?

Je ne sais pas ce que le mot poids lourd signifie exactement en politique…

Casimir Oye Mba, c’est quand même un poids lourd ?

Toujours est-il qu’aujourd’hui ce qui importe, ce n’est pas la participation de tel ou tel au dialogue politique. Ce qui importe, c’est le contenu à donner à ce dialogue politique. Ce sont les actes qui découleront du dialogue politique.

Alors quel est le contenu de ce dialogue ? Est-ce qu’on peut envisager la limitation du nombre des mandats présidentiels ?

Vous venez là à la démarche préconisée par le président de la République, chef de l’Etat. Lors de son discours d’investiture, il avait dit que ce dialogue serait sans tabou.

Donc la limitation à deux mandats, c’est possible ?

Tout est possible, je vous le dis. Pas forcément deux mandats, ça peut être une limitation à trois mandats, à un mandat, je ne sais pas. On peut avoir un mandat de sept ans ou de cinq ans. Je n’en sais rien du tout.

Et la limitation à deux mandats, en incluant le mandat en cours, c’est possible aussi ?

C’est une option qui est sans doute évoquée par certains observateurs, mais je ne pense pas que nous ayons déjà eu à réfléchir de façon spécifique sur cette seule option-là.

Oui, mais vous savez que c’est une demande qui va vous être faite ?

Je n’en sais rien. Ma position personnelle est que les institutions politiques se nourrissent de la culture du pays dans lequel elles fonctionnent. Et dans la culture gabonaise, c’est le peuple qui détermine la durée de celui qui est au pouvoir.

Sous-entendu, il ne faut pas limiter le nombre de mandats. C’est cela que vous voulez dire ?

Si le peuple estime que le chef d’Etat doit faire deux mandats ou trois mandats, ou quatre mandats, c’est à lui de décider.

Autre point important, la Commission électorale nationale autonome (Céna), qui, aux yeux de nombreux observateurs, est déséquilibrée en faveur du pouvoir ?

Il est vrai que la Céna fait l’objet de critiques, certes. Certaines ne peuvent être considérées comme fondées, mais beaucoup de ces critiques-là sont subjectives. Mais nous avons admis que le dialogue des politiques étant sans tabou, la question de la Céna sera mise sur la table des discussions, sous tous les aspects.

Le 2 février, le Parlement européen a déclaré que les résultats de la présidentielle gabonaise étaient extrêmement douteux. Est-ce que vous ne craigniez pas des sanctions de l’Union européenne ?

Ce qui m’importe, ce sont les décisions prises par les pouvoirs exécutifs. Nous attendons de voir ce que la Commission fera de cette résolution parce que nous comptons sur la sagesse des membres de la Commission, sur la responsabilité qui anime cette Commission de l’Union européenne.

Depuis octobre, une grève des enseignants paralyse une grande partie de l’Education nationale gabonaise. Est-ce qu’on va vers l’année blanche ?

Il n’y aura pas d’année blanche au Gabon. La grève est davantage provoquée, nourrie par des syndicats qui sont en totale collusion avec l’opposition et qui ont fait le choix de mobiliser la rue. Je ne vois pas autre chose à faire à leur endroit que d’appliquer la loi. Parallèlement à ces syndicats, il y a d’autres qui ont une attitude responsable et qui formulent des revendications fondées, et nous sommes en négociation. Nous prendrons des mesures importantes tendant à satisfaire un nombre important de ces revendications. Et nous sommes en discussion avec ces syndicats pour voir dans quelle mesure l’année scolaire peut-être rallongée pour tenir compte des taux horaires requis pour valider une année scolaire.

Si le dialogue décide un certain nombre de réformes, le temps de les mettre en œuvre, est-ce qu’on pourra tenir les délais et organiser les législatives en juillet ?

Il se trouve que de plus en plus, un certain nombre d’acteurs politiques de l’opposition, mais aussi des partis alliés au PDG [Parti démocratique gabonais] s’expriment pour dire que le contexte ne permettrait pas certainement de respecter ces délais fixés par la Cour constitutionnelle, sur la base du droit, et qu’il faudra nécessairement une entente pour proposer un nouveau report. Report qui serait nécessaire pour laisser le temps à l’application de certaines décisions que l’on prendra au terme du dialogue politique et lesquelles décisions toucheront probablement aux textes encadrant les processus électoraux. Et comme on ne peut pas changer la loi électorale au cours d’une année électorale, fort probablement, les politiques s’entendront pour un nouveau report. Mais je ne peux pas le préjuger.

Donc les législatives risquent d’être reportées à l’année prochaine, 2018 ?

Je ne peux pas fixer une date puisque je ne sais pas exactement sur ce sur quoi déboucheront les discussions que nous aurons sur ce sujet. Et justement au terme de ces discussions, si une telle décision est prise, nous devrions naturellement fixer un calendrier, annoncer une date qui sera arrêtée de façon consensuelle avec l’ensemble des acteurs politiques.

Souvent à la fin d’un dialogue politique, il y a un gouvernement d’union nationale, est-ce que vous n’êtes pas en sursis ?

Ce n’est pas l’approche qui a été arrêtée par le gouvernement, par le chef de l’Etat. Le dialogue politique, c’est davantage pour apaiser le climat politique et social, pour moderniser les institutions politiques. Il ne s’agit pas ici de concevoir les contours et le contenu à donner à un éventuel gouvernement d’union nationale. Je suis serein quant à l’issue du dialogue politique.

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