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Macédoine: à Skopje, le mécontentement au quotidien

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Des manifestants dans les rues de Skopje.
Des manifestants dans les rues de Skopje. RFI/Simon Rico

Cela fait bientôt un mois que les manifestations s’enchaînent en Macédoine. Les défilés sont presque quotidiens à Skopje, la capitale et dans les principales villes du pays. Les manifestants s’opposent à la formation du gouvernement issu des élections de décembre.

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Les élections législatives de décembre 2016 n’ont pas désigné de vainqueur clair en Macédoine. En lice, le Premier ministre sortant, Nikola Gruevski, un nationaliste du VMRO, au pouvoir depuis 11 ans, affrontait Zoran Zaev, le leader de la grande formation sociale démocrate du pays. Les deux candidats sont arrivés au coude à coude avec 40% des voix, la différence allant aux partis de la minorité albanaise.

Ce sont donc les multiples petits partis albanophones qui étaient en position de décider qui serait le Premier ministre. Depuis 11 ans, ils avaient toujours choisi Nikola Gruevski, mais cette fois les partis albanais se sont avec une remarquable unité rangés derrière les sociaux-démocrates.

Ce ralliement a eu lieu après une rencontre commune non pas en Macédoine, mais en Albanie voisine. Et c'est précisément cela que les manifestants dénoncent. Ils sont plus de 100 000 dans la rue presque tous les jours, mais aucun incident n'est à déplorer pour le moment.

Visite infructueuse des représentants européens

La visite il y a tout juste une semaine de 4 représentants européens à Skopje n’a pas permis de résoudre la crise. Le président, George Ivanov, issu des rangs nationalistes, refuse de laisser la majorité des socialistes et des partis albanais former le gouvernement.

Non seulement les Européens qui ont rencontré toutes les parties en présence n'ont pas trouvé de solution, mais le président Ivanov a refusé de les rencontrer. La rue, de fait, apporte son soutien au président et au Premier ministre sortant, à tel point que beaucoup accusent les nationalistes d'organiser les manifestations dans l'ombre. La semaine dernière, les manifestations ont même pris un tour anti-européen. Bruxelles est accusé de vouloir s'ingérer dans les affaires du pays.

La crainte d'une déstabilisation régionale

Dans un pays qui a connu une crise interethnique très violente en 2001, faisant 100 à 200 morts, l'accord des partis albanais est perçu par une partie de la population comme un risque pour l'unité de la Macédoine. Les manifestants accusent les Albanais de vouloir fédéraliser le pays pour à terme, le diviser. Ils ne se basent sur aucun fait concret, puisque le contenu de l'accord des partis albanais n'est pas connu dans le détail.

La représentante européenne Federica Mogherini appelle pourtant au calme, pour une raison simple : il y a eu au moins deux fois des incidents ethniques violents depuis 2001. En 2015, une confrontation entre la police et une quinzaine d'Albanais armés avait causé des dégâts considérables dans la ville de Kumanovo. En 2002, 8 migrants pakistanais avaient été exécutés par la police. Une mise en scène macabre pour faire croire à un risque terroriste. Dans les deux cas, c'est le parti nationaliste qui était au pouvoir.

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