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A la Une: l'Eglise catholique dans la tourmente au Mali

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Selon Swissleaks, il y a sept comptes bancaires de la Conférence épiscopale du Mali à la banque HSBC à Genève.
Selon Swissleaks, il y a sept comptes bancaires de la Conférence épiscopale du Mali à la banque HSBC à Genève. REUTERS/Hannah McKay/File Photo

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L’article publié avant-hier par le quotidien français Le Monde fait grand bruit au Mali…D’après Le Monde donc, « les documents SwissLeaks révèlent sept comptes bancaires de la CEM, la Conférence épiscopale du Mali, dans la banque HSBC à Genève. » Des comptes ouverts en 2002, crédités en 2014 de 12 millions d’euros. « Une histoire rocambolesque, poursuis Le Monde, qui implique les trois plus hauts dirigeants de l’époque de la Conférence épiscopale du Mali, à commencer par Mgr Jean Zerbo, 73 ans, archevêque de Bamako, chargé des finances de la CEM au moment des faits. Il vient d’être créé cardinal, le 21 mai, par le pape François. Le consistoire, la cérémonie d’officialisation, aura lieu le 28 juin. Deux autres protagonistes seront créés cardinaux le même jour : Jean-Gabriel Diarra, 71 ans évêque de San et ex-numéro un de l'Eglise catholique du Mali, et Cyprien Dakouo, 60 ans, secrétaire général de la CEM à partir de 2004. »

Quatre autres protagonistes seront créés cardinaux le même jour, dont Jean-Gabriel Diarra, 71 ans, évêque de San et ex-numéro un de l’Eglise catholique du Mali, et Cyprien Dakouo, 60 ans, secrétaire général de la CEM à partir de 2004. »

Pas de démenti formel

D’où vient cet argent ? « Les évêques du Mali auraient-ils détourné l’argent des fidèles ? », s’interroge Le Reporter à Bamako. « Le chargé des finances de la CEM, l’Abbé Noël Somboro, interrogé par le journal, botte en touche : “je n’ai pas envie d’aller fouiller dans les archives pour savoir d’où vient l’argent ou si les comptes existent toujours. Je n’ai pas ce temps”. Entre panique et agressivité à notre égard, poursuit le quotidien malien, l’abbé Noël lâche une phrase étonnante de la part d’un professionnel de la finance : “j’ignore ce que c’est un compte offshore ou que la Suisse est considérée comme un paradis fiscal. Sinon nous avons des comptes bancaires un peu partout”. Il ajoute : “il est possible que le compte ait existé, mais je n’ai pas de trace”. M. Noël oppose aussi un niet catégorique à toute tentative de lui arracher des chiffres sur le patrimoine de l’Eglise ou de savoir si ces comptes sont déclarés au fisc malien. Il compare d’ailleurs ces avoirs au “code nucléaire” que la France ne serait jamais prête à dévoiler à ses citoyens. »

Pour sa part, « la Conférence épiscopale du Mali contre-attaque, mais (finalement) ne dément rien », relève Le Journal du Mali. « Pour la CEM, “les auteurs de l’article tendancieux visent plutôt un autre objectif inavoué que celui d’apporter des informations constructives à l’opinion”, précise le communiqué des prélats. Mais, nulle part dans ce communiqué de deux pages, pointe le journal, la CEM ne dément ni l’existence des comptes dans les paradis fiscaux en Suisse, ni la rencontre entre les banquiers et les responsables catholiques maliens, entre 2000 et 2009. Encore moins l’implication du cardinal Jean Zerbo dans cette affaire. Le communiqué ne fait pas mention non plus des milliards qui sont sur le compte offshore. »

La lumière sera-t-elle faite ?

Saura-t-on la vérité ? Oui, répond Aujourd’hui au Burkina. « Pour le moment, la CEM et le ministre des cultes maliens donnent l’absolution au futur cardinal et à ses deux collègues et sans doute, dans les prochains jours, l’Eglise, qui chérit la transparence comme presque un dogme, fera jaillir la lumière pour mettre fin à ce soupçon de fric-frac ecclésiaste. Le pouvoir intemporel a besoin d’argent temporel, mais aussi de clarté. »

Saura-t-on la vérité ? Non, répond Ledjely.com en Guinée. « L’Eglise tout d’abord, soucieuse de son image ainsi que de l’influence et de l’attrait qu’elle exerce sur biens de fidèles dans le monde, s’emploiera à étouffer l’affaire. Quitte à s’en tenir à des remontrances verbales, à l’abri de toute oreille indiscrète. Les autorités maliennes, ensuite, ne prendront certainement pas le risque de mener des enquêtes susceptibles de démasquer davantage les prélats. Parce qu’on pourrait très vite assimiler la démarche à un acharnement sur une communauté particulière. Tout ce dont le Mali, au tissu social plus qu’effrité, ne se risquera pas à faire. Ainsi, il ne subsistera que des doutes pas suffisamment étayés pour justifier le désaveu public des religieux. Mais des suspicions suffisantes pour entamer la crédibilité des trois responsables religieux et partant, de l’Eglise elle-même et de la religion tout court. »

Ledjely qui enfonce encore le clou : « une élite corrompue et indigne de confiance, l’Afrique en connait. Mais habituellement, ceux-là viennent du monde politique, de l’administration ou des milieux d’affaires. Personne n’aurait osé imaginer que des pratiques aussi louches se retrouvent aussi dans les paroisses. […] Visiblement, poursuit le site guinéen, c’est de cette omerta sur fond de confiance aveugle (qui entoure la religion) dont les trois prélats maliens ont profité pour soutirer aussi bien au regard de l’Etat malien qu’à celui de leurs naïfs fidèles les 12 millions d’euros. Une somme qui repose tranquillement dans une banque suisse pendant qu’au Mali, les fidèles triment pour pouvoir trouver de quoi se nourrir. »

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