La semaine de

Cédéao: Mohammed VI laisse la scène de Monrovia à Netanyahu

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Le roi du Maroc Mohammed VI.
Le roi du Maroc Mohammed VI. Reuters/Youssef Boudlal

La capitale du Liberia, Monrovia, accueil un sommet des chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), où étaient annoncés le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, et le roi Mohammed VI du Maroc. Ce dernier a préféré annuler son voyage.

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Xavier Besson : Que penser des analyses qui interprètent cette annulation comme un revers diplomatique ?

L’annulation visait, justement, à éviter pire que le simple revers diplomatique. Les communiqués et confidences provenant de chacune des deux parties tendraient à faire croire que le revers, c’est pour ceux d’en face. Toujours est-il que, deux invités vedettes, c’était, manifestement, un de trop, pour un sommet somme toute ordinaire. Les conseillers du souverain chérifien ont, sans doute, estimé qu’il y avait risque de banalisation pour Sa Majesté, à devoir partager les projecteurs avec Benjamin Netanyahu. Mais l’explication officieuse, relayée par les médias marocains, sous-entend que la présence du Premier ministre de l’Etat hébreu gênait tellement les pays de la Cédéao que certains ont préféré rabaisser le niveau de leur présence à ce sommet. Les chefs d’Etat préférant y envoyer un Premier ministre, ou même des ministres, pour marquer, soi-disant, leur désaccord par rapport à l’invitation adressée à Benyamin Netanyahu. Il se trouve que les sources que cite la presse marocaine à ce sujet sont bien vagues, sinon anonymes, sans que l’on sache quels Etats ont pris une telle décision.

Le roi se rendait à ce sommet pour parachever la cour qu’il faisait depuis plusieurs mois à la Cedeao, afin d’en devenir membre. Et le chef du gouvernement israélien y va pour conclure, avec cette communauté réellement en phase avec les intérêts des populations d’Afrique de l’Ouest, des accords touchant des domaines essentiels pour ces Etats, individuellement, comme collectivement : désertification, changement climatique, hydraulique, agriculture, sécurité alimentaire, terrorisme, lutte contre la pauvreté, éducation, santé, énergie, communications, sciences, culture…

Mais le Maroc aussi investit en Afrique de l’Ouest…

Il investit, et investit même beaucoup. D’ailleurs, les officiels marocains ne se privent pas de rappeler que leur pays est devenu le premier investisseur dans ce que certains d’entre eux désignent par le terme : « cette région ». Ils insistent aussi, à l’occasion, sur les liens religieux qu’ils ont avec certains pays musulmans et, carte à l’appui, ils soutiennent que le royaume, d’un point de vue purement géographique, se situe effectivement à l’Ouest du continent. D’autres diraient qu’il est plutôt au Nord-Ouest, et cela se remarque d’autant plus que la Mauritanie, elle, s’est retirée de la Cedeao, et cela complique terriblement une telle démonstration.

Bref, le Maroc, qui rêvait naguère d’adhérer à l’Union européenne, veut, à présent, être membre de la petite Cédéao, et c’est un bien bel hommage. C’est la preuve que cette communauté est, au minimum, désirable.

En quoi est-elle si désirable, cette communauté ?
 

Elle ressemble de plus en plus à la communauté dont ont rêvé les pères fondateurs, prônant la libre circulation des personnes et des biens. C’est, aujourd’hui, une réalité de plus en plus palpable.

La Cédéao est même, avec la Communauté d’Afrique de l’Est, une des deux organisations régionales qui marchent réellement sur ce continent. Certes, on est encore loin de la monnaie unique, faute d’une réelle convergence économique, avec une coordination budgétaire, une maîtrise de l’inflation et de l’endettement des Etats. Mais le sentiment de citoyenneté ouest-africaine grandit au sein des populations. Et les mouvements de populations se font davantage d’un pays ouest-africain vers un autre pays ouest-africain, que vers d’autres cieux. La Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria attireraient même beaucoup. Petit détail qui devrait décevoir ceux qui, en Europe, font commerce de l’épouvantail de l’immigration subsaharienne envahissante : sur cent Africains de l'Ouest candidats à l’immigration dans le monde, seuls quinze se dirigeraient vers l’Europe. L’Afrique de l’Ouest connaît une vitalité qui explique pourquoi le Maroc y investit beaucoup et voudrait en être membre. Qui explique, aussi, que l’Etat hébreu veuille en faire un partenaire de premier ordre. Il faut juste que toute cette attirance ne se fasse pas trop possessive, pour ne pas dire monopolistique. Car l’Afrique, durant le dernier demi-siècle, a beaucoup souffert du joug de partenaires trop exclusifs, jaloux. Et les vieux sages vous diront que la jalousie est tout, sauf une preuve d’amour.

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