Revue de presse Afrique

A la Une: la RDC sous hautes pressions

Audio 04:29
© AFP/Pius Utomi Ekpei

Publicité

« Les projecteurs de la communauté internationale sont braqués en permanence sur la République démocratique du Congo , pointe Le Potentiel à Kinshasa. Cela, à la suite de la crise politique, née de l’absence d’élections devant assurer l’alternance démocratique en décembre 2016 et qui prend chaque jour des proportions inquiétantes. Kinshasa reste donc dans le collimateur des pays occidentaux et des Nations unies. Indexés dans plusieurs dossiers liés autant au processus électoral qu’au respect des droits de l’Homme, les dirigeants congolais restent droits dans leurs bottes,  constate encore Le Potentiel  et n’entendent céder à ce qu’ils qualifient d’ingérences de la communauté internationale dans les affaires intérieures d’un Etat souverain. Toute la question, conclut le quotidien kinois, est de savoir pendant combien de temps encore le régime de Kinshasa va diriger ce pays-continent en marge du respect des droits humains, des préceptes démocratiques et même du droit international. »

Il y a tout d’abord cette sortie du président congolais à propos de l’élection présidentielle qui doit avoir lieu cette année : « je n’ai rien promis », a récemment déclaré Joseph Kabila.

« Voilà une déclaration qui provoque un tollé à Kinshasa et un peu partout à travers le monde , relève Le Pays au Burkina. Mais pour bien des observateurs de la scène politique congolaise, l’on se doutait bien que l’ultime but du jeu du satrape visait à la prolongation du mandat présidentiel au-delà des délais prescrits par la Constitution. Kabila vient donc d’abattre ses cartes, levant définitivement le secret sur ses intentions à peine voilées, malgré le mystère qu’il entretient par son légendaire mutisme. »

Une décoration qui ne passe pas…

Autre point de crispation : le général John Numbi, ancien patron de la Police nationale congolaise, a été élevé au titre honorifique de Grand-officier dans l’ordre des héros nationaux…

L’information fait la Une de la presse congolaise. Le site d’information Actualités CD rappelle que « Numbi a été suspendu de ses fonctions en juin 2010 après l’assassinat du militant des droits de l’homme Floribert Chebeya et de son collègue Fidèle Bazana. »

Contacté par Jeune Afrique, Rostin Manketa, directeur de l’ONG la Voix des Sans Voix, se dit très déçu par la nouvelle. « 'Le nom de John Numbi a été abondamment cité lors du procès de l’assassinat de Floribert Chebeya (le fondateur de l’ONG), il est le suspect numéro 1 dans cette affaire, c’est une grande déception pour nous d’apprendre qu’il a été élevé à ce grade'. Pour Rostin Manketa, relate encore Jeune Afrique, cette 'prime' accordée au général Numbi est 'la preuve que l’assassinat de Floribert Chebeya est un crime d’État'. »

Le quotidien Aujourd’hui au Burkina s’agace : « quels sont les 'mérites et loyaux services' que ce général a rendu à la Nation congolaise ? Celui d’avoir fait taire une voix pour toujours, celle de Floribert Chebeya, une voix de stentor qui dérangeait les autorités congolaises, car dénonçant toutes les laideurs commises pour garder le pouvoir suprême ? »

Régime dictatorial ?

Interrogé par le Point Afrique, l’avocat Georges Kapiamba, figure influente et respectée de la société civile, n’y va pas par quatre chemins… « Nous sommes à un pas d’un régime dictatorial en RDC, affirme-t-il. Si, jusqu’ici, les effets pervers d’un régime totalitaire ne sont pas tous réunis, c’est parce qu’il y a encore une forte résistance à l’intérieur du pays, de la part tant de la population et de la société civile organisée à travers différents mouvements que des partis de l’opposition véritable, qui essaient chacun à leur niveau de contrarier l’accomplissement de cet élan. (…) Nous craignons, poursuit Georges Kapiamba, que le scénario qui a eu cours au Burundi ne s'applique en RDC. Quelques signes sont d’ailleurs perceptibles, tels que la répression systématique des opposants et de membres de la société civile, ainsi que le resserrement de l’espace politique. »

Enfin, ce qui peut paraître comme une concession de la part du pouvoir de Kinshasa : « le gouvernement congolais est d’accord sur une enquête internationale sur le Kasaï : mais il pose ses conditions. » C’est ce que rapporte le site d’information congolais Cas-Info : « jusque-là catégoriquement opposées à cette démarche, les autorités congolaises semblent, cette fois-ci, avoir pris au sérieux les menace des Nations unies, rapporte le site. (…) Mais Kinshasa pose donc ses conditions : la justice congolaise devra garder la direction des enquêtes. »

Rappelons que ces investigations visent à faire la lumière à la fois sur les violences au Kasaï et sur le meurtre des deux agents de l’Onu en mars dernier.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail