Revue de presse française

A la Une : des élections et beaucoup de questions

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Kiosque à journaux.
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Une victoire écrasante à la présidentielle pour Emmanuel Macron, un raz-de-marée qui se précise aux législatives pour son mouvement La République en marche (LREM), une déroute sans précédent pour les partis traditionnels, bref un bouleversement total du paysage politique français et bien des interrogations dans les journaux ce matin.

« Comment gérer cette hégémonie », se demande Le Monde. « Comment respecter l’exigence du débat quand on peut se permettre de ne pas prêter attention à la contradiction ? Comment s’imposer la contrainte d’un changement plus profond que celui des personnes : celui des pratiques ? Comment éviter les tentations de l’entre-soi quand on est issu de milieux aussi socialement homogènes ? Comment des députés, pour la plupart novices, qui doivent tout au choix d’un homme, exerceront-ils leur pouvoir, particulièrement celui du contrôle de l’exécutif ? Comment éviter que la contestation, inexistante au Parlement, cherche à s’exprimer ailleurs ? Il n’est pas trop tard, avant le second tour de ces législatives, pointe Le Monde, pour commencer à poser ces questions aux candidats d’Emmanuel Macron. »

Les Echos s’interrogent également… « Comment ne pas devenir comme leurs prédécesseurs ? Comment construire un parti qui ne finisse pas dans les errances politiciennes de LR et du PS ? Comment faire vivre un Parlement à la fois performant et connecté à la vie réelle, a fortiori quand la majorité s’annonce massive ? Pour y répondre, En marche n’a pour l’instant pas de recettes, mais une intuition, avance le quotidien économique : il faut oxygéner le pouvoir, puiser aux sources citoyennes, faute de quoi les personnalités de la société civile deviendront vite des politiques comme les autres. Est-ce possible ? »

Une France coupée en deux

Cette question encore à la Une de Ouest France : « une large majorité pour quoi faire ? […] Emmanuel Macron a déjà gagné. La question n’est pas de pronostiquer le score exact qu’il fera dimanche prochain, pointe le quotidien de l’ouest, mais de savoir comment il peut répondre à une France coupée en deux. Vingt-quatre millions d’électeurs n’ont pas voté. Un peu plus d’un sur deux. Le double de la présidentielle. Dimanche, cette France précarisée, désabusée, résignée, a considéré que son bulletin ne changerait rien pour elle. Elle n’a même pas eu l’envie de protester. […] Emmanuel Macron porte une responsabilité considérable, estime encore Ouest France : il va devoir trouver les réponses et les méthodes pour restaurer la confiance et reconstruire ce qui fait qu’un pays tient debout. »

En effet, renchérit La Croix, « il faudra beaucoup d’intelligence à Emmanuel Macron et au gouvernement pour piloter le pays dans une telle situation. Ils auront à gérer une équation parlementaire plus complexe qu’il n’y paraît, soit un immense groupe central peu expérimenté et des trublions périphériques. Et, surtout, il sera indispensable de prendre en compte l’indifférence, le désenchantement, la désespérance, le ressentiment de ceux qui ne sont pas allés voter. Le nouveau pouvoir a le champ libre, mais sa force est fragile. Le triomphalisme lui est interdit. »

Et maintenant, « il va falloir assurer » : c’est le grand titre du Parisien. Le Parisien qui s’interroge aussi… « Comment éviter le risque d’un parti unique ? Comment former les novices ? Comment organiser un groupe aussi gros ? Comment gérer les fortes têtes ? »

Commentaire du Parisien : « place au renouveau donc, mais… gare à l’amateurisme ! La politique est une affaire sérieuse. Le travail à l’Assemblée nationale et la fabrique des lois ne s’improvisent pas à la va-comme-je-te-pousse. S’ils ne veulent pas trébucher sur leur victoire, les nouveaux élus vont devoir apprendre vite. Et En marche ! ne pourra pas se tromper dans la nomination aux postes clés. Sinon les réformes attendues seront impossibles. »

Finalement, conclut Le Figaro, « c’est tout un mode d’exercice de la fonction politique et de l’activité parlementaire qui sera à réinventer dans la nouvelle Assemblée nationale. Et cela vaut autant pour l’armée des macronistes que pour les troupes résiduelles ou éclatées des différentes formations de l’opposition. Pour tous, c’est le saut dans l’inconnu. Tous vont devoir apprendre… en marchant ! »

A gauche, le désert ?

Parmi ces troupes résiduelles ou éclatées, évoquées par Le Figaro, il y a… la gauche…

Avec un PS en état de mort clinique. « L’atmosphère funèbre dans laquelle baigne la Rue de Solferino est impressionnante, s’exclame le quotidien de droite. On ne compte plus les victimes. Ils partirent 300 à l’assaut des circonscriptions, ils se verront une trentaine dimanche. Ce qui est fascinant dans cette descente aux enfers des socialistes, c’est qu’elle était écrite, mais qu’ils n’ont rien fait pour l’éviter. »

La gauche atomisée, donc, et même plus encore pour Libération qui lance ce grand titre saisissant sur fond d’image de désert : « la gauche : plus rien »

En effet, soupire le journal, « Insoumis, écolos, PS, PCF… Ils ne seront pas plus de 50 à siéger dans la future Assemblée. Une carte politique entièrement remise à plat. »

Et Libération, lui aussi de s’interroger : « le macronisme va-t-il absorber, en le neutralisant, l’ancien idéal de la gauche démocratique, qu’on renverra au musée des idées ? »

Non, veut croire le journal : « la mondialisation libérale, que le macronisme veut aménager, suscitera toujours une opposition fondamentale. Toujours elle justifiera, même en période de traversée du désert, l’espoir de ceux qui veulent une société moins inégalitaire, plus juste, où les puissants sont contenus, où les féodalités économiques sont combattues, où les évolutions de la France et du monde sont maîtrisées par une force de progrès qui gouverne et joue la carte de la transformation sociale. »

Et Libération d’en appeler à une gauche « qui soutient un projet de long terme, mais qui se dote aussi d’un programme immédiat fait d’étapes réalistes et de compromis offensifs. Une gauche qui joue l’unité au-delà des disputes transitoires. Une gauche qui n’oublie pas sa longue histoire, ni les hérauts du socialisme en liberté, pour maîtriser le présent et dessiner l’avenir. »

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