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Serbie: Ana Brnabic, 1ère femme Première ministre

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Ana Brnabic, 41 ans, première femme Première ministre en Serbie.
Ana Brnabic, 41 ans, première femme Première ministre en Serbie. mduls.gov.rs

C’est une jeune femme de 41 ans, relativement novice en politique, que le président Aleksandar Vucic a désigné pour diriger le gouvernement. Ana Brnabic est aussi la première femme ouvertement lesbienne à accéder au poste de chef de gouvernement dans un pays européen. Une décision qui ne manque pas de surprendre dans un pays encore très homophobe comme la Serbie.

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C’est pourtant une nomination que tout Belgrade attendait depuis l’élection d’Aleksandar Vucic à la présidence de la République, le 2 avril dernier. L’homme fort du pays a pris son temps, cumulant jusqu’au dernier moment les fonctions de Premier ministre, de président élu, et de chef du Parti progressiste serbe. Mais quelques jours après avoir prêté serment en sa nouvelle qualité de président de la République, il a finalement annoncé qu’Ana Brnabic lui succéderait à la tête du gouvernement.

Aleksandar Vucic réalise ainsi une excellente opération de communication, principalement destinée aux partenaires occidentaux du pays. Comment douter, désormais, de la « modernité » du régime serbe, de sa rupture consommée avec le nationalisme, d’autant qu’Ana Brnabic, né à Belgrade, est d’origine croate ? Archi-diplômée, pro-européenne et libérale convaincue, elle a longtemps dirigé des ONG engagées dans le développement économique, avant de rejoindre le gouvernement en août dernier.

Alors que la Serbie n’en finit pas de louvoyer entre l’Union européenne et la Russie, Belgrade envoie un message dont Bruxelles ne pourra que se réjouir et se renforce ainsi sa position dans les négociations à venir. Belgrade prend aussi un avantage tactique dans ses relations toujours compliquées avec la Croatie : comment pourra-t-on taxer le gouvernement serbe de « nationalisme » quand sa cheffe est « d’origine croate » ?

Une décision qui fait grincer quelques dents en Serbie…

En effet, des partenaires mineurs du parti dominant ont exprimé leurs désaccords, et la pilule passe mal, surtout, du côté du Parti socialiste de Serbie, associé aux Progressistes, et dont le chef, Ivica Dacic, prétendait lui-même à la charge de Premier ministre. En fait, en choisissant une figure « indépendante », Aleksandar Vucic envoie un message sans équivoque à ses partenaires comme aux jeunes loups de son propre parti : il est le seul maître du jeu, il peut nommer qui il veut à n’importe quelle charge, même « une lesbienne d’origine croate ». Et nul doute que le Parlement, où le SNS et ses partenaires sont archi-majoritaires, validera cette nomination. Pour le reste, il est bien peu probable que la nomination d’Ana Brnabic améliore sensiblement la situation des homosexuel(le)s en Serbie, toujours confrontés à un fort rejet social qui pousse de nombreux jeunes homosexuels à s’enfuir du pays, voire à mettre fin à leurs jours.

Pourquoi Aleksandar Vucic a-t-il fait ce choix ?

Ana Brnabic n’a pas de parti, pas d’appui populaire. Elle ne doit son ascension qu’au nouveau maître de la Serbie et, avec elle, Aleksandar Vucic disposera d’un « fusible » bien commode, alors que le gouvernement va devoir engager non seulement des réformes économiques et sociales très impopulaires, mais aussi reprendre, d’une manière ou d’une autre, le dialogue avec le Kosovo. Si Belgrade devait finalement se résigner à signer l’acte de reconnaissance formelle de l’indépendance de son ancienne province, pour prix de la poursuite de son processus d’intégration européenne, le président Vucic ne se fera pas prier pour céder son stylo à la Première ministre Brnabic.

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