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Le Brexodus profite plus à Francfort qu’à Paris

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Parmi les douze grandes banques d'investissement les plus actives à Londres, sept d'entre elles ont déjà choisi Francfort pour bénéficier du passeport européen.
Parmi les douze grandes banques d'investissement les plus actives à Londres, sept d'entre elles ont déjà choisi Francfort pour bénéficier du passeport européen. REUTERS/Peter Nicholls/File Photo

Au lendemain du Brexit la France avait déployé le tapis rouge pour accueillir à Paris les grandes banques de La City. Mais sans grand résultat jusqu'à maintenant. Francfort est préféré à la capitale française.

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Au début de l’année, la grande banque britannique HSBC a annoncé le redéploiement de 1 000 emplois dans la capitale française. Et depuis plus rien. Plus aucune annonce en faveur de Paris. Les grandes banques internationales de La City préfèrent s’installer à Dublin, à Amsterdam, à Luxembourg, pourquoi pas à Madrid ou à Varsovie, et surtout à Francfort. Cette ville est la grande gagnante du Brexit.

Parmi les douze grandes banques d’investissement les plus actives à Londres, sept d’entre elles ont déjà choisi la cité allemande pour bénéficier du passeport européen. Parmi elles, des grandes banques américaines, japonaises ou encore la banque suisse UBS.

Pourquoi Francfort attire plus que Paris ?

D’abord parce que c’est une ville déjà tournée vers la finance. La Banque centrale européenne est à Francfort. BaFin, le régulateur allemand du secteur aussi. Ensuite les conditions financières sont nettement plus avantageuses pour les employeurs. Les charges sociales sur les hauts salaires sont bien moindres qu’en France et l’immobilier est meilleur marché qu’à Paris.

L’autre atout majeur de Francfort, c’est la stabilité règlementaire. Même avec Emmanuel Macron à l’Élysée, la France conserve sa mauvaise réputation, celle d’un pays où les taxes et les lois imposées aux entreprises évoluent très vite et sans prévenir. Francfort espère gagner 10 000 emplois dans le Brexodus.

Pour le moment, ce grand exode des banquiers de La City vers le continent se fait attendre

Effectivement un an après le référendum, Londres demeure un grand centre mondial de la finance. Et personne n’est vraiment pressé de partir. Les négociations du Brexit ne font que commencer et on ne sait toujours pas à quoi ressemblera l’Europe après le divorce. Pour garantir leur accès au passeport européen, les banquiers font le service minimum : ils vont délocaliser prudemment une partie de leur activité dans les capitales de l’Union européenne, mais ils n’ont pas encore décidé de procéder à des redéploiements massifs.

Cela rassure La City. Ce qui lui redonne confiance aussi c’est qu’aucune capitale n’a réussi à concentrer les emplois délocalisés. Il n’y a pas pour l’instant de « City bis » en cours de construction, mais plutôt un émiettement des emplois financiers en fonction des intérêts particuliers des banques, HSBC par exemple a choisi Paris non pas grâce au tapis rouge déroulé par les autorités françaises, mais tout simplement parce que la vénérable banque a déjà une importante filiale française, le CCF acquis il y a dix ans.

Londres redoute de perdre l’activité très lucrative des « chambres de compensation » ?

C’est une menace très sérieuse qui a été réactivée la semaine dernière par la BCE. Elle souhaite reprendre la main sur le contrôle de ces chambres. La compensation est une activité pivot de la finance qui sert à sécuriser les transactions entre un acheteur et un vendeur. Pour le moment, l’essentiel des compensations sur les produits dérivés en euros se fait à Londres.

Une situation acceptable tant que le Royaume-Uni fait partie de l’Union européenne, mais qui est amenée à disparaître avec le Brexit. Cela pourrait coûter des centaines de milliers d’emplois à La City.

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