Revue de presse française

A la Une : la démission du général de Villiers

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Kiosque à journaux.
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Un chef d’état-major des armées qui démissionne, c’est une première sous la Ve République. Plusieurs quotidiens nous expliquent les raisons de ce départ fracassant. « Tout commence le 30 juin dernier, raconte Le Figaro. Après trois ans de bons et loyaux services, Pierre de Villiers, 60 ans, s'apprête à quitter ses fonctions. Emmanuel Macron lui propose de rempiler. Le CEMA hésite à repartir pour un tour […]. Trouvant les mots qui cajolent, Emmanuel Macron le rassure, lui rappelant sa promesse de campagne de voir le budget des armées atteindre les 2 % du PIB en 2025. Un message qui fait mouche. Alors, quand le 11 juillet, le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, annonce dans une interview au Parisien que l’armée va devoir se serrer la ceinture, en économisant 850 millions d’euros, c’est l’incompréhension. La stupeur. Le lendemain, poursuit Le Figaro, hasard du calendrier, Pierre de Villiers est auditionné par la commission de la défense. Les nouveaux députés découvrent le franc-parler du général qu’ils interrogent. " La France est en guerre. Les moyens ne sont pas à la hauteur… " Pierre de Villiers déplore la vétusté de certains matériels et lance : " Je ne vais pas me faire baiser par Bercy ". »

Claque la foudre…

Une « fuite dévastatrice », commente Le Monde. Et le lendemain, 13 juillet, au ministère des Armées, devant la hiérarchie militaire, « dans le ciel clair claque la foudre. " Je considère qu’il n’est pas digne d’étaler certains débats sur la place publique, tance le chef de l’Etat, glacial. J’ai pris des engagements. Je suis votre chef. Les engagements que je prends devant nos concitoyens et devant les armées, je sais les tenir. Et je n’ai, à cet égard, besoin de nulle pression et de nul commentaire ". »

« Le lendemain, poursuit Le Figaro, le cinq-étoiles assiste au défilé du 14 Juillet, non sans avoir hésité à y participer. Pendant toute la cérémonie, le président l’ignore royalement. […] Dimanche, le président poursuit son opération de reprise en main en confiant dans le JDD que " si quelque chose oppose le chef d’état-major des armées au président de la République, le chef d’état-major change ". " Qu’un homme qui n’a pas fait son service militaire explique à un homme qui a risqué sa vie au Kosovo et en Afghanistan ce qu’est la conception du devoir dépasse les bornes ", s'étrangle un ami de Pierre de Villiers. Trop, c’est trop. Le militaire jette l’éponge. Et présente, lundi à 16 heures, sa démission, au président. » Celle-ci sera acceptée donc hier, le temps de trouver un remplaçant au général de Villiers, en la personne du général Lecointre.

Petit chef ?

Alors, avalanche de commentaires ce matin dans la presse… Beaucoup voient dans cette affaire le triste résultat d’une crise d’autoritarisme de la part du président…

Pour Libération, « ce " silence dans les rangs " disproportionné qu’on impose à la Grande Muette, mais aussi aux marcheurs et aux hauts fonctionnaires, n’est pas un bon présage. Il peut être le signe d’un pouvoir qui monterait à la tête d’Emmanuel Macron. Ou, plus grave, celui d’un président incapable d’accepter la moindre critique. Cela fait trois mois qu’Emmanuel Macron n’est plus à la tête d’un petit commando prêt à casser tous les codes pour parvenir au pouvoir, conclut Libé. Il est président de la République, et il va être temps pour lui de grandir un peu. »

Le Figaro enchaîne : « jusqu’ici, Emmanuel Macron avait impressionné, urbi et orbi, par la justesse de ses mots comme de ses actes. Et là, d’un coup, c’est Jupiter au bureau. Un président qui se comporte comme un petit chef de service obligé de rappeler… qu’il est le chef. […] Au-delà de la défiance si vite installée dans le monde militaire, Emmanuel Macron a choqué l’opinion, estime encore Le Figaro. Il y a quelques années encore, on pouvait " se payer " les armées en toute impunité. Ces temps-là sont révolus. Les Français savent à qui ils doivent leur liberté et la protection de leurs enfants. »

Non, chef des armées !

Pour d’autres journaux, il n’y a pas de quoi fouetter un chat…

A l’instar de la Dépêche du Midi : « certains ont considéré que le Président aurait péché par excès d’autoritarisme, alors qu’il rappelait simplement cette évidence républicaine : le chef de l’État est aussi le chef des Armées (article 15 de la Constitution). En conséquence, poursuit La Dépêche, le général vient d’appliquer le fameux axiome cher à Jean-Pierre Chevènement : fermer sa gueule ou démissionner. Pour l’avoir trop ouvert, il a rendu son képi. Fin de crise, rompez les rangs ! »

« Où le général de Villiers est-il allé pêcher qu’il pouvait se laisser aller à étaler ainsi ses états d’âme en place publique ?, s’interroge Le Républicain Lorrain. La démission étant par définition un pistolet à un coup, Pierre de Villiers aurait dû y réfléchir avant que de se tirer magistralement une balle dans le pied. »

La Croix tente de calmer le jeu en pointant des maladresses de part et d’autres… « Pierre de Villiers était en droit, devant une commission parlementaire, de faire part de ses inquiétudes sur les coupes budgétaires, il a eu tort de le faire avec une liberté de ton peu appropriée à la fonction. Quant au président de la République, s’il a eu raison de rappeler que c’était lui le " chef " des armées, il aurait pu le faire de manière plus affable. »

En tout cas, conclut La Nouvelle République du Centre-Ouest, « la méthode d’Emmanuel Macron pour résoudre les conflits, sans retenue, en imposant le rapport de force, se fait jour. Que ce soit pour écarter des ministres ou recadrer ses troupes, le chef de l’État ne fait pas dans le sentiment. Il promet que seul l’intérêt du pays l’anime. Et il lui faudra des résultats. Sinon les Français n’y verront alors que des crises d’autorité. »

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