Revue de presse française

A la Une: Macron, la rentrée médiatique du président

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Emmanuel Macron, le 31 août 2017.
Emmanuel Macron, le 31 août 2017. REUTERS/Philippe Wojazer

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A la veille de la présentation des ordonnances réformant le droit du travail en France, le président s’est longuement confié à l’hebdomadaire Le Point. Intitulé « le grand entretien », cette interview a sonné la rentrée politique comme la cloche sonne celle des classes.

Evénement médiatique, en effet, car l’hebdomadaire assure que les ventes de ce numéro ont explosé. Mais aussi, donc, événement politique, car en se pliant à cet exercice de communication, Emmanuel Macron avait probablement en tête d’enrayer sa chute dans les sondages.

Que contient cet entretien ? Beaucoup a déjà été détaillé. Retenons d’abord la tonalité. Le président parle comme en majesté. Les références également, à Paul Valéry, mais aussi à Levinas, et certains observateurs ont cru y déceler une forme de « droitisation » du discours d’Emmanuel Macron. « Nous devons renouer avec l’héroïsme politique, déclare ainsi le chef de l’Etat (…) retrouver le sens du récit historique. (…) Nous devons redevenir un pays fier (…), je crois, en la reconstruction de notre héroïsme politique », énonce-t-il dans Le Point.

Au sujet, la réforme du droit du travail, le président assure que « le but de l’action n’est pas de réformer le Code du travail ou de réduire les déficits publics (…). Ce sont des moyens, des instruments pour parvenir à autre chose : la libération des énergies ».
Emmanuel Macron en est persuadé, « nous vivons un mouvement inéluctable de transformation du travail, car nous sommes entrés dans une économie de l’innovation, des compétences et du numérique (…) c’est une révolution copernicienne », dit-il encore au journal Le Point.

S’agissant de la réforme à venir de l’assurance-maladie, le président tourne en quelque sorte le dos au pacte de 1945, celui du Conseil de la résistance, en déclarant à ce même-journal que la maladie et le chômage sont devenus « des risques sociétaux qui justifient la solidarité nationale. Il faut donc les financer par l’impôt et non par des cotisations sur le travail ».

A l’université, Emmanuel Macron l’annonce, « on ne tirera plus les gens au sort ! » Le chef de l’Etat évoque également les « mérites » des « gens » et, au passage, égratigne son prédécesseur François Hollande, auteur de « surconsommations de crédit » au premier semestre et « d’insincérités » budgétaire, énonce Emmanuel Macron dans cet hebdomadaire.

Macron : la France en majesté

Le président, dans cet entretien, parle également de politique étrangère. Avec tout d’abord une ambition présidentielle, « la France doit redevenir une grande puissance tout court », en référence à la vision de l’ancien président Giscard d’Estaing qui disait que la France devait se résoudre à n’être qu’une « grande puissance moyenne ».

Au Proche et Moyen-Orient, « l’Occident s’est perdu dans un interventionnisme moral intempestif, estime Emmanuel Macron, ainsi qu’en Afrique du Nord, durant les 10 dernières années » (François Hollande appréciera).

Et il le déclare au Point, « il faut en finir avec ce néoconservatisme mal digéré qui nous conduit à interférer dans la politique domestique des autres pour nous retrouver ensuite isolés », en référence la Libye et la Syrie, où « cela nous a menés à des échecs cruels », selon lui.

Pour conclure, le président confesse que la France est un pays « qui se réforme moins qu’il ne se transforme dans des spasmes soudains ». Quant à sa chute dans les sondages, « Je vais devoir vivre pendant des mois avec l’impatience du peuple », soupire Emmanuel Macron dans ce grand entretien publié par Le Point.

Macron : le toboggan

Une « impatience du peuple » qui s’est du reste confirmée cette semaine. La cote de popularité du président dégringole tant et plus. Selon un sondage Kantar Sofres pour Le Figaro Magazine, Emmanuel Macron enregistre une chute de 13 % de son indice de « confiance » en septembre par rapport à juillet dernier, passant de 54 à 41 % de satisfaction, 52 % des Français ne lui faisant « pas confiance », indique Le Fig Mag. Un vrai toboggan !

Lueur d’espoir, les Français se disent plus optimistes. Le Journal du Dimanche publie ce matin un sondage IFOP qui a probablement de quoi enchanter Emmanuel Macron. Le mois dernier, 45 % des Français se déclaraient en effet « optimistes pour leur avenir », alors qu’ils n’étaient que 28 % dans cet état d’esprit au tout début de l’année. Comparé à août 2012, au début du quinquennat de François Hollande, c’est 13 points de mieux.

Mais c’est 5 de moins qu’en août 2007, sous le mandat de Nicolas Sarkozy et 20 de moins que sous le deuxième quinquennat de Jacques Chirac en août 2002. Cette enquête révèle aussi des fractures profondes entre les Français enchantés par Emmanuel Macron, de loin les plus « optimistes », parmi les jeunes et les personnes les plus aisées notamment, et les autres, c’est-à-dire les aînés ou encore les ouvriers.

Wauquiez : le cauchemar des bobos

Pendant ce temps, à droite, Laurent Wauquiez, qui s’est, cette semaine, déclaré candidat à la présidence du parti Les Républicains, enregistre un premier ralliement de poids, celui de Virginie Calmels. Première adjointe du maire de Bordeaux Alain Juppé et proche parmi les proches de cet ancien Premier ministre chiraquien, elle le dit au Journal du Dimanche : « Je rejoins (Laurent Wauquiez). Je suis juppéiste. Je suis libérale. Et je l’assume ».

Dans ce même JDD, Laurent Wauquiez déclare que son « pire ennemi, c’est le petit milieu parisien. Mais ils sont partis chez Macron, ajoute-t-il ; la reconstruction de la droite ne passera pas par eux ». Encore une fracture. Quelle rentrée !

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