Revue de presse Afrique

A la Une: David Maraga, ce héros!

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David Maraga (au centre de la photo), président de la Cour suprême du Kenya.
David Maraga (au centre de la photo), président de la Cour suprême du Kenya. REUTERS/Baz Ratner

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Son nom revient dans toutes les conversations politiques sur le continent : David Maraga, le président de la Cour suprême du Kenya, qui invalidé l’élection présidentielle, fait figure de héros de la démocratie. Et en premier lieu, bien sûr, dans son pays.

Le Standard à Nairobi publie un long portrait de ce juge, animé selon ses propres dires, par sa « passion de la Justice » et par « sa foi en Dieu ». David Maraga avait « surpris, rappelle le quotidien kenyan, lorsqu’il s’était présenté devant la commission judiciaire chargée d’examiner son profil pour accéder au poste de président de la Cour suprême. Il avait alors juré sur une Bible qu’il n’avait jamais reçu et qu’il ne recevrait jamais de pot-de-vin. Il s’était alors défini comme une personne qui craint Dieu et qui s’efforce de rendre la justice pour tous, indépendamment de leur statut dans la société. » Et en effet, constate Le Standard, puisque « le président de la Cour suprême est donc le premier juge, avec ses cinq collègues, à avoir annulé l’élection d’un chef d’Etat africain sortant. »

« Courageuse, audacieuse, historique… »

Dans nombre de médias du continent, c’est l’euphorie

Pour L’Observateur Paalga à Ouaga, « c’est une retentissante leçon d’indépendance de la Cour suprême kenyane. Courageuse, audacieuse, historique… les observateurs ne manquent pas de qualificatifs élogieux pour décrire la décision d’invalidation de l’élection présidentielle du 8 août dernier. En effet, cette première en Afrique est assurément une affirmation de l’indépendance du pouvoir judiciaire par rapport à l’exécutif, un cri de liberté des juges qui résonne bien au-delà du Kenya. Comme on voudrait qu’en matière de contentieux électoral, à la suite de cet exemple kényan, » plus rien ne soit comme avant+ sur le continent ! »

Ledjely.com en Guinée est encore sous le choc… « Quatre jours après, on peine encore à le croire. Inattendue et totalement inenvisageable avant le 1er septembre dernier, la décision d’invalidation des résultats de la présidentielle du 8 août par la Cour suprême kenyane passe encore pour un rêve. Parce que personne n’était assez fou pour s’imaginer qu’une institution soit aussi naïve pour contrarier un président sortant. Tout au contraire, en Afrique, les instances en charge de la validation des scrutins avaient tendance à entériner les résultats les plus invraisemblables. En cela, l’exemple gabonais est illustratif. Mais désormais, pointe le site guinéen, il y a une rupture et un précédent. Et à l’image de la révolution burkinabè, du procès-symbole d’Hissène Habré et de la chute tout aussi surprenante de Yahya Jammeh, la courageuse et symbolique décision du juge Maraga est un de ces gestes qui, en Afrique, permettent d’espérer, au-delà de toutes les vicissitudes. »

Effet boule de neige ?

Et en effet, de nombreux opposants sur le continent « encensent l’exemple kenyan », pointe Jeune Afrique. « “Si cela est arrivé au Kenya, cela peut arriver aussi au Zimbabwe”, a lancé samedi devant des milliers de partisans Morgan Tsvangirai, le leader de l’opposition. (…) Charles Nditije, président de la coalition Cnared, qui regroupe la quasi-totalité de l’opposition burundaise, a salué “le courage exceptionnel des juges de la Cour suprême du Kenya”. En Ouganda, voisin est-Africain du Kenya dirigé depuis 1986 par Yoweri Museveni, l’opposant Kizza Besigye, arrêté à de nombreuses reprises avant, pendant et après la présidentielle controversée de février 2016, a exhorté “la justice ougandaise à apprendre de son homologue kényane”. » Et la liste ne s’arrête pas là… Jeune Afrique rapporte également l’enthousiasme des oppositions en Guinée, en Tanzanie ou encore au Rwanda.

Pas de menaces !

Reste que sur place, au Kenya, la tension est très forte. Le président sortant, Uhuru Kenyatta, qui avait dans un premier temps adopté un ton conciliant face au verdict de la Cour suprême, a rapidement durci le ton, qualifiant les juges de la Cour suprême d’« escrocs ».

Attention, prévient Le Daily Nation à Nairobi, « le président Uhuru Kenyatta et son adjoint William Ruto se sont mis sur un chemin dangereux en menaçant et en intimidant le pouvoir judiciaire. (…) Les Kenyans n’accepteront pas d’être ramenés à l’époque sombre de l’intimidation et de la répression. La coercition et la tactique des gros bras par l’administration sont des choses du passé. De nouvelles élections sont prévues dans les 60 jours et la seule chose que le président Kenyatta et son équipe devraient faire, conclut Le Daily Nation, c’est s’organiser pour contester et mobiliser leur électorat. Les insultes et les menaces sont inacceptables. »

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