Chronique des matières premières

La Turquie menace de fermer son oléoduc au Kurdistan irakien

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le champ pétrolier et l'usine de Tawke, dans la région kurde autonome, en Irak.
le champ pétrolier et l'usine de Tawke, dans la région kurde autonome, en Irak. ©SAFIN HAMED/AFP

En menaçant de fermer son oléoduc au Kurdistan irakien, la Turquie rappelle à la région indépendantiste voisine, que son avenir dépend d'Ankara.

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La Turquie menace de fermer son oléoduc au pétrole kurde le jour même où le Kurdistan irakien organise son référendum d'autodétermination. Les Kurdes d'Irak rêvent de ne plus dépendre de Bagdad pour le paiement de leur pétrole, mais ils ne peuvent pas se passer de la Turquie pour écouler le pétrole des champs de Tawke et de Taq Taq, leur territoire est totalement enclavé. Il n'est pas question que le pétrole kurde traverse toute la Syrie vers l'Ouest.

La quasi-totalité de la production pétrolière kurde, 550 000 barils par jour, part donc vers le nord, vers la Turquie, et c'est un oléoduc turc de plus de 700 km qui achemine ce pétrole kurde vers Ceyhan, le port méditerranéen de Turquie.

« Recep Tayip Erdogan, le président turc, rappelle donc au gouvernement kurde irakien que la Turquie a droit de vie ou de mort sur l'économie du territoire indépendantiste », résume Philippe Sébille-Lopez, de Geopolia. Ankara n'a pas envie que l'initiative politique des Kurdes d'Irak fasse tache d'huile chez les Kurdes de Turquie. Le gouvernement turc est plus largement en position de force pour négocier l'avenir de ses relations avec le Kurdistan d'Irak, que ce territoire devienne ou pas, réellement indépendant un jour.

Mais la Turquie ne veut pas pour autant rompre avec Erbil. Et elle a plutôt intérêt à voir le territoire kurde d'Irak prospérer puisque « plus de 1000 entreprises turques y ont investi, rappelle Pierre Terzian, de Pétrostratégies, dont la compagnie Genel, dans les hydrocarbures du Kurdistan ». La Turquie encaisse aussi au passage les droits de transit du pétrole kurde, et elle a besoin de gaz. Ankara a donc plutôt intérêt à voir les infrastructures se développer pour acheminer le pétrole kurde et bientôt les condensats gaziers du gisement kurde de Miran.

La proposition de Rosneft, le géant russe du pétrole, la semaine dernière, allait bien dans ce sens : augmenter les capacités de l'oléoduc turc actuel, et créer des infrastructures pour le gaz kurde, « De quoi acheminer en Turquie 30 milliards de m3 de gaz, deux fois plus que ce que l'Azerbaïdjan fournit à l'Europe », souligne Pierre Terzian. Et de quoi transformer la Turquie en véritable « hub » gazier... grâce aux Kurdes.

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