Revue de presse Afrique

A la Une: le naufrage du Joola, 15 ans déjà

Audio 04:16
Le « Joola » assurait la navette entre Dakar et Ziguinchor. Il a sombré le 26 septembre 2002 au large de la Gambie. C'est l'un des naufrages les plus tragiques au monde.
Le « Joola » assurait la navette entre Dakar et Ziguinchor. Il a sombré le 26 septembre 2002 au large de la Gambie. C'est l'un des naufrages les plus tragiques au monde. AFP PHOTO

Publicité

« La capitale méridionale du Sénégal, Ziguinchor, a commémoré, hier mardi, le 15e anniversaire du naufrage du bateau le Joola, relève Enquête à Dakar. Dépôt de gerbes de fleurs au cimetière de Kantène et à la gare maritime d’où est parti le navire, avant de sombrer au large des côtes gambiennes. (…) Ce naufrage, considéré comme l’une des plus grandes catastrophes maritimes de l’histoire de l’humanité, avait fait plus de 2 000 morts », rappelle le journal.

Cérémonie du souvenir également à Dakar, pointe Enquête : « c’est dans la ferveur et la consternation que les familles des victimes ont célébré, Place du Souvenir, le quinzième anniversaire de ce drame. Les familles des victimes ont organisé, en hommage aux disparus, une journée de prières, mais aussi un panel portant sur le thème : "Le Joola, 15 ans après : amnésie ou banalisation ?" En la circonstance, elles ont dénoncé "la léthargie des autorités" et exigé que réparation soit faite. »

Et les attentes des familles des victimes sont nombreuses, note Walfadjri. Il y a le « renflouement de l’épave du navire qui git à des dizaines de mètres de profondeur et à une quarantaine de kilomètres des côtes, afin de permettre aux familles des victimes d’offrir une sépulture digne à leurs proches disparus ».

Il y a aussi « le respect du caractère rétroactif de la loi déclarant pupilles de la Nation des orphelins du Joola et qui laisse en rade injustement plus d’un millier d’ayants droit. »

« Et surtout, relève encore Walfadjri, il y a la recherche de la vérité. Ce que les familles n’ont jamais cessé de réclamer, c’est que toute la lumière soit faite dans cette tragédie qui garde encore beaucoup de mystères, afin que les responsabilités soient situées et les auteurs sanctionnés, pour éviter que la disparition de plus de deux mille victimes soit versée dans le compte des pertes et profits. »

Irresponsabilité

En effet, fulmine Rewmi, toujours à Dakar, « ce drame, une vraie tragédie nationale, n’a fait que mettre au grand jour l’irresponsabilité de nos dirigeants. Les dirigeants de l’époque n’ont pas été à la hauteur pour secourir les naufragés. Les secours sont arrivés sur les lieux le lendemain dans l’après-midi. La Marine chargée de veiller sur la sécurité du bateau n’a pas fait correctement son travail. Il s’en est suivi une conspiration du silence avec, comme objectif, d’étouffer l’affaire (…) Rien n’a été tenté, s’insurge encore Rewmi, pour situer les responsabilités et sévir. Les responsables se la coulent douce encore pendant que nombre de populations, surtout du Sud, vivent avec un traumatisme sans assistance véritable. Les 10 millions de FCFA versés aux parents des victimes qui ont accepté est la seule action qui réconforte certains (…). »

Une justice muette

« Le dossier lui aussi englouti par la mer ? », s’interroge en écho Le Pays au Burkina. Le Pays qui relève que « la Justice s’est montrée incapable de démêler l’écheveau en désignant les coupables et en déterminant le degré de responsabilité des uns et des autres. En effet, sur le plan judiciaire, le dossier ouvert en France dans le cadre de ce naufrage qui comptait 18 Français parmi les victimes, a abouti à la prononciation d’un non-lieu. Pendant ce temps, au Sénégal, le dossier a été classé par la Justice parce que le Commandant a disparu. »

Et Le Pays de s’interroger : « comment comprendre qu’avec toute l’émotion, les dégâts matériels et humains que ce drame a créés, il n’y ait personne pour en endosser la responsabilité ? Et pourtant, il existe bien des règles en matière de transport et de navigation maritime au Sénégal. Sans oublier que toutes les sources s’accordent à reconnaître que le ferry était anormalement surchargé, certains estimant même que le nombre de passagers embarqués dépassait 4 fois la capacité du navire. »

Wakat Séra hausse encore le ton : « les autorités sénégalaises auraient voulu verser dans une aberration qui ne dit pas son nom et donner une caution totale à l’impunité qu’elles n’auraient pas fait mieux. Elles ont même franchi le Rubicon de l’illogisme en faisant porter au seul commandant du bateau, la responsabilité de cette tragédie. (…) 15 ans d’impunité, c’est assez !, s’exclame encore Wakat Séra. Et quel que soit le prix à payer, la justice doit être dite et les vrais responsables du drame du Joola punis afin que les âmes errantes des 2 000 morts du 26 septembre 2002 puissent trouver enfin le repos éternel. C’est aussi le moyen de permettre aux familles encore éprouvées de faire enfin le deuil des disparus. Plus que jamais, ce quinzième triste anniversaire du drame du Joola doit servir d’opportunité pour les dirigeants sénégalais de rendre justice aux naufragés. Et surtout plus jamais d’autres Joola ! »

it

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail