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Invité Afrique

Assassinat de Claude et Ghislaine: «L’Etat se soustrait à ses responsabilités»

Audio 05:27
Noël Mamère, député Europe Ecologie-Les Verts de Gironde.
Noël Mamère, député Europe Ecologie-Les Verts de Gironde. RFI

Notre invité Afrique ce matin, c'est Noël Mamère. L'ancien député était membre de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale en 2013 au moment de l'assassinat de nos collègues Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Quatre ans après les faits, il donne son sentiment sur cette affaire au micro de Pierre Firtion.

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RFI : Nous commémorons, aujourd’hui, le quatrième anniversaire de l’assassinat de nos deux collègues de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Les ravisseurs présumés ont pour la plupart été identifiés, mais aucun d’entre eux n’a été encore appréhendé. L’enquête en France n’avance que très lentement depuis quatre ans. Que vous inspire cette affaire ?

Noël Mamère : Elle m’inspire le fait que nous sommes devant une affaire d’Etat. Une de plus, malheureusement, où l’Etat se soustrait à ses responsabilités et on fait tout pour que la vérité et la justice n’apparaissent pas. Nous sommes face à deux journalistes qui ont été enlevés et assassinés quelque temps après la liberté des otages d’Arlit, qui travaillaient pour Areva au Niger. Nous savons aujourd’hui – et ça a été avéré, pas simplement par les reportages, mais par les enquêtes – que la rançon qui a été versée n’a pas été remise totalement à ceux qui devaient la recevoir, et que sans doute, nos deux amis journalistes, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, sont des dégâts collatéraux – si je peux m’exprimer ainsi – de cette triste affaire.Donc il y a beaucoup de responsables au plus haut niveau de l’Etat, qui sont en cause dans cette tragédie et qui, aujourd’hui, sont plus ou moins couverts par la justice. C’est une affaire qui mettra beaucoup de temps à trouver sa vérité, parce que, comme pour bien d’autres événements – je pense en particulier au génocide des Tutsis au Rwanda – les responsabilités de l’Etat sont aujourd’hui dissimulées.

C’est grave ce que vous dites là. Vous parlez d’affaire d’Etat. Vous voulez nous dire en gros que vous avez le sentiment que tout n’est pas mis en œuvre dans cette affaire pour faire éclater la vérité ?

C’est une réalité. Et devant les faits, nous sommes obligés de constater que tout n’est pas mis en œuvre pour que la vérité soit faite et pour que justice soit faite. C’est donc une sorte de mépris pour les familles de ces deux journalistes et de mépris pour l’ensemble de la profession. Je pense qu’aujourd’hui les journalistes font un travail, comme ils l’ont toujours fait, encore plus risqué peut-être qu’auparavant, vu une instabilité du monde – et vous le savez très bien, sur Radio France international – et que ces journalistes méritent au moins qu’on fasse la vérité lorsque se produisent des tragédies comme celle-ci.

Vous venez de nous dire que des responsables au plus haut niveau de l’Etat seraient directement concernés par cette affaire. Vous pensez à qui ?

Je ne suis pas ici pour livrer des noms. Nous savons aujourd’hui, c’est avéré, qu’il y a un lien entre la libération des otages d’Arlit et la rançon qui a été versée et l’enlèvement et exécution des deux journalistes. Nous savons qu’un certain nombre de gens, et pas les plus recommandables, ont géré de manières diverses la remise de cette rançon. Et tout cela a été couvert par les responsables au plus haut sommet de l’Etat autour de l’ancien président de la République, monsieur Sarkozy.

Vous suspectez la France de vouloir protéger certains de ses intérêts dans cette zone ? C’est ce que vous voulez nous dire ?

Il y a plusieurs éléments dans cette tragédie. Nous avons parlé de la libération des otages d’Arlit et de la rançon dont la totalité ne serait pas parvenue à ceux qui la réclamaient et qui auraient entraîné, justement, cet enlèvement et cette exécution sommaire des deux journalistes. Mais nous savons aussi que cette zone est une zone très importante pour l’industrie française et en particulier pour l’industrie nucléaire. Puisque c’est au Niger que se trouvent les principales mines d’uranium et qu’en France, il n’y a pas un gramme d’uranium à exploiter pour nourrir nos centrales nucléaires. Donc il y a évidemment des intérêts, de la même manière que nous savons que dans cette zone subsaharienne, il y a aussi des recherches qui sont menées par de grands groupes pétroliers pour découvrir des gisements de gaz ou de pétrole.C’est une zone, effectivement, extrêmement sensible, qui a toujours été dans une sorte de domaine réservé de la France, sur laquelle nous n’avions pas de droit de regard. Je pense qu’il est temps de s’y intéresser. De s’intéresser sur la question de savoir pourquoi la France est intervenue au Mali, aux motifs qu’il s’agissait d’arrêter les jihadistes qui fondaient sur Bamako. Je pense qu’aujourd’hui nous voyons bien que – comme nous étions très rares à le dire, très, très peu à le dire – nous sommes dans une opération de gendarmerie de la France sur ses anciennes colonies.

Le 2 novembre, c’est désormais la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes. Une journée, malheureusement très utile. Depuis le début de l’année, une cinquantaine de journalistes ont été tués à travers le monde. Près de 300 sont actuellement en prison. C’est toujours aussi compliqué d’exercer son métier de journaliste dans certaines régions du globe ?

C’est toujours très compliqué. Il y a toujours des terra incognita, des zones d’ombre, des zones dont on ne parle jamais et où les journalistes essaient d’aller éclairer l’opinion. C’est ceux-là qui prennent beaucoup de risques pour que nous sachions ce qui se passe dans le monde et qu’il n’y ait plus de terres inconnues, là où des hommes et des femmes souffrent, où il y a des damnés de la terre, comme les appelait Frantz Fanon. C’est la noblesse de notre métier que d’aller là où on cache la lumière. Et ça implique des risques, y compris celui de sa vie ou de sa liberté. Je pense que c’est la noblesse du métier de journaliste et il y aura toujours, toujours, aussi longtemps que l’humanité sera sur cette terre, des risques pour les journalistes qui veulent faire leur métier de donner à voir pour faire comprendre un peu mieux le monde.

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