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Turquie: les religieux désormais autorisés à célébrer des mariages civils

Audio 03:02
Le président turc Recep Tayyip Erdogan est favorable à la loi autorisant les religieux à célébrer les mariages civils. (Sur la photo, au palais présidentiel à Ankara, le 25 juin 2017).
Le président turc Recep Tayyip Erdogan est favorable à la loi autorisant les religieux à célébrer les mariages civils. (Sur la photo, au palais présidentiel à Ankara, le 25 juin 2017). REUTERS/Umit Bektas
Par : Anne Andlauer
6 mn

En Turquie, une loi controversée autorisant des religieux à célébrer les mariages civils est entrée en vigueur vendredi dernier (3 octobre). Le texte, porté par le président Recep Tayyip Erdoğan, suscite les craintes des défenseurs de la laïcité et des féministes. Pour en parler, Anne Andlauer est en direct d’Istanbul.

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D’abord, Anne, qu’est-ce qui change avec cette nouvelle loi ?

En Turquie, jusqu’ici, les choses étaient claires : une autorité civile célébrait le mariage civil, et une autorité religieuse le mariage religieux. Ce dernier, assez courant, est en général conduit par un imam, mais il n’a aucune valeur juridique. A l’inverse, le mariage civil, le seul reconnu par l’État dans cette République encore officiellement laïque, pouvait être célébré uniquement par un maire ou un autre officier d’état civil.

Avec ce texte, les muftis sont désormais autorisés à célébrer eux aussi des unions civiles. Les muftis turcs sont diplômés des facultés de théologie et employés par la présidence des Affaires religieuses, la Diyanet, une institution dépendant du Premier ministre. C’est elle qui forme, nomme et salarie les personnels religieux - musulmans sunnites, s’entend - dont les muftis, spécialistes du droit religieux. Désormais, il est donc possible à un couple qui le souhaite de célébrer son union religieuse et civile en même temps, sous l’autorité d’un mufti.

Le président Recep Tayyip Erdoğan a lui-même souhaité cette mesure. Comment la justifie-t-il ?

Recep Tayyip Erdoğan n’aime rien tant que d’encourager les débats qui divisent la société turque. Selon son raisonnement, les muftis sont des fonctionnaires, il est donc « naturel » qu’ils aient aussi le droit de célébrer des mariages. Les autorités turques font également valoir que les couples conservent le choix de s’unir civilement devant un maire et de ne pas se marier religieusement. Ou bien de se marier civilement devant un maire, et religieusement devant un imam. Bref, que ce texte n’enlève rien à personne, et ne ferait que donner un droit supplémentaire aux couples qui le souhaitent.

Pourtant, Anne, une partie de l’opposition turque a farouchement dénoncé la mesure…

Elle y voit un énième coup porté au principe de laïcité et un nouvel effort du pouvoir pour « islamiser » les institutions de la République, comme l’école ou ici, le mariage.

Ce changement pourrait aussi, craignent les associations féministes, encourager le mariage de mineurs, notamment de jeunes filles. C’est illégal, en théorie, mais on sait que certains imams sont peu regardants sur l’âge de la mariée au moment de célébrer un mariage religieux. La crainte est que des muftis soient tentés d’agir de même lors de la double célébration, civile et religieuse. Les autorités avancent évidemment l’argument inverse : cette mesure permettra, selon elles, de mieux contrôler les mariages religieux.

Dernier argument des opposants : cette mesure créerait une discrimination entre les Turcs musulmans sunnites et ceux d’autres confessions. Car jusqu’à preuve du contraire, les rabbins ou les prêtres turcs ne sont pas autorisés à célébrer des mariages civils.

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