Accéder au contenu principal
Invité Afrique

Victor Magnani (Ifri): au sein de l'ANC, une «délicate mission de réconciliation»

Audio 05:27
Victor Magnani, chercheur à l'IFRI, l'Institut français des relations internationales.
Victor Magnani, chercheur à l'IFRI, l'Institut français des relations internationales. © IFRI

En Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa peut nourrir l'espoir de devenir le prochain chef de l'Etat. Lundi 18 décembre, il a gagné d'extrême justesse la bataille pour la présidence de l'ANC. Le parti de Nelson Mandela va-t-il survivre à cette élection très disputée ou va-t-il se couper en deux ? Victor Magnani est chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri). Récemment, il a publié, dans la revue Politique étrangère, « L'ANC ou le difficile exercice du pouvoir ». Lundi, il était dans la salle surchauffée où Cyril Ramaphosa a gagné. En ligne de Johannesburg, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

Publicité

RFI : Victor Magnani, est-ce que vous êtes surpris par les résultats ?

Victor Magnani : Écoutez, le nom du nouveau président de l’ANC n’est pas aussi surprenant que ça, on pouvait s’y attendre en raison du nombre de délégués que monsieur Ramaphosa avait obtenu lors des élections autant des branches provinciales et régionales. En revanche c’est très serré, on savait que ces élections se joueraient à peu de voix près, c’est effectivement le cas. On est face à un parti qui est très divisé et ces nominations pour les autres positions sont également très révélatrices de cet écart très étroit entre les deux factions qui s’opposaient : celle de Ramaphosa et celle de Dlamini-Zuma.

On a vu Cyril Ramaphosa dans les quelques minutes qui ont suivies son élection, il avait l’air très ému, il avait les larmes aux yeux, est-ce que vous confirmez ?

Oui, tout à fait. Il faut savoir que Cyril Ramaphosa est une figure historique de l’ANC, il a fait partie de l’équipe de l’ANC qui a participé aux négociations post-apartheid. Il a été très proche de Nelson Mandela lorsque celui-ci était à la tête du pays, il était même considéré comme le successeur de Nelson Mandela, mais il a perdu la lutte de succession aux profits de Thabo Mbeki, et donc Cyril Ramaphosa s’était retiré de la vie politique. C’est donc une longue traversée qui l’a conduit à son élection aujourd’hui.

Donc 18 ans après, c’est sa revanche ?

Une revanche je ne sais pas, en tout cas c’est une consécration.

Et on a vu le camp de Nkosazana Dlamini-Zuma, les gens étaient effondrés, ils y ont cru jusqu’au bout ?

Oui bien sûr, ils y croyaient. Ils ont bien fait d’y croire d’ailleurs puisque les résultats sont très serrés. Je crois que ça illustre encore une fois la fragmentation entre deux factions qui s’opposaient de manière vraiment frontale. Le nouveau président de l’ANC est face à une situation délicate, il va être difficile pour lui de réconcilier ces factions et d’obtenir une unité au sein du parti.

Est-ce que les deux adversaires se sont congratulés après l’annonce des résultats ou est-ce qu’ils se sont ignorés ?

Ils se sont congratulés, Nkosazana Dlamini-Zuma et Cyril Ramaphosa se sont congratulés peu après que les résultats aient été reçus. En revanche au sein de la salle de conférence, les réactions étaient beaucoup plus mitigées. On a vu les réactions, il a paru le visage de madame Dlamini-Zuma à un moment donné affiché sur l’écran géant de la salle, celle-ci était encouragée de manière très enthousiaste par toute une partie de la salle, quelques secondes après le visage de Cyril Ramaphosa a été projeté sur l’écran géant et cette fois-ci il a été sifflé, c’est quand même très surprenant et révélateur des tensions qui existent effectivement dans ce parti.

Alors ce que vous appelez « ces tensions, ces divisions » ça correspond a deux lignes politiques très différentes ou simplement deux personnalités différentes ?

On a un candidat, Cyril Ramaphosa, qui a manifesté beaucoup plus d’ouverture en dehors du parti, notamment auprès de l’alliance tripartite et le parti communiste et la confédération syndicale sud-africaine, mais également Cyril Ramaphosa est un personnage qui rassure la communauté internationale. Ce qui n’est pas le cas de madame Dlamini-Zuma qui était décrite parfois avec un petit peu de caricature comme la continuité absolue de Jacob Zuma jusqu’à présent.

Sur le dossier de la corruption, vous avez senti une différence entre les deux candidats ?

Cyril Ramaphosa était très clair lors des deux dernières semaines de sa campagne sur le fait qu’il voulait nettoyer le parti, ce qui est une position assez tranchée. Nkosazana Dlamini-Zuma, elle a pâti du fait d’avoir le même nom que son ex-mari, elle était donc associée à la continuité d’un certain système.

Alors maintenant que Cyril Ramaphosa est élu, est-ce que le parti va rester uni ou est-ce que le parti va éclater ?

C’est tout l’enjeu des mois, des années qui vont suivre, je crois que Cyril Ramaphosa est face à un dilemme assez évident, d’une part il doit restaurer l’image du parti, et d’autre part il doit assurer la stabilité de son parti. Ce sont deux phénomènes finalement qui sont contraires, puisque beaucoup de personnalités au sein du parti sont suspectées d’avoir été dans des affaires de corruption, il va falloir observer si Cyril Ramaphosa est capable de nettoyer le parti comme il a ambition de le faire et en même temps préserver son unité.

Jacob Zuma perd un grand parti de son prestige et son pouvoir depuis ce lundi 18 décembre ?

Oui, en tout cas il a perdu son prestige depuis longtemps, il a perdu son pouvoir hier et ayant perdu la tête de son parti. Il faut savoir que Cyril Ramaphosa ne prendra pas les décisions seules, il faudra voir qui sera élu dans les instances nationales notamment la Commission nationale de l’ANC, mais en fonction des personnes qui seront élues dans cette commission, on pourra avoir une idée aussi des rapports de forces des factions.

Est-ce que l’ANC est en mesure à nouveau des gagner les élections générales de l’année prochaine ou de 2019 ?

En tout cas, il est évident que Jacob Zuma cristallisait beaucoup de critiques, il représentait une sorte de déclin morale de l’institution ANC. Le fait de changer la tête de ce parti aura des conséquences en termes de crédibilité. Il sera intéressant également de voir quelle sera l’attitude des partis d’oppositions, la nouvelle équipe dirigeante de l’ANC, l’Alliance démocratique qui est le premier parti d’opposition, mais aussi l’EFF, l'Economic Freedom Fighters, qui a toujours une position radicale vis-à-vis de l’ANC, mais peut-être davantage vis-à-vis de Jacob Zuma. Il faudrait voir quelle est la position de l'EFF vis-à-vis de Cyril Ramaphosa.

Le parti de Malema [l'EFF, ndlr] ?

Le parti de Julius Malema oui.

Voulez-vous dire qu’avec Cyril Ramaphosa, l’ANC a plus de chance de conserver la majorité qu’avec Madame Dlamini Zuma ?

En tout cas elle en a plus qu’avec Jacob Zuma. Si Ramaphosa rassure notamment les milieux d’affaires, il rassure les classes moyennes sud-africaines, notamment les classes moyennes noires. En revanche, il a beaucoup moins de prise dans les zones rurales ce qui était le cas de Nkosazana Dlamini-Zuma, et on observait, lors des dernières élections municipales il y a deux ans que l’ANC était en net recul dans les centres urbains, mais qu'il était toujours extrêmement populaire dans les zones rurales, donc il faudra voir maintenant dans quelle mesure Cyril Ramaphosa parviendra à conserver le soutien des zones rurales et de redorer l’imagine de l’ANC au sein des zones urbaines.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.