Revue de presse Afrique

A la Une: la fin de l'exil pour Amadou Toumani Touré

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L'ancien président malien Amadou Touani Touré à son arrivée à Bamako après 5 ans d'exil.
L'ancien président malien Amadou Touani Touré à son arrivée à Bamako après 5 ans d'exil. AFP/Michele Cattani

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« Cinq ans, huit mois et six jours d’exil », précise le site Maliweb.

« L’ancien président de la République a regagné le Mali à bord de l’avion spécialement affrété par Ibrahim Boubacar Keita pour aller le chercher à Dakar. 11h45 : l’avion présidentiel du Mali s’immobilise sur le tarmac de l’Aéroport Modibo Keita, raconte Maliweb. Après quelques 20 minutes de discussion, on aperçoit ATT. D’un geste de la main, il salue la foule venue l’accueillir. Vêtu d’un boubou blanc, l’ancien président sera suivi de son épouse, elle aussi drapée dans un bazin bleu-ciel. Des proches de l’ancien président désirant lui serrer la main ne le verront pas. Il sera exfiltré par le protocole. Qui oublie du coup la délégation ministérielle confortablement installée dans le salon présidentiel. Des couacs qui n’ont pas gâché la fête pour des milliers de fans de l’ancien président amassés le long du chemin… ATT a été accueilli en chef d’Etat. »

Et aujourd8.net au Burkina revient sur ces cinq ans

« La chute d’ATT ce 22 mars 2012,  renversé par les bérets verts du capitaine Amadou Haya Sanogo. L’exfiltration du palais de Koulouba par les bérets rouges du camp de Djikoroni – son ancien corps de parachutistes. L’exil au Sénégal. Enfin, cette accusation infamante de “haute trahison” qui failli l’envoyer devant un tribunal n’eut été le refus des députés en décembre 2016. »

« Le putsch de 2012, rappelle Malijet, a précipité la déroute de l'armée face à la rébellion à dominante touareg et aux groupes jihadistes liés à Al-Qaïda dans le nord du Mali. Des groupes dispersés et en grande partie chassés par une intervention militaire internationale lancée en janvier 2013. Mais des zones entières du pays échappent encore au contrôle des forces maliennes, françaises et de l'ONU, régulièrement visées par des attaques meurtrières. »

Ce retour, note aujourd8.net, a été voulu et assumé par l’actuel chef de l’Etat malien

« ATT a saisi la perche tendue par IBK, poursuit le site d’informations. Et même s’il a cru bon de préciser que la politique ne serait plus sa tasse de thé , ATT le sait : son retour est éminemment politique, à l’aube d’une année électorale, avec la présidentielle qui se profile pour 2018. IBK, dont les quatre ans à la tête du Mali furent tout sauf les eaux tranquilles du Djoliba, sent que son dur désir de s’octroyer un second bail ne sera pas une promenade de santé et si en 2013 il osait même le slogan de campagne de "Takokélé!" (premier tour KO!), à cette présidentielle de 2018, il lui faudra mouiller plus ses bazins satinés pour espérer rempiler. »

« Scandales supposés ou réels, instabilité gouvernementale signe de difficultés pour trouver le “bon”, et surtout bilan qui laisse à désirer dans la lutte contre les jihadistes », avec selon Aujourd’8.net une « partition de fait malgré la présence de Barkhane et du retour timide d’un semblant d’Etat à Kidal, Tombouctou et Gao ».

« Si le RPM, le parti présidentiel, peut bénéficier de l’effet réconciliation qu’apportera le retour d’ATT, autant en profiter. Et IBK a pesé le pour et le contre de ce retour et sait qu’in fine les dividendes politiques lui seront bénéfiques. ATT ne fera sans doute pas la politique officielle mais rien que sa présence, ses réseaux (…) et les survivants de sa famille politique constituent des bastions électoraux dont le RPM serait idiot de ne pas profiter. »

Un général en cadeau de Noël, s’exclame Wakat SERA

« Il ne faut pas être un puissant analyste politique pour assimiler le retour d’ATT à un savant calcul politique d'IBK qui veut tirer large profit de son nouveau statut de sauveur de l’unité largement entamée de la nation malienne », écrit le site burkinabè.

« L’actuel locataire du palais de Koulouba qui a essuyé un échec cuisant dans sa tentative de modification de la constitution (…) a vu son image considérablement altérée. Ainsi à la veille de l’élection présidentielle de 2018 Ibrahim Boubacar Keïta lance l’opération séduction en essayant la potion magique de la réconciliation, afin de ratisser large. »

« Car, malgré le pénible exil sénégalais qu’il a entamé suite au coup d’Etat qui l’a chassé du pouvoir dans la nuit du 21 au 22 mars 2012, ATT garde une popularité certaine, au sein de l’armée ou de la population. Le général est également l’homme qui a remis le Mali sur les rails de la démocratie en organisant une conférence nationale et des élections suite auxquelles il a remis le pouvoir à un civil, Alpha Oumar Konaré. A coup sûr donc, malgré un retour au pouvoir marqué par une gouvernance souvent décriée, l’aura du "soldat de la démocratie" demeure, en témoigne la chaleur populaire qui a marqué son retour. »

« Mais s’il a été discret durant son séjour sénégalais forcé, Amadou Toumani Touré le restera-t-il à son retour au bercail?  Rien n’est moins sûr, même si dans la ferveur de retour à la maison, l’homme a donné comme gage de s’éloigner d’activité politique. A  moins que les conditions de son retour se résument simplement pour ATT à  s’emmurer dans un silence de mort et ne pas jouer à l’empêcheur de gouverner en rond. » Et Wakat Sera de conclure : « L’un dans l’autre, ce retour constitue un bon point pour le Mali qui continue de tituber sur la difficile route de la réconciliation. »

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