Revue de presse Afrique

A la Une: massacre en Casamance

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Casamance au sud du Sénégal (illustration).
Casamance au sud du Sénégal (illustration). Mathieu Damman/Wikimedia Commons

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« Barbarie ! », s’exclame en première page La Tribune à Dakar. « Treize personnes ont été tuées samedi dans la brousse de Borofaye, à Niaguiss, dans le département de Ziguinchor, par des hommes armés. Un carnage humain qui réinstalle la tension et sème l’indignation totale, poursuit le quotidien dakarois, dans une région longtemps en conflit et où le contexte est actuellement à l’accélération du processus de paix. (…) Treize morts. Treize jeunes innocents atrocement tués. Lâchement pris à partie !, soupire encore La Tribune dans son éditorial. Treize pères et soutiens de famille. Quelle horreur ! Mais pourquoi eux ? (…) Que personne ne nous dise que l’ange de la mort est passé par là. Il n’use pas d’armes à feu, lui au moins. Cette fois-ci, c’est un groupe de vingt personnes armées qui passe pour être des brigands de grand chemin. Des anges maléfiques d’une autre contrée qui se sont comportés tout simplement en lâches tueurs. »

Justement qui sont les assaillants ? Les regards se tournent vers les indépendantistes casamançais du MFDC. Un mouvement divisé et « son éclatement entre front nord et sud n’est pas pour arranger les choses, note Enquête, autre quotidien sénégalais. Dans neuf jours, sera célébré le onzième anniversaire du décès du chef historique du Mouvement, Abbé Diamacoune Senghor. Depuis sa disparition, trois chefs de guerre, Salif Sadio, César Atoute Badiate et Ousmane Gnantang Diatta ont atomisé le Mouvement et se partagent le maquis. Si les forces irrédentistes sont affaiblies, leur multiplicité ne facilite pas la tâche au pouvoir central sénégalais dans sa recherche d’un acteur avec qui négocier. »

Règlement de comptes ?

Autre piste, toujours selon Enquête : un règlement de comptes entre villageois défenseurs de leur environnement et coupeurs de bois clandestins.

« En effet, précise Ledjely en Guinée, il pourrait s’agir d’un règlement de compte entre des villageois défenseurs de la forêt de Bayottes et ceux qu’ils ont pris pour des braconniers. Cette explication s’appuie sur le fait que l’exploitation du bois serait désormais au cœur d’une grosse tension dans toute la région casamançaise. Redoutant les risques de la déforestation, certains se seraient érigés en protecteurs de la nature. Et de fil en aiguille, on en serait arrivé au drame de samedi dernier. »

Le Journal du Pays, journal casamançais en ligne, affirme pour sa part que « les victimes étaient des coupeurs de bois de teck et que, contactés par ses soins, les responsables du MFDC ont unanimement condamné la tuerie et ont présenté leurs condoléances aux familles. » Le MFDC qui a fait parvenir un communiqué à ce même journal, communiqué dans lequel le mouvement indépendantiste « demande aux autorités sénégalaises d’orienter leurs enquêtes vers le gouverneur de la région de Ziguinchor, le chef du service régional des Eaux et Forêts, le commandant de la Légion gendarmerie sud et le procureur de la République en poste à Ziguinchor. Ces derniers, affirment les indépendantistes, sont à la tête d’un vaste réseau de coupe clandestine et de vente illicite du bois de teck en provenance de la forêt du Bayotte. » Toujours d’après le MFDC, c’est une « vive rivalité » entre réseaux de coupeurs de bois qui serait à l’origine du drame.

Eléments incontrôlés ?

« Acte politique ou crapuleux ? », s’interroge Le Pays à Ouaga. « S’il s’agit d’un coup de semonce des combattants du Mouvement des forces démocratiques de Casamance, cette agression meurtrière pourrait doucher les espoirs d’une paix définitive dans la région qui se dessinait avec l’implication de la communauté Sant ’Egidio, depuis un certain temps, pour mettre fin à la rébellion indépendantiste armée qui perdure depuis 35 ans. (…) Par ailleurs, poursuit le quotidien ouagalais, il est aussi probable que cette barbarie de samedi, qui intervient dans un contexte de décrispation avec le rétablissement du dialogue entre les parties en conflit et la libération des prisonniers, soit le fait d’éléments incontrôlés du MFDC qui n’apprécient pas les contours du processus de paix en cours. (…) En attendant donc que la lumière soit faite sur ce massacre du 6 janvier, il faut rappeler que le Sénégal est depuis un certain temps sous la menace terroriste, rappelle encore Le Pays. C’est dire, conclut-il, que les Sénégalais n’ont pas besoin d’une reprise des hostilités en Casamance. »

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