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Mark Zuckerberg, un homme face aux critiques

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Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook.
Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook. Reuters/Norbert von der Groeben

C’était une folle semaine pour Facebook et son jeune PDG Mark Zuckerberg. Pris dans le scandale du détournement de millions de données d'utilisateurs du réseau social par la société britannique Cambridge Analytica, le groupe a dégringolé en bourse. Le jeune PDG de 33 ans a été convoqué pour s'expliquer devant la justice et les pouvoirs publics aux Etats-Unis et en Europe.

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Tout le monde, y compris le Congrès américain et le Parlement européen, attendait des explications de la part du créateur de Facebook. Mais après un long silence, « Zuck » a préféré se plier au traditionnel exercice des excuses, notamment sur CNN.

« C'est un abus de confiance très important et je suis vraiment désolé de ce qui s’est passé. Notre responsabilité est de faire en sorte que cela ne se reproduise pas », a expliqué le fondateur du réseau social.

On peut se demander si ça sera suffisant pour mettre fin à la défiance montante du public. Une situation qui rappelle une scène du film de David Fincher inspiré de sa vie, The social network. Le jeune Mark, petit génie de l'informatique à Harvard, passe en conseil de discipline pour avoir piraté et mis en réseau les photos de ses petites camarades, à leur insu.

« M. Zuckerberg. C'est un conseil de discipline. Vous êtes accusé de violation de sécurité, de droits d'auteur et de vie privée en créant le site "facemash.com". Avant l'interrogatoire, vous pouvez faire une déclaration. »

Et Mark Zuckerberg de répondre: « J'ai présenté mes excuses à toutes les femmes de Harvard qui semblent s'être senties insultées. Quant à la violation de sécurité, je mérite la reconnaissance de ce conseil. J'ai révélé des failles conséquentes de votre système. »

Mark Zuckerberg sûr de son génie, et imperméable à la notion de « vie privée ».

De quoi comprendre en partie le positionnement actuel de l’homme d’affaires, selon Christophe Deshayes, expert des transformations sociales et économiques liées au développement du numérique.

« Rien que ce passage-là, il est absolument éclairant. Il savait pertinemment qu'il faisait du hacking de système mais il trouvait que c'était beau, élégant. M Zuckerberg, il a été élevé comme ça, pensé comme ça. C'est pour ça qu'il est arrivé, lui avant tout le monde, à concevoir ce genre de chose. Il ne respecte absolument pas, fondamentalement et depuis toujours ni les copyrights, ni la vie privée. Il avait dit dans le passé: il n'y a pas de vie privée ! C'est sa manière de penser. »

C'est vrai que le PDG de Facebook, aux millions d'amis sur le réseau social, s'affiche régulièrement en famille et en direct.

Mais dans cette crise sans précédent, la confiance paraît s'éroder autour du réseau social, qui a été un véritable réceptacle de « fake news » pendant la campagne américaine de 2016. Ce qui a offert de ce fait un boulevard à Donald Trump.

Mark Zuckerberg va-t-il revoir le modèle de son groupe pour mieux protéger le public et ses données personnelles ? Difficile de le croire pour l’analyste Christophe Deshayes. « C'est carrément dans les gènes de Facebook. Et là, on peut avoir un doute sérieux sur les capacités de Zuckerberg et de Facebook, non seulement à comprendre mais à admettre et à trouver la solution, parce que la solution n'est pas simple. Parce que le futur qui est radieux qui nous est présenté, il repose quand même beaucoup sur ces paradigmes de multitudes de données. Si vous coupez ce fil, on le remplace par quoi ? Il y a des solutions, mais ces solutions vont ramener beaucoup beaucoup beaucoup moins d'argent et là ça devient plus compliqué ! »

Dur de réformer en profondeur le système sans mettre à mal ce juteux business.

Quant à la « photo de profil » de Mark Zuckerberg, elle est sévèrement écornée. Il y a quelques mois encore, il s'affichait sur le réseau dans une ferme, dans des restaurants de l'Amérique profonde. La presse américaine s'est empressée d'y voir le signe d'une ambition présidentielle pour 2020. Inutile de dire donc que l'ancien hacker n'avait pas besoin de ce scandale.

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