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Winnie Mandela: Denis Goldberg souligne «sa grandeur, malgré ses faiblesses»

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Winnie et Nelson Mandela à Johannesburg en février 1990.
Winnie et Nelson Mandela à Johannesburg en février 1990. Getty Images

De nombreuses personnalités se sont succédé à son domicile de Soweto pour lui présenter leurs condoléances. Ainsi que de nombreux anciens vétérans de la lutte d’indépendance qui ont rappelé les sacrifices personnels de cette femme. Denis Goldberg est l’une des neuf personnes à avoir été condamné à la prison à vie auprès de Nelson Mandela en 1964. Âgé aujourd’hui de 84 ans, il rappelle les sacrifices de cette femme.

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Denis Goldberg : Winnie Madikizela-Mandela était une des personnes les plus admirables. Elle était pleine de vie, courageuse, déterminée. Elle a réussi à tenir malgré toute la souffrance qu’elle a endurée.

Vous savez, le prix de la liberté est très élevé. Ça ne tombe pas comme ça du ciel, il faut se battre, c’est beaucoup de souffrances, de séparations. Et c’était encore plus dur pour elle. Elle était constamment le centre d’attention.

Elle était victime de la haine et de la colère de la police, de ceux chargés de l’interroger qui essayaient de la casser moralement. Ils ont attaqué sa vie privée, ils ont monté une équipe de foot autour d’elle - qui s’est livrée à des activités criminelles - pour essayer de la discréditer et affaiblir Nelson Mandela. Toutes ces attaques, elle a dû y faire face seule.

RFI : Vous parlez de harcèlement, mais elle a également été arrêtée à plusieurs reprises, et mise en cellule d’isolement.

Oui ! Les arrestations, la détention, la séparation. Et surtout la brutalité avec laquelle elle a été traitée. À certains moments quand elle était arrêtée, elle a dû laisser ses enfants à sa famille. Cela a été très dur pour elle et ses enfants.

Et puis elle a été interrogée jour après jour. À un moment, elle a été emprisonnée pendant 491 jours. Ça l’a durci, l’a rendue amère. Et c’est très dur de s’en remettre.

Je le sais d’expérience, j’ai été arrêté en même temps que Nelson Mandela et j’ai passé 22 ans en prison. Nelson Mandela est arrivé à s’en remettre plus facilement qu’elle. À eux deux, ils représentaient le plus remarquable chez l’être humain, mais également les faiblesses de gens qui tentaient de survivre contre un régime très brutal.

Elle a commis des erreurs, mais on n’est pas des machines, des robots. Sous la pression du moment, on fait des fautes, mais c’est sa capacité à se relever que j’admire le plus chez elle.

Vous pensez que ces années de harcèlement et de détention ont contribué à ce qu’elle est devenue ?

Je pense que les années de lutte et l’emprisonnement de son mari l’ont changée.

C’est-à-dire, cela l’a poussée à prendre des positions un peu extrêmes ?

Oui, tout à fait, je le pense. Des fois, je me suis dit que ses réactions étaient extrêmes. Mais c’était de la défiance, du courage, le refus d’être battu. Et elle a réussi à survivre à tout ça.

Vous voulez dire qu’il fallait être dur pour survivre au régime d’apartheid ?

Absolument, il fallait être dur, dur comme fer. Mais je pense que beaucoup de gens l’aimaient et lui ont pardonné ses erreurs. Mais je veux souligner sa grandeur, malgré ses faiblesses. On a tous des faiblesses. Personne n’est parfait.

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