Chronique des matières premières

Etats-Unis: Donald Trump reporte l'application de la «taxe acier»

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Le président américain Donald Trump avait signé à la Maison Blanche les documents qui officialisaient l'imposition de taxes sur les importations d'acier et d'aluminium vers les Etats-Unis, le 8 mars 2018.
Le président américain Donald Trump avait signé à la Maison Blanche les documents qui officialisaient l'imposition de taxes sur les importations d'acier et d'aluminium vers les Etats-Unis, le 8 mars 2018. REUTERS/Leah Millis

Le président américain a décidé de reporter l’éventuelle mise en place d’une taxe de 25% sur l’acier européen canadien et mexicain au 1er juin. Annoncée début mars par Donald Trump, l’instauration de cette taxe a pour but de soutenir le secteur sidérurgique américain. Mais la hausse de barrières douanières inquiète les industries américaines consommatrices d’acier. Chronique des matières premières signée de notre correspondante aux Etats-Unis.

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« Cette décision peut mettre en péril la croissance » avait déclaré Gary Cohn le principal conseiller économique de Donald Trump, opposé aux taxes sur l’acier, avant de quitter la Maison Blanche. Les droits de douane sont devenus effectifs fin mars pour la Chine, le Japon, la Russie et la Turquie. Depuis, Donald Trump semble transiger. Mais l’incertitude sur le sort des exemptions accordées à l’Union européenne, au Mexique et au Canada pèse sur le marché et les Américains en payent déjà les conséquences.

Un tiers de l’acier consommé aux Etats-Unis est importé. Après l’annonce de la mise en place des taxes, la demande intérieure a fortement augmenté et les producteurs d’acier américain, incapables de faire face, ont élevé leurs prix.

Selon l’équipementier Caterpillar, le coût de l’approvisionnement en acier a grimpé de 15% au cours du mois de mars. Le fabricant de machines prévoit de répercuter la hausse sur ses prix plutôt que de rogner sur ses marges, une stratégie risquée pour une entreprise qui vend plus de la moitié de ses machines à l’étranger.

Signe d’inquiétude des industries américaines, plus de 1 200 entreprises cherchent à être exemptées de ces droits de douane. Théoriquement, seules les industries qui utilisent un acier introuvable aux États-Unis peuvent bénéficier de ce passe-droit. C’est le secrétariat au Commerce qui décidera et sa générosité risque d’être limitée.

Les industriels gros consommateurs d’acier comme Boeing ou General Motors ne sont pas les seuls concernés : un entrepreneur du Texas propriétaire d’un parc d’attractions a ainsi déposé une demande d’exemption pour ne pas payer de taxes sur l’acier qu’il a commandé en Chine en vue de la restauration d’une petite voie ferrée. Selon l’institut pour la gestion de l’offre, la croissance des industries consommatrices d’acier a déjà ralenti, et est à son plus bas niveau depuis juillet dernier.

Presque tous les secteurs de l’économie américaine disent leur préoccupation à l’idée d’une guerre commerciale, déclenchée par la mise en place de ces nouvelles barrières douanières. L’agriculture en premier lieu : environ un tiers de la production américaine de soja se dirige par exemple vers la Chine chaque année - environ 14 milliards de dollars d'exportations.

Mais le secteur agricole ne sera pas le seul à payer : les Européens ont déjà prévenu que s'ils se voyaient frappés de droits de douane, des mesures de représailles visant toutes sortes de produits emblématiques américains seraient imposées.

Seuls les sidérurgistes sont satisfaits : US Steel a déjà prévu l’expansion de ses activités et a assuré que plusieurs centaines d’emplois allaient être créés. Peu de choses en réalité.

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