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«Justice pour David»: une contestation inédite en République serbe de Bosnie

Audio 03:49
Milorad Dodik, président de l'entité serbe en Bosnie-Herzégovine.
Milorad Dodik, président de l'entité serbe en Bosnie-Herzégovine. AFP/Elvis Barukcic

C’est un mouvement de colère inédit qui fait trembler la Republika Srpska, l’entité serbe d’une Bosnie-Herzégovine toujours divisée. Depuis six semaines, des milliers de citoyens se rassemblent chaque soir pour réclamer la vérité sur le meurtre d’un jeune homme de 21 ans.

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Tout est parti de la mort mystérieuse de David Dragicevic, un jeune homme sans histoires de 21 ans, étudiant à la Faculté électrotechnique, qui a disparu le 18 mars dernier. Son corps a été retrouvé six jours plus tard, noyé dans un petit ruisseau qui traverse Banja Luka, la capitale de la Republika Srpska. La police a affirmé qu’il se serait battu, qu’il aurait été drogué au moment de son décès et que son corps serait resté six jours dans ce ruisseau. Autant d’éléments qui ont aussitôt été contestés par la famille et partiellement invalidés par un second rapport d’autopsie.

Alors que de nombreux crimes n’ont jamais été élucidés dans l’entité serbe de Bosnie-Herzégovine, beaucoup de gens ont pensé que la police connaissait les assassins du jeune homme, mais avait choisi de les protéger, et ils se sont facilement identifiés à ce jeune homme et à sa famille. C’est le père de David qui a lancé l’initiative de rassemblements quotidiens dans le centre de Banja Luka, vite soutenus par les rares ONG indépendantes de la ville.

Mobilisation inédite

Ils sont maintenant plusieurs milliers à se retrouver chaque soir, exigeant, le poing levé, « justice et vérité » pour David, après avoir écouté l’unique chanson composée par cet étudiant qui aimait bien le sport et la musique.

Un tel mouvement social est totalement inédit en Republika Srpska, étroitement suivi par les nationalistes de Milorad Dodik, le président de l’entité. La Republika Srpska était restée à l’écart des puissants mouvements de contestation sociale qui ont affecté ces dernières années le reste de la Bosnie-Herzégovine, notamment « l’insurrection des plénums », en février 2014. Mais il semble que la mort de David Dragicevic ait agi comme un révélateur, permettant d’exprimer des frustrations et des colères longtemps retenues.

La mobilisation est ainsi largement portée par Restart, une petite ONG créée par des étudiants qui dénonce pêle-mêle le contrôle des médias, les expulsions pour dettes - un phénomène qui se généralise dans toute la Bosnie - mais surtout l’exode qui pousse les jeunes du pays, toutes communautés confondues, diplômés ou non, à prendre massivement la route de l’exil, pour aller travailler en Allemagne ou en Autriche.

Des autorités de moins en moins sereines

Dès le début du mois d’avril, Milorad Dodik, le tout-puissant patron de la Republika Srpska s’est rendu en personne à un rassemblement, promettant une nouvelle autopsie, mais il n’a pas du tout réussi à convaincre quiconque que la justice pouvait faire son travail de manière indépendante dans l’entité qu’il dirige. Il y a quelques jours, la Première ministre de l’entité a dénoncé les exploitations « politiciennes » de cette stratégie, alors que des élections générales sont prévues en octobre prochain dans toute la Bosnie-Herzégovine.

Les partis d’opposition, eux, ne sont pas présents dans la mobilisation et ne jouissent pas d’un beaucoup plus grand crédit que ceux au pouvoir. C’est en réalité d’une révolte citoyenne qu’il s’agit, dépassant les cadres des partis. Et cette colère pourrait s’étendre bien au-delà de Banja Luka, et réunir tous les peuples du pays.

Ce n’est pas le premier mouvement de ras-le-bol généralisé que connaît la Bosnie-Herzégovine depuis la fin de la guerre, mais c’est la première fois qu’il part de l’entité serbe. Même au sein des communautés bosniennes de l’étranger, on commence aussi à réclamer « justice pour David ».

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