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Italie: Matteo Salvini peut-il mettre à exécution son programme anti-migrants ?

Audio 03:13
Le leader du parti de la Ligue, Matteo Salvini,  actuel ministre italien de l'Intérieur. Rome, en Italie, le 24 mai 2018.
Le leader du parti de la Ligue, Matteo Salvini, actuel ministre italien de l'Intérieur. Rome, en Italie, le 24 mai 2018. REUTERS / Tony Gentile

Matteo Salvini, chef de la Ligue, vice-président du Conseil et ministre de l’Intérieur en charge des politiques migratoires en Italie, ne participera pas à la réunion des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne ce mardi 5 juin au Luxembourg, car il assistera au vote de confiance au Sénat, à partir de 19h et ce mercredi à la Chambre des députés. Mais il a annoncé que la délégation qui représentera l’Italie dira « non » au projet de réforme du règlement de Dublin IV, au motif que le projet en discussion avantage les pays du nord de l’Europe au détriment de ceux du sud, dont l’Italie, bien décidée à des actions musclées si ses partenaires ne l’aident pas davantage.

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De notre correspondante à Rome,

Le programme du nouveau ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, chef du parti le plus anti-migrants du pays, est lancé. Il demande aux migrants illégaux de se préparer à faire leur valise. Mais comment pourrait-il renvoyer dans leur pays d’origine près de 500 000 personnes ? Il faut préciser que Matteo Salvini et son allié au gouvernement Luigi Di Maio, chef politique du Mouvement 5 étoiles, sont toujours en campagne pour soutenir leurs candidats dans plus de 700 communes où les Italiens vont élire un nouveau maire le 10 juin.

Salvini n’hésite donc pas à agiter dans tous les sens le spectre des expulsions de masse. Certes, il va sans aucun doute tenter de nouer de nouveaux accords de réadmission, notamment avec des pays africains. Mais ceux à plus haut risque de départ sont, on le sait, les plus réticents. Qui plus est, il aura du mal à multiplier presque par 100 le nombre de rapatriements, sachant qu’en 2017 il n’y en a eu que 6 500. Le coût d’un rapatriement forcé est en effet très élevé – près de 4 000 euros par individu – et il n’est pas facile de déterminer le pays d’origine de tous les migrants. On peut donc s’attendre avant tout à la création de nouveaux centres de rétention.

Un ras-le-bol exprimé dans les urnes

Cela dit, objectivement, l’Italie a été délaissée par ses partenaires européens au cours des dernières années. D’où un phénomène de ras-le-bol dans le pays. D’ailleurs la question migratoire a clairement influencé le vote des Italiens. Aux élections du 4 mars, près de 50% des électeurs ont opté pour le Mouvement 5 étoiles ou pour la Ligue.

De fait, même si suite aux accords entre l’ancien ministre de l'Intérieur et des milices libyennes, les débarquements ont diminué de 77% en 2017 par rapport à 2016, il ne faut pas oublier que l’Italie a accueilli plus de 600 000 migrants depuis 2014. Actuellement, les centres institutionnels hébergent environ 170 000 demandeurs d’asile. Or là, Matteo Salvini pointe du doigt les 4 à 5 milliards d’euros dépensés par an pour les secours en mer, l’assistance sanitaire et les structures d’accueil. Il souhaite « un bon coup de ciseaux », si l’Italie ne reçoit plus d’aides.

L'aide précieuse des ONG

Les migrants dits « économiques » sont en général aidés par des ONG. On peut citer par exemple le cas du camp humanitaire de l’association Baobab qui, dans la proche banlieue romaine, accueille sur un ancien parking, sans eau courante et avec un seul générateur d’électricité, plus de 300 jeunes migrants originaires de pays du Maghreb ou de l’Afrique. Ils sont en transit pour tenter de se diriger vers l’Allemagne via l'Autriche ou vers la France, ou bien en attente de présenter une demande d’asile.

Évidemment, beaucoup d’entre eux s’inquiètent des menaces d’expulsion et du climat anti-migrants. Quant aux responsables de cette association de bénévoles, ils ne voient qu’une solution : une approche plus solidaire de Bruxelles « pour stopper les dérives de Salvini ». Le nouveau ministre italien de l’Intérieur a d’ailleurs fait savoir, lundi soir, qu’il s’est entretenu longuement avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban et qu’ils sont « prêts à travailler ensemble pour changer les règles de l’Union européenne ».

Mais de l'autre côté de la Méditerranée, les autorités tunisiennes se sont pour leur part déclarées « scandalisées » par les déclarations de Matteo Salvini qui a accusé la Tunisie d’exporter « bien souvent des bagnards ». Tunis a convoqué l’ambassadeur d’Italie. Salvini a essayé de calmer les eaux en déclarant qu’il était « prêt à se rendre au plus tôt en Tunisie pour y rencontrer son homologue et améliorer la coopération avec l’Italie ». Selon les dernières estimations, l’Italie compte près de 40 000 Tunisiens en situation illégale.

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